Le Boudoir Littéraire et thèâtral  la plume et l'encrier

2 juillet 1944 le train de la mort

 

 

2 juillet 1944 un survivant du "train de la mort" raconte.

2 Juillet 2014 , Rédigé par Les ami-e-s de FontenayPublié dans #Histoire de Fontenay

Il y a 70 ans partait de la gare de Compiègne, le plus important convois de résistants et d'otages jamais déportés vers l'Allemagne par les occupants.

Un Fontenaysien, membre de notre association, Jacques Damiani, nous a fourni son témoignage sur ce que les déportés et historiens ont appelé "Le train de la mort". Qu'il en soit remercié.

2 juillet 1944 un survivant du "train de la mort" raconte.
"Pour chaque déporté, évoquer le convoi de sa déportation c’est revivre un cauchemar. Mais pourtant il nous faut raconter, expliquer, dire jusqu’au bout de notre âge, même si c’est difficile, il faut le faire.
 
C’est par celui du 2 juillet 1944, l’un des 29 de 1944 (14 convois de persécution déportant des Juifs et 15 convois de répression composés de Résistants et d’otages), que, partant de Compiègne, après 4 jours et 3 nuits d’une terrible épreuve, nous sommes arrivés à Dachau. Nous étions entrés au camp de Royallieu à Compiègne venant du quartier cellulaire de la centrale d’Eysses à Villeneuve-sur-Lot via la prison de Blois. Sur les 60 détenus pris comme otages après notre révolte armée du 19 février 1944, nous ne restions que 48, nos 12 blessés ayant été fusillés. Les 1100 autres camarades de la centrale d’Eysses avaient déjà été déportés par le convoi précédent le 18 juin.
2 juillet 1944 un survivant du "train de la mort" raconte.
A l’aube du 2 juillet 1944, notre premier réflexe, lors de l’appel des noms des plus de 2150 partants, fut d’essayer de nous regrouper. Pendant le trajet à pied du camp à la gare, long d’un peu plus de 3 km, je me revois encore sautant discrètement d’un rang de prisonniers à l’autre avec quelques copains. Ainsi nous nous sommes retrouvés une petite vingtaine de résistants d’Eysses ensemble devant le wagon de marchandises sous une légère bruine. Les autres copains, une trentaine sont aussi regroupés dans un wagon… dont la capacité est « 40 hommes, huit chevaux en long »… A coup de crosses nous sommes entassés à plus de 100 dans cet espace d’à peine 21 m² ! La porte refermée avec force vocifération des gardes, c’est une sensation d’étouffement qui nous étreint car c’est une journée chaude qui se prépare, comme les précédentes. Il est à peine 7 heures du matin.

Wagon du Mémorial de la gare de Compiègne.

Wagon du Mémorial de la gare de Compiègne.

Nous les « Eyssois » tous résistants déjà bien aguerris qui avons connu de nombreux combats, des prisons et la répression, nous nous sommes regroupés dans un coin. Tout de suite nous décidons que, dès que le train roulera, nous essaierons de déclouer les morceaux de planches qui obturent les deux lucarnes du wagon afin d’avoir un peu d’air. Déjà des chicanes, des altercations, des cris s’élèvent de cet amoncellement de corps enchevêtrés. Il faut réagir avant qu’une bagarre n’éclate. Bref colloque entre nous et l’un de nos camarades prend la parole : « Notre voyage risque de durer, il faut économiser l’oxygène surtout à l’arrêt. Voici ce que nous allons faire : la moitié du wagon se tiendra debout, pendant que l’autre s’assiéra en tailleur, emboités les uns dans les autres pendant que trois d’entre nous agiterons des serviettes pour renouveler l’air ». 

 

La majorité accueille nos propos avec soulagement. Mais trois prisonniers protestent : « De quel droit tu donnes des ordres ? Tu n’es pas plus que nous ici, nous ferons ce que nous voudrons ». Il est nécessaire de leur expliquer que l’intérêt collectif doit primer, que de toute façon ils n’ont pas le choix et que nous sommes prêts à leur imposer par la force. Matés ils se taisent. C’est une discipline pas librement consentie mais qui a sauvé la vie à tous ceux du wagon, pendant le voyage tout du moins. C’est avec la même détermination que plus tard nous assommons le premier qui devenait fou. C’était un chef de gare qui à chaque arrêt du train criait pour qu’il reparte et vite. Il a fallu le « calmer » pour ne pas que son angoisse se répande. Notre camarade recommande ensuite de manger le moins possible de la boule de pain et de la portion de chair à saucisse que l’on nous a remises au départ car nous n’avons pas d’eau.

 

            Au bout de deux longues heures, le convoi s’ébranle. Avec les outils que le comité de résistance du camp nous a remis et que nous avons réussi à camoufler, nous arrivons à désobstruer les deux lucarnes ce qui permet à ceux qui en sont proches d’avoir un peu d’air. Nous y portons, tout au long du parcours, pour les ranimer, ceux qui tombent en syncope. Il fait une chaleur étouffante et malgré que nous soyons torse nu, nous ruisselons de sueur. Les blessures que m’ont causé des coups de cravache il y a quelques temps, surtout celles sur mon cou, me brûlent comme si l’on m’y appliquait un fer rouge. Une soif presque inextinguible me fait parfois délirer. Je vois une fraiche rivière où l’on pourrait plonger et boire à satiété, comme le Gardon où je me baignais autrefois… Par moment une envie presque irrépressible me vient de marcher. Et pourtant il faut se discipliner. 

Fond Musée de la Résistance Nationale, Champigny-sur-Marne.

Fond Musée de la Résistance Nationale, Champigny-sur-Marne.

2 juillet 1944 un survivant du "train de la mort" raconte.

Il m’est impossible de relater en détail les jours d’attente et de douleur de ce « Grand Voyage ». Mais quelques faits émergent de ces lancinants souvenirs.
 
D’abord l’odeur qui, dès le premier jour vers Reims, envahit le wagon, venant de celui qui le précède. Odeur douceâtre, écœurante, une odeur de mort, de pourriture, de plus en plus forte. Nous saurons à l’arrivée que, dans ce wagon métallique, il n’y a qu’un survivant au milieu d’une centaine de cadavres en putréfaction depuis des jours…
 
Je me souviens qu’à un moment, nous étions encore en France, j’ai pu griffonner un mot sur un morceau d’emballage qu’un camarade m’a fourni avec un petit bout de crayon. J’ai jeté le mot par la lucarne, comme une bouteille à la mer. Ce qui est formidable, c’est qu’une garde barrière, Mme Bonnet, mère de 5 enfants, l’a trouvé et l’a fait parvenir rapidement avec une belle lettre à mes parents.
Un souvenir plus difficile me revient aussi. Lorsque nous avons commencé à scier le plancher du wagon qui était en bois pour tenter une évasion, le trio de mauvais coucheurs que nous avions obligé à suivre la discipline générale s’est à nouveau manifesté. Il nous accusait de vouloir les faire fusiller comme nous en avaient menacé les gardes en cas d’évasion et menaçaient d’appeler. Pour eux c’était de notre faute « s’ils avaient été arrêtés comme otages, eux qui n’avaient rien fait aux Allemands ». Ils se disaient prêts à travailler en Allemagne. Nous, nous savions ce qu’il en était de la répression puisque nos camarades de combat de la centrale d’Eysses blessés avaient déjà été fusillés. Mais nous avons tout de même dû abandonner notre tentative d’évasion.
 
Un autre souvenir est celui d’une impression de fraîcheur exquise lorsque, près de la lucarne, un camarade me passa un linge mouillé sur le visage. Au changement de position, il m’avait trouvé inconscient, déjà cyanosé, proche de l’asphyxie. En me soutenant près de l’ouverture, il me tamponnait le visage avec un linge qu’il humectait de l’eau de pluie qui coulait du rebord du toit. Il m’a ramené à la vie. Cela faisait si longtemps que nous roulions.

Trajet du "Train de la mort"de Compiègne à Dachau entre le 2 et le 5 juillet 1944.

Trajet du "Train de la mort"de Compiègne à Dachau entre le 2 et le 5 juillet 1944.

Dans l’après-midi du quatrième jour nous sommes arrivés à Dachau. Les survivants se sont extraits des wagons. C’est grâce au sang froid et à la cohésion de notre petit groupe de résistants soudés par un combat commun, que dans notre wagon on ne compte aucun mort. Ce convoi entre dans l’histoire des camps sous l’appellation de « train de la mort ». Une étude minutieuse a recensé 546 noms de morts à l’arrivée. Parmi eux il y avait deux fontenaysiens : Claude Beaupère, 17 ans et Pierre Diet, 42 ans. Ce chiffre restera à jamais gravé dans la mémoire des rescapés. Moins de 950 sont revenus des camps en 1945. Nous ne sommes plus qu’une poignée aujourd’hui"…

Plaque du Mémorial de la Liberté de Fontenay-sous-Bois.

Plaque du Mémorial de la Liberté de Fontenay-sous-Bois.

 

Ce transport est le cinquième parti de France à prendre la direction du KL Dachau depuis le débarquement de Normandie. C'est aussi le plus important qui ait jamais quitté Compiègne.

 

Sources;http://lesamisdefontenay.overblog.com/

 

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Hommes 2152 100%
Femmes 0 0%
Situations :    
Décédés 1114 51.77%
Situations non connues 66 3.07%
Rentrés de déportation 943 43.82%
Evadés durant un transport ou en deportation 2 0.09%
Disparus en déportation 27 1.25%
Nationalités :    
F 2018 93.77%
GR 1 0.05%
? 6 0.28%
NL 1 0.05%
ARM 1 0.05%
E 42 1.95%
I 17 0.79%
PL 27 1.25%
R 5 0.23%
B 13 0.6%
P 1 0.05%
CH 7 0.33%
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USA 2 0.09%
YOU 3 0.14%
LTU 1 0.05%
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ROU 1 0.05%

 

Ce transport est le cinquième parti de France à prendre la direction du KL Dachau depuis le débarquement de Normandie. C'est aussi le plus important qui ait jamais quitté Compiègne. Il est resté tristement célèbre sous le nom de « Train de la mort » en raison du nombre élevé des décès survenus durant le voyage.

Le dimanche 2 juillet 1944, vers 9 heures 15, le train n°7909 s'ébranle sous une légère bruine de la gare de Compiègne en direction de l'Allemagne. Dans chacun des 22 wagons, les nazis ont entassé une centaine d'hommes. Avant Soissons, le soleil fait son apparition et la chaleur envahit rapidement les wagons, d'autant plus que le train roule lentement et observe des arrêts fréquents. A 11 heures 05, le sabotage de la voie l'oblige à stopper au niveau de Saint-Brice, quelques kilomètres avant Reims. Les dégâts sont peu importants et le transport reprend sa route après trois heures d'arrêt sous un soleil de plomb

Il s'immobilise ensuite une première fois en gare de Reims. La chaleur, le manque d'eau et l'asphyxie sont déjà à l'origine d'une centaine de décès. Le convoi repart vers 15 heures 10, mais, après un court trajet, un nouveau sabotage est à l'origine du déraillement de la locomotive au niveau de l'aiguillage du dépôt de Bétheny. Les wagons sont ramenés par un tracteur de manœuvre à la gare de Reims, sur une voie de garage, où ils stationnent en plein soleil en attendant le relèvement de la locomotive. Les morts se succèdent pendant ce long arrêt alors que la chaleur est devenue suffocante. Des détenus médecins appellent les services sanitaires et les nazis entrouvrent quelques portes. Dans certains wagons, les hommes, poussés par la folie, s'entretuent. Enfin, vers 20 heures, le train reprend sa route vers l'Est et roule toute la nuit. 


Le 3 juillet, en fin de matinée, le transport s'arrête à Revigny, à quelques kilomètres au nord-ouest de Bar-le-Duc. Les cadavres de la veille commencent à se décomposer et les Allemands décident d'ouvrir les portes. Ils font descendre les survivants et en désignent quelques-uns pour enlever les corps et les transporter dans des voitures libérées à cet effet. Les agonisants sont achevés sur le ballast d'une balle dans la tête. D'autres détenus sont chargés du ravitaillement en eau, alors que la pluie tombe à torrent. Ces opérations terminées, les détenus sont regroupés dans les wagons, puis le n°7909 quitte Revigny vers 15 heures. Les scènes de violence se poursuivent et le calme ne revient qu'en soirée, alors que le convoi franchit la Moselle et s'arrête vers 21 heures 50 en gare de Novéant, devenue gare-frontière depuis l'annexion de fait de l'Alsace-Moselle Le 4 au matin, le train quitte Novéant vers 7 heures 15 en direction de Sarrebourg où il s'immobilise en fin de matinée.

Les portes s'ouvrent et des infirmières de la Croix-Rouge allemande s'avancent pour distribuer de la soupe et de l'eau. Mais, vers 15 heures 15, les Allemands interrompent brutalement le ravitaillement et ordonnent le départ. Le train rejoint Strasbourg par la trouée de Saverne, puis il s'enfonce en Allemagne en passant par Karlsruhe, Pforzheim, Stuttgart, Ulm, Burgau, Augsbourg et Munich. Après un dernier arrêt dans cette ville, il arrive à Dachau-gare le mercredi 5 juillet vers 15 heures. Une heure et demie plus tard, les survivants font leur entrée au KL Dachau alors que les corps sans vie sont retirés du train, puis transportés directement au crématoire sans être enregistrés.

Bien des incertitudes ont longtemps plané sur le nombre de décès pendant le transport, mais aussi sur le nombre exact des déportés partis de Compiègne. Christian Bernadac était ainsi parvenu à identifier 536 morts durant le transport, chiffre repris par l'Amicale de Dachau.

 Paul Berben avançait, quant à lui, le chiffre de 984 morts. Pour les partisans de l'hypothèse haute, il subsisterait en effet des parts d'ombre. A la halte de Revigny, par exemple, les détenus ont été autorisés à descendre afin de « recompléter » les wagons. A ce moment, selon certains témoins, des cadavres auraient été laissés sur place par les Allemands au moment de repartir. Cependant, d'autres survivants de ce voyage, parmi les derniers remontés à bord, affirment n'avoir rien vu de tel. Les recherches du groupe de Caen ont permis d'identifier avec certitude les noms de 519 morts, corrigeant ainsi un peu à la baisse le chiffre de Christian Bernadac qui avait comptabilisé quelques hommes déportés en réalité dans des transports partis de Compiègne avant ou après le « Train de la mort ». Ce chiffre ne reste cependant qu'une estimation du fait de l'absence d'une liste de départ de Compiègne. Même revu à la baisse, il ne minimise en rien le drame qui s'est déroulé le 2 juillet 1944.


La conjonction de plusieurs facteurs permet d'expliquer cette hécatombe. La chaleur et l'absence de vent, l'entassement dans les wagons, une aération insuffisante, et de longues haltes en plein soleil, ont entraîné toute une série de phénomènes et en premier lieu l'asphyxie des détenus. Dans les wagons, les discussions, les gesticulations et les bagarres, notamment au sujet du manque d'eau, n'ont fait qu'aggraver une situation déjà mal engagée. L'hyperthermie provoquée par cette atmosphère viciée a déclenché chez certains des crises de folie sanguinaires et de violentes bagarres entraînant la mort de dizaines de personnes dans des conditions insoutenables. Pourtant, dans huit wagons, aucune victime n'a été recensée. Leurs occupants sont parvenus à nommer des responsables, à rationner l'eau, à mettre en place des rotations vers les lucarnes afin que tout le monde puisse bénéficier de l'air frais. Ces wagons se sont pour la plupart organisés autour d'un noyau de résistants qui a su imposer la discipline. En revanche, dans les autres wagons, la « loi du plus fort » s'est vite instaurée et les victimes se sont comptées par dizaines.

Train de la mort

Les 2152 hommes qui composent ce transport appartiennent à dix-huit nationalités différentes, mais la part des Français demeure écrasante (2018 individus, soit 94% environ du total) Parmi les étrangers, les Espagnols sont les plus nombreux devant les Polonais, les Italiens et les Belges. Il s'agit, pour le plus grand nombre, d'hommes dans la force de l'âge : les deux tiers ont en effet entre 20 et 40 ans au moment de quitter Compiègne, l'âge moyen s'établissant à 30 ans et 10 mois.

Pour la majorité issus de l'artisanat ou du commerce, ouvriers de l'industrie ou employés,

ils résident principalement dans la Seine, en particulier à Paris, la Picardie, dans la région Rhône-Alpes, les Pays de Loire, le Centre et le Sud-Ouest de la France

Si des hommes sont arrêtés dès la fin de l'année 1940, en particulier des communistes ou des droit commun, le nombre des arrestations reste assez limité jusqu'au début de l'année 1944. Neuf sur dix ont lieu en 1944, en particulier en mai et juin 1944 (plus de 60% du total). Après quelques jours ou semaines de prisons, tous ces hommes sont transférés au camp de Compiègne-Royallieu, où ils ne séjournent que peu de temps avant d'être transportés vers l'Allemagne : plus de 98% y arrivent en juin 1944, et environ 80% entre le 15 et le 29 juin.

 Le transport du 2 juillet s'inscrit donc dans le contexte particulier du début de la libération du territoire français par les troupes alliées. La répression allemande s'est amplifiée depuis plusieurs mois en raison du développement de la lutte armée contre l'occupant. Le démantèlement des groupes de résistance et les rafles de représailles sont à l'origine de la plupart des arrestations. 
Parmi ces opérations, il faut citer celles menées par la division SS Das Reich. Le 2 mai 1944, alors qu'elle est installée autour de Montauban, une patrouille est victime d'un tir lors d'un entraînement près de Montpezat-de-Quercy (Tarn-et-Garonne). Aussitôt, les SS s'abattent sur le village, incendient plusieurs maisons, pillent et malmènent les civils trop lents à se soumettre. Au total, 14 hommes arrêtés lors de cette opération sont déportés dans le transport du 2 juillet. Le 8, alors qu'elle débute sa remonté vers la Normandie, la Das Reich lance une attaque contre le maquis de Gabaudet (Lot) installé dans une ferme. Parmi les 78 hommes faits prisonniers, 22 sont déportés vers Dachau (21 FTPF et un ouvrier agricole arrêté avec eux). Le 9, la Das Reich opère dans la matinée une rafle massive parmi la population masculine de la ville de Tulle (Corrèze) en réponse à la prise de la ville par les FTPF deux jours plus tôt : environ 3000 hommes sont réunis dans la cour de la Manufacture d'armes de Tulle (MAT). Beaucoup sont relâchés et il en reste environ 400 en début d'après-midi. Parmi eux, 99 sont pendus aux réverbères et aux balcons de la ville, alors que les autres montent dans des camions et partent pour Limoges où ils arrivent le lendemain matin. Là, un nouveau tri est opéré et 135 hommes, au moins, sont finalement conduits à Compiègne via Poitiers. Le 10 juin, la Das Reich procède à de nouvelles arrestations à Seilhac (Corrèze) et à Masléon (Haute-Vienne). Le lendemain, au moins 5 résistants sont fait prisonniers à Azat-Châtenet (Creuse) à la suite d'un affrontement. Au total, la Das Reich est à l'origine de l'arrestation de 198 hommes du transport.
Le centre du pays n'est pas le seul théâtre de la répression allemande. Elle touche de nombreuses régions, mais plusieurs se distinguent plus particulièrement : la Seine, la Picardie, les Pays de Loire, le Sud-Ouest et le Rhône-Alpes.

Ainsi, en février et mars 1944, des rafles et des attaques contre le maquis sont à l'origine d'une trentaine d'arrestations en Haute-Savoie. On peut aussi citer les 9 membres des réseaux Arc-en-Ciel et Turma-Vengeance arrêtés par la Gestapo dans la nuit du 6 au 7 juin 1944, à Villers-Cotterêt et à Largny, dans l'Aisne. Le 9 juin 1944, une vingtaine d'hommes, membres de la résistance ou déserteurs des Chantiers de Jeunesse, sont raflés en gare de Toulouse puis transférés à la prison Saint-Michel ou à la caserne Cafarelli, avant d'être conduits à Compiègne. Le 10 et 11 juin, une cinquantaine de résistants, en particulier du Corps Franc Liberté, sont arrêtés à La Ferté-Saint-Aubin (Loiret). C'est l'affaire de la ferme de By. Parmi eux, 22 sont fusillés alors que 20 sont transférés à Orléans quelques jours avant leur départ pour Compiègne. Autant d'exemples qui pourraient être multipliés pour montrer l'intensité de la répression allemande sur l'ensemble du territoire français. Au total, les deux tiers des déportés du « Train de la mort » ont été arrêtés en raison de leur appartenance à une organisation de résistance.

Les noms de près de 150 réseaux ou mouvements ont pu être relevés. Parmi ces résistants, on peut citer Claude Lamirault et Charles Serre, qui sont faits tous les deux Compagnons de la Libération après la guerre. Le premier est le créateur du réseau « Jade Fitzroy », le second devient chef national du mouvement « Résistance » et rédacteur en chef de la feuille clandestine du même nom, après l'arrestation en octobre 1943 de Jacques Destrée, qui l'avait désigné comme son successeur. Il participe à Paris à la création du Mouvement de Libération Nationale (MLN). Les actes anti-allemands menés hors d'une organisation de Résistance (opinions et comportements anti-allemands, aide aux ennemis du Reich, refus de servir le Reich…) sont à l'origine de 15% des arrestations. Les personnes prises comme otages ou raflées sans motif évident lors d'opérations de représailles représentent 12% environ des déportés du transport. La part des autres catégories est très réduite : 4% pour les droit commun et 2% pour les militants communistes.

Les 56 prisonniers de la centrale d'Eysses forment un groupe singulier au sein du transport du 2 juillet 1944. L'échec de la mutinerie du 19 février 1944 conduit à l'évacuation totale de ses détenus vers le camp de Compiègne alors que les meneurs sont envoyés à la prison de Blois. La quasi totalité des hommes arrivés à Compiègne le 3 juin 1944 quittent la France dans le transport du 18 juin 1944 à destination du KL Dachau.

 Les 43 détenus de Blois ainsi que leurs camarades restés à l'infirmerie du camp de Compiègne sont intégrés au transport suivant, celui du 2 juillet 1944. Il s'agit souvent de militants communistes ou de patriotes arrêtés dès 1940 ou 1941. 
Au moment du départ pour l'Allemagne, les anciens d'Eysses parviennent à rester groupés (une trentaine dans un wagon, une vingtaine dans un autre). Ils organisent la répartition des vivres et de l'eau, se préoccupent de l'hygiène, grâce notamment à l'autorité des deux médecins du groupe, Paul Weil et Stéphane Fuchs. Enfin, ils réussissent à imposer la discipline entre les déportés. Seuls 4 anciens d'Eysses décèdent lors de ce tragique transport

Par ailleurs, 18 autres trouvent la mort au cours de leur déportation : 6 à Flossenbürg, 5 à Hersbruck, 1 à Buchenwald (après la libération du camp), 1 à Neckargerach, 1 à Langenstein, 1 à Ohrdruf, 1 à Vaihingen, 1 dans la baie de Lübeck-Neustadt et 1 à Sandbostel (avant le rapatriement). La solidarité entre les Eyssois a sans nul doute joué et elle explique, en partie, une relative sous-mortalité à l'intérieur de ce groupe.

Parmi les 1633 hommes immatriculés à Dachau les 5 et 6 juillet 1944, seulement 156 détenus resteraient au camp central dont 87 y trouvent la mort (55,8%). Après une période de quarantaine plus ou moins longue, les autres sont affectés dans divers camps de concentration ou Kommandos extérieurs

 Trois destinations principales sont à souligner.
Au moins, 863 détenus sont dirigés sur des Kommandos de la vallée du Neckar administrés par le KL Natzweiler, en particulier Neckarelz et Neckargerach. Pour la majorité, le transfert s'effectue le 22 juillet 1944 et ils reçoivent à leur arrivée, le 24, des matricules dans la série des « 21000 » et « 22000 ». Au total, 236 trouvent la mort durant leur déportation (27,3%). 
Ensuite, au moins 199 détenus quittent Dachau le 25 août 1944 pour le Kommando d'Hersbruck dépendant du KL Flossenbürg, où ils sont immatriculés des numéros 20375 à 21365. C'est parmi ce groupe que l'on relève le taux de décès le plus élevé puisque 171 meurent en déportation (85,9%). 
Enfin, 197 détenus au moins gagnent le Kommando d'Allach, à quelques kilomètres au sud du camp central, dans plusieurs transports en juillet, août et septembre 1944. Ce groupe est celui qui enregistre le taux de décès le plus faible : 48 hommes périssent durant leur déportation (24,4%). 
Au total, sur les 1633 déportés immatriculés au KL Dachau, 622 meurent en déportation, soit un taux de décès de 38,1%.

Arnaud Boulligny et Thibault Letertre

 


 

Ouvrage(s) relatif(s) au transport

Livre BERNADAC (Christian), Le Train de la mort, Editions France-Empire, 1970

Livre DELLA MONTA (Francis), Mémorial annuaire des Français de Dachau, 1987, p. 249-250

Livre GERMAIN (Michel), Mémorial de la Déportation Haute-Savoie 1940-1945, Montmélian, Editions La Fontaine de Siloé, 1999, p. 91-95, details

Livre FARELLE (Roger), Ich bin ein Überlebender der Neckarlager, Stock und Pfeiffer, 2005 details

Livre VOUTEY (Maurice), Gefangener des unwahrscheinlichen oder ein Traum geht ans äusserte. Vier Jahreszeiten in Dachau und n den Neckarlagern, Mosbach-Neckarelz, KZ-Gedenkstätte Neckarelz e.V., 2002 details

Livre VOUTEY (Maurice), L’extravagance du rêve. Quatre saisons à Dachau et dans les camps du Neckar, Dijon, Editions de l’Aleï, 1989 details

Livre VOUTEY (Maurice), Prisonnier de l’invraisemblable ou l’extravagance du rêve. Quatre saisons à Dachau et dans les camps du Neckar, Editions de l’Armançon, 1995 details

 


 

Témoignage(s) de la vidéothèque relatif(s) au transport

Video SAMUELJean1923-12-15détails

 


 

Enregistrement(s) audio in situ relatif(s) au transport

Audio Jean SAMUEL

Audio André DELPECH


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 Selon les services météorologiques de l'armée allemande, les deux villes françaises qui ont enregistré les températures les plus élevées pour cette journée du 2 juillet 1944 sont Reims et Châlons-sur-Marne, avec 34° Christian Bernadac, Le Train de la mort, Editions France-Empire, 1970 et Francis Della Monta, Mémorial annuaire des Français de Dachau, 1987, p. 249-250.

Il faut en particulier signaler la contribution de Thibault Letertre, Les déportés du convoi du 2 juillet 1944 Compiègne-Dachau. Le « Train de la mort », mémoire de M1 sous la direction de Michel Boivin, Université de Caen, 2006.

 Les nationalités sont connues pour 2146 déportés (99,7%).

On connaît les dates de naissance pour 2088 déportés (97%).

 On connaît la profession de 1740 déportés (80,9%). La répartition des CSP est la suivante : employés/cadres inférieurs (22,5%), ouvriers de l'industrie (18%), patrons et salariés de l'artisanat (15,3%), paysans/marins/pêcheurs (13,7%), employés du commerce (10%), sans profession (8,8%), cadres supérieurs (7%), professions libérales (2,6%), patrons de l'industrie (2,1%).

Les départements de résidence sont connus pour 1909 déportés (88,7%). Les plus représentés sont la Corrèze (160), la Seine (141), le Puy-de-Dôme (130), le Rhône (97), la Haute-Garonne (75), la Loire (55), le Lot (53), la Saône-et-Loire (53), l'Isère (50), la Somme (49), l'Allier (46), la Haute-Vienne (46), le Tarn-et-Garonne (46).

 On connaît 1877 dates d'arrestation (87,2%) : 5 en 1940, 15 en 1941, 13 en 1942, 153 en 1943, 1691 en 1944. Il faut signaler le cas de Pierre Pelet du mouvement Défense de la France, arrêté en avril 1944, mais déporté une première fois et évadé lors du transport du 25 juin 1943 partant de Compiègne vers le KL Buchenwald (I.110.).

 On connaît 1930 dates d'entrée au camp de Compiègne-Royallieu (89,7%) : 6 avant mai 1944, 19 en mai 1944 et 1905 en juin 1944.

On connaît 1838 lieux d'arrestation (85,4%). Les départements enregistrant le plus grand nombre d'arrestations sont la Corrèze (172), le Puy-de-Dôme (141), la Seine (118), le Rhône (89), la Haute-Garonne (80), la Saône-et-Loire (53), l'Isère (54), le Tarn-et-Garonne (52), le Lot (50), l'Allier (48), la Somme (48), la Haute-Vienne (45).

 On connaît le motif d'arrestation de 1890 déportés (87,8%).

Voir la notice du transport parti de Compiègne le 18 juin et arrivé le 20 juin 1944 au KL Dachau (I.229.).

 Voir à ce sujet le livre de l'Amicale des Résistants, Patriotes, Emprisonnés à Eysses, Eysses contre Vichy 1940-…, Editions Tirésias Michel Reynaud, 1992, p. 174-186. Les auteurs donnent le chiffre de 2 décédés parmi les 50 Eyssois lors du transport. Un transfert vers un second lieu de détention est attesté pour au moins 1366 déportés.

sources;Fondation pour la mémoire de la Déportation

 

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Lâchement abattus à proximité du col du Banchet le 2 juillet 1944

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UNE HISTOIRE PARTICULIÈRE, UN RÉCIT DOCUMENTAIRE EN DEUX PARTIES

LE SAMEDI ET LE DIMANCHE DE 13H30 À 14H


29 MIND'un train, l'autre (1/2)

2 juillet 1944, les wagons de la mort

11/11/2017

  

Un des voyages ferroviaires les plus meurtriers de la déportation nazie.

Mémorial du wagon de la Déportation, quai des déportés, en gare de Compiègne. Travail personnel de P. poschadel
Mémorial du wagon de la Déportation, quai des déportés, en gare de Compiègne. Travail personnel de P. poschadel•Crédits : CC BY-SA 3.0 Wikipédia Commons

C'est une histoire particulière de trains (pluriel), avec comme fil conducteur, le voyage; voyage forcé et tragique pour le premier, voyage choisi et réparateur pour le second. Le premier déplacement s'inscrit dans l'histoire de la seconde guerre mondiale comme un des plus meurtriers de la déportation nazie vers l'Allemagne. Le second, situé de nos jours, guérit les âmes en souffrance à travers un travail psychanalytique en immersion dans le Transilien ou un trajet Grandes Lignes. Deux voyages ferroviaires que tout oppose et qui cultivent le paradoxe entre l'insupportable voire l'innommable d'hier et le parler libérateur et thérapeutique d'aujourd'hui. Reste le déplacement qui, finalement, ramène toujours à la condition humaine, quelles que soient les circonstances, l'époque ou les paysages.

Écouter

Cérémonie en hommage aux déportés à Compiègne le 1er novembre 1945

1ER EPISODE : 2 JUILLET 1944, LES WAGONS DE LA MORT.

Le trajet du train 7909
Le trajet du train 7909• Crédits : Mémorial de l'internement et de la déportation Camp de Royallieu

Compiègne, le 2 juillet 1944. Le débarquement a commencé il y près d’un mois. Un des derniers trains de déportés part du camp de Royallieu avec 22 wagons à bestiaux où sont entassés entre 2521 et 2152 hommes suivant les différentes recherches, essentiellement des résistants mais aussi des droits communs. C’est l’enfer : cent personnes entassés dans chaque wagon avec quasiment pas d’eau, la température qui peut dépasser 50°, les odeurs pestilentielles, les bagarres, certains hommes qui deviennent fous et les morts que l’on entasse dans un coin du wagon au fil des heures. Le train met 3 jours et demi dans la chaleur de l’été pour atteindre Dachau. A l’arrivée, les déportés ne sont plus que 1633. Près d’un tiers sont morts. Les corps alimenteront pendant 4 jours les crématoires du camp.

Arnaud Rykner dans le wagon (contenance théorique : 40 hommes ou 8 chevaux en long)
Arnaud Rykner dans le wagon (contenance théorique : 40 hommes ou 8 chevaux en long)• Crédits : Laurent Paulré - Radio France

En 2010, Arnaud Rykner, écrivain et metteur en scène de théâtre écrit « le wagon », roman ultra réaliste d’après le voyage tragique de son grand-oncle déporté dans un des wagons à bestiaux de ce train qui porte le numéro 7909. Aujourd'hui, nous partons avec lui sur les voies ferrées qu'a empruntées Gabriel Rykner dit Rival, le grand-oncle résistant. Car, en dépit d'une histoire qui décrit les limites de la condition humaine, Arnaud Rykner n'a jamais vu les lieux de son récit imaginaire basé sur des faits réels. Un acte manqué (!), pourrait-on penser un peu facilement ? L'écrivain nous entraîne le long du ballast et nous raconte son voyage intime...

Pour le train 7909 en direction de Dachau du 02 juillet 1944, 100 hommes ont été entassés dans chaque wagon. 22 wagons de ce type constituaient le train 7909.
Pour le train 7909 en direction de Dachau du 02 juillet 1944, 100 hommes ont été entassés dans chaque wagon. 22 wagons de ce type constituaient le train 7909. • Crédits : Laurent Paulré - Radio France
Yves Meyer et Jean Samuel devant le wagon du mémorial de la gare de Compiègne
Yves Meyer et Jean Samuel devant le wagon du mémorial de la gare de Compiègne• Crédits : Michèle Meyer
 Habitants de St Brice-Courcelles qui ont jeté de l’eau sur les wagons.
Habitants de St Brice-Courcelles qui ont jeté de l’eau sur les wagons.• Crédits : Laurent Paulré - Radio France

Avec :

Un documentaire de Dominique Prusak, réalisé par Laurent Paulré. Prises de son : Laurent Lucas, Jean-ghislain Maige, Clémence Bonfils. Mixage : Adrien Roch et Elise Leu, Archives INA : Annelore Veil

BIBLIOGRAPHIE :

Mémorial de l'internement et de la déportation Camp de Royallieu

"Le train de la mort" de Christian Bernadac

Un autre train surnommé le Train fantôme fut de sinistre mémoire. Le 3 juillet 1944, un des derniers trains de déportés quitte Toulouse. C'est l'objet d'un film documentaire. Sortie du film LES RÉSISTANTS DU TRAIN FANTÔME , le 29 Novembre 2017, film documentaire de Jorge Amat, écrit et raconté par Guy Scarpetta.Il sera à l’affiche durant un mois au cinéma le Saint-André des arts dans le cadre de leur cycle Découvertes du St André.

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Commentaires

  • LAFONT
    • 1. LAFONT Le 07/05/2019
    Mon grand père Léon Rességuier faisait parti du Train de la Mort.

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