
Sélection du Boudoir – Janvier 2026
Chaque mois, Le Boudoir Culturel vous propose une vitrine littéraire raffinée, mêlant nouveautés, coups de cœur et découvertes singulières.
Rentrée littéraire de janvier 2026: douze excellents titres pour démarrer l'année
Thomas Messias
Vous avez pris la résolution de lire plus ou bien de lire mieux? Ces romans et recueils de nouvelles qui paraissent durant le mois de janvier vous aideront à vous lancer.

Montage Slate.fr
Temps de lecture: 12 minutes
Moins conséquente que celle de septembre, la rentrée de janvier reste un événement du calendrier littéraire. Et si les principaux prix ont été remis au cours de l'automne, la compétition reste féroce entre les nombreux titres que les libraires vont tenter de mettre en avant. Comme chaque année, il n'y aura pas de place pour tout le monde.
Pour démarrer votre année de lecture sous les meilleurs auspices, voici une liste de dix romans (dont huit francophones) et deux recueils de nouvelles (l'un venant de Hawaï, l'autre d'Argentine), qui font partie du très haut du panier de cette rentrée littéraire hivernale 2026. Vous y croiserez les chanteuses Céline Dion et Billie Holiday, une baleine, des diamantaires et pas mal de personnages tordus, dans le bon ou dans le mauvais sens. Régalez-vous.
«Les Courants d'arrachement», d'Élise Lépine
«Ses visions d'horreur. La mer d'huile, vide à perte de vue, ou le corps grêle, blanc, perfusé, Rose à l'orée de la mort, ses lèvres sèches et abîmées, sa petite poitrine fragile sous le drap, respirant par minuscules bouffées, incapable de comprendre pourquoi elle a si mal, ou l'enfant saignant sur le sol, la tête ouverte, cassée, ou la petite fille perdue pour toujours dans les rues de la médina. L'homme partant avec elle, l'homme prenant l'enfant sous son bras, l'homme venu faire son sort à la toute petite Rose.»
Si briller dans le milieu du journalisme culturel suffisait à exceller dans l'art du roman, cela se saurait –les contre-exemples sont nombreux. Avec ce premier livre, Élise Lépine, journaliste au Point et à France Culture, peut se targuer d'être aussi convaincante dans les deux activités. Les Courants d'arrachement est un roman d'une prestance infinie et d'une sidérante âpreté. Tout commence à Casablanca en 1955: Reine, l'héroïne, s'installe sur un rocher qui sera bientôt encerclé par l'océan. À portée de regard, sur la plage, sa toute jeune fille n'a pas conscience de ce qui se trame.
Tandis qu'elle laisse le danger monter, Reine se souvient. Du tragique destin de sa mère, de cette famille d'accueil juive avec laquelle il fallut prendre la fuite, de la maladie de sa jeune sœur, de ce grand frère incestueux. Et puis aussi de Jean, assurément l'homme de sa vie à défaut d'être son mari. Si Les Courants d'arrachement marque de façon indélébile, c'est par sa façon si convaincante d'associer souvenirs et sensations. Images, odeurs, sonorités: tout est puissant et inoubliable.
Les Courants d'arrachement
Élise Lépine
Grasset
352 pages
23 euros
À paru le 7 janvier 2026
«Si tu traverses les eaux», de Justine Bo
«Ici se fige Jenine Ring. Sur la photographie retrouvée un siècle plus tard par des mains étrangères dans un tiroir. L'histoire commence-t-elle lorsque Jenine Ring devient une image dans la salle des pas perdus de l'hôtel Atlantique, ou lorsque cent ans plus tard, mes doigts se saisissent de son portrait au hasard d'un voyage?»
En 1923, Jenine Ring fuit Bălţi, ville de Bessarabie, région aujourd'hui partagée entre la Moldavie et l'Ukraine. En attendant de pouvoir gagner en paquebot un sol américain qu'elle espère plus clément, elle est placée en quarantaine à l'hôtel Atlantique, sur les rives de la Manche, avec deux milliers de semblables. C'est ce transit que raconte Justine Bo, qui observe avec précision et rigueur cette étrange phase de l'exil consistant à rester immobile.
De livre en livre, l'écrivaine de 36 ans bâtit une œuvre forte, racée, exigeante, s'affranchissant du pathos et du sensationnalisme pour mieux entrer dans la psyché de personnages qui, comme elle, s'efforcent de regarder le monde sans complaisance. Chez Jenine Ring, traumatismes, espoirs et vies fantasmées sont comme une succession de ricochets, fendant les eaux et les époques pour mieux nous éclairer.
Si tu traverses les eaux
Justine Bo
Gallimard
152 pages
18 euros
À paru le 8 janvier 2026
«Nos femmes sous la mer», de Julia Armfield
«J'ai longtemps cru en l'existence de ce qu'on appelle le vide, d'un lieu où il serait possible de se retirer du monde pour trouver la solitude. De ça, je suis toujours convaincue: mon erreur était de croire que la solitude est un endroit où l'on choisit de se rendre, non un endroit dans lequel on est abandonné.»
Quand Leah a embarqué à bord d'un sous-marin dans le cadre de recherches en biologie, elle ne devait s'absenter que quelques semaines. Ce n'est finalement que six mois plus tard qu'elle retrouve Miri, sa femme, aussi ravie de la retrouver que circonspecte face à l'inconfort généré par ces retrouvailles. Symptômes physiques et comportements décalés: tout chez Leah témoigne d'une difficulté à se réadapter à la vie dite normale.
Épousant alternativement les points de vue de Miri et Leah, Julia Armfield (Cérémonie d'orage, paru en France en janvier 2025) réussit un improbable croisement entre radiographie d'une relation amoureuse (rencontres, séparation, tentative d'un nouveau départ) et suspense épuré. L'autrice rend particulièrement palpable l'inquiétude de Miri, soucieuse de savoir si elle récupèrera un jour la Leah qu'elle a juré de chérir jusqu'à ce que la mort les sépare. Passionnant, addictif, Nos femmes sous la mer happe dès les premiers instants.
Nos femmes sous la mer
Julia Armfield
Traduction: Laetitia Devaux et Laure Jouanneau-Lopez
La Croisée
304 pages
22 euros
À paraître le 22 janvier 2026
«Tout me revient maintenant», de Jean-Michel Fortier
«Les garçons normaux n'écoutent pas du Céline Dion.
Mais quand elle plonge son regard dans l'objectif de la caméra et fait vibrer ses cordes vocales jusqu'à soulever le toit du théâtre, Céline m'invite à m'en sacrer.»
Année 2003. Dans un monde où tout le monde semble s'appeler Catherine ou Guillaume, un ado québécois nommé Colin tombe amoureux de Yann, un nageur sculptural qui lui semble totalement inaccessible. Mais pourquoi s'empêcher de rêver, surtout si les rêves en question se font sur fond de Céline Marie Claudette Dion, star internationale, fierté de tout un pays et idole absolue de Colin.
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Voilà un roman sur lequel les ados queers d'hier et d'aujourd'hui feraient bien de se jeter. Tout me revient maintenant dit l'aspect fondamental de la pop culture, à la fois boussole et phare dans la nuit. Il donne aussi à voir un monde dans lequel tout est possible, même et surtout les jolies choses, en dépit de l'homophobie qui rôde. Positif sans être inconséquent, le livre du Québécois Jean-Michel Fortier pourrait être aussi important pour certain·es lecteur·ices que la discographie de Céline Dion le fut pour Colin.
Tout me revient maintenant
Jean-Michel Fortier
Les Léonides
300 pages
21 euros
À paraître le 14 janvier 2026
«Elizabeth va très bien», de Julien Dufresne-Lamy
«Au fil des semaines, plus la mort d'Elizabeth devient une énigme, plus mes plaques d'eczéma s'agrandissent. Elles deviennent des images nettes. Il y a le crâne dégarni de Donald Trump sur ma cuisse et sur ma joue la Corse, filmée en gros plan pour la chaîne YouTube d'une grande librairie. Ce temps-là, je dois mettre de côté mon deuil et assurer les interviews pour la sortie d'un roman. Sur les images diffusées, je ne vois évidemment rien d'autre que ces plaques comme mon stigmate et alors prends-je conscience que derrière les sourires adressés aux journalistes, il y a une autre vérité: celle de mon corps.»
Un samedi, Julien Dufresne-Lamy apprend par l'intermédiaire d'un message Instagram que sa mère, Elizabeth, est morte. Pourtant, quelques heures auparavant, un infirmier passé lui rendre visite avait consigné ces quatre mots dans un cahier: «Elizabeth va très bien.» S'engage un étrange processus de deuil qui semble devoir mener vers tout sauf de la sérénité. La personnalité complexe d'Elizabeth, déjà centrale dans le tout premier roman de l'auteur (Dans ma tête, je m'appelle Alice, 2012), est loin d'être le seul élément à prendre en compte.
Au fil des formalités qu'il effectue seul ou presque, l'auteur-narrateur découvre que ce qu'il savait du parcours accidenté de sa mère –ce qui inclut un alcoolisme dont il fut l'un des principaux témoins– n'était que la partie émergée de l'iceberg. Victime de harcèlement et de violences, internée contre son gré, Elizabeth a vécu un chemin de croix ne pouvant se résumer à des faits. Voir son fils la redécouvrir ainsi, si désemparé qu'il finit même par s'en remettre aux esprits, est un bouleversement de tous les instants.
Elizabeth va très bien
Julien Dufresne-Lamy
Éditions JC Lattès
288 pages
20,90 euros
À parule 7 janvier 2026
«Je suis une idiote de t'aimer», de Camila Sosa Villada
«Après dîner, Mamma Mercy s'est assise avec son cul continental dans le fauteuil élimé dont elle avait hérité d'une ancienne patronne blanche, pour boire son brandy et fumer un cigare aux feuilles noires et moisies. Elle a ri un long moment en repensant à la stupeur des clientes lorsqu'elles l'avaient vue entrer. Puis Ava a débarqué, épuisée à force de chercher des trésors dans les braguettes des Noirs. Nous avons lentement coiffé nos perruques, comme chaque soir. Madame Holiday était très fatiguée, elle est allée s'allonger sur les cuisses de la maîtresse de maison. L'amitié est devenue silencieuse, chacune de nous s'est réfugiée dans sa propre musique.»
Une quinzaine de mois après la parution française de son deuxième roman, Histoire d'une domestication (août 2024), revoici l'Argentine Camila Sosa Villada, autrice d'un recueil de neuf nouvelles qui confirment son sens du portrait sans filtre. Tendre et impitoyable à la fois, Je suis une idiote de t'aimer s'ouvre sur la nouvelle du même titre. Celle-ci raconte comment deux coiffeuses trans de Harlem nouent une relation intime avec la chanteuse américaine Billie Holiday –un texte à lire en écoutant l'album Lady in Satin (1958), si l'on suit une indication fournie en note de bas de page.
Ce qui subjugue, c'est la capacité qu'a l'écrivaine de planter un décor en quelques mots et de nous faire pénétrer de plein fouet dans l'intimité de ses personnages. Si, chez Camila Sosa Villada, on entre sans frapper, c'est pour ne rien rater des fantasmes, des traumatismes et des zones d'ombre de ses personnages, dont la flamboyance queer n'occulte aucunement les travers. Un délice de lecture, doublé d'une invitation à exprimer sa rage face aux violences dites ordinaires.
Je suis une idiote de t'aimer
Camila Sosa Villada
Traduction: Laura Alcoba
Métailié
200 pages
21 euros
À paru le 9 janvier 2026
«Chaque goutte est un cauchemar pour l'homme», de Megan Kamalei Kakimoto
«Au lycée, les filles s'enfoncent un doigt dans la gorge pour vomir dans les casiers de leurs ennemis. Elles se prennent par le bras en se chuchotant à l'oreille leurs secrets bénins et leurs fantasmes incendiaires. Elles ont dans leur pas un entrain coupable, conscientes qu'elles vivent sur l'île sauvée, qu'elles ont été épargnées sans aucune raison justifiable. Elles nous regardent, la fille et moi, avancer dans les couloirs sans nous toucher.
C'est étrange d'être amoureuse en plein milieu d'une crise nationale.»
Œuvre d'une autrice autochtone née à Hawaï d'ancêtres japonais, le deuxième recueil de nouvelles de cette sélection réjouira notamment les adoratrices et adorateurs de Carmen Maria Machado, dont l'ouvrage Son corps et autres célébrations avait fait l'effet d'une déflagration. Dans les nouvelles de Megan Kamalei Kakimoto, on retrouve le même appétit pour les corps en mutation, les cerveaux qui fonctionnent différemment, les histoires d'émancipations contrariées…
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Il est très agréable de ne jamais savoir sur quel pied danser. Le réel chevillé au corps, l'écrivaine hawaïenne n'hésite pourtant pas à invoquer spectres et ombres, qu'il s'agisse de fantômes du passé familial ou d'entités tout droit sorties du folklore hawaïen. Sécrétions, mutations, fleurs-cadavres: chez Megan Kamalei Kakimoto, tout fascine et tout dérange, comme si Céline Sciamma faisait équipe avec Coralie Fargeat. Il faut le lire pour le croire.
Chaque goutte est un cauchemar pour l'homme
Megan Kamalei Kakimoto
Traduction: Valentine Leÿs
Les Éditions du Typhon
312 pages
21 euros
À paru 9 janvier 2026
«On l'appelait Bennie Diamond», de Michaël Dichter
«Bennie reste en retrait de l'agitation. Il observe les adultes qui vont et viennent, échangent des accolades furtives, des poignées de main fermes, des tapes sur l'épaule censées réconforter.
Les formules toutes faites fusent, usées par le chagrin. Elle est dans un monde meilleur. Que Dieu vous donne la force. Le temps apaisera la douleur. Bennie les entend sans les écouter.
Son regard glisse sur les visages tendus, les paupières gonflées, les sourires forcés qui peinent à masquer l'inconfort. Il cherche une vérité dans ce décor, une raison de croire que tout cela a un sens. Mais il n'y a rien. Juste du bruit.»
Réalisateur et coscénariste du film Les Trois Fantastiques (2023), Michaël Dichter signe un premier roman autour de la fascination de Bennie, né à Anvers au début des années 1960, pour la communauté des diamantaires. Souhaitant plus que tout marcher dans les traces d'un grand-père qui fit fortune dans ce secteur, il semble prêt à contrarier les désirs de son père, qui préfèrerait le voir se focaliser sur la Torah. Pas à pas, dès les premières lueurs de l'enfance, Bennie se forge un destin unique.
Empruntant peu à peu les éléments du roman (ou du film) noir sans totalement s'y abandonner, l'auteur signe une aventure intime de grande classe. Porté par l'héritage spirituel de ceux qui l'ont précédé, rejeté par un microcosme dans lequel il n'est pas le bienvenu, celui qu'on connaîtra bientôt sous le nom de «Bennie Diamond» devra effectuer quelques choix cruciaux pour tenter de s'imposer. L'écriture patiente, méticuleuse et évidemment cinématographique de Michaël Dichter fait le reste.
On l'appelait Bennie Diamond
Michaël Dichter
Les Léonides
300 pages
21,90 euros
À paraître le 14 janvier 2026
«Mille millilitres de Ganymède», de Philippe Savet
«Ganymède, pourquoi détenais-tu tous ces bidons de drogue, à quoi te servaient-ils, quelles étaient tes motivations, était-ce pour te faire du mal ou faire du mal aux autres, quel était le prix de ton addiction, pourquoi cette drogue capable d'endormir ses proies, que recherchais-tu, quelles malédictions? Ton amour pour les hommes comme un fardeau, tes secrets comme des hontes.»
Insatiablement, les artistes contemporains aiment s'inspirer des figures mythologiques pour raconter le monde actuel. Des Métamorphoses de Christophe Honoré à la regrettée série Kaos (avec Jeff Goldblum en Zeus), les réussites sont nombreuses. Il faut désormais y ajouter Mille millilitres de Ganymède, premier roman qui s'inspire puis s'affranchit du récit du plus beau des mortels, devenu serviteur des dieux.
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C'est un tout autre Ganymède que nous montre Philippe Savet. En 2019, à la sortie d'une soirée «hole inclusive» organisée dans le XIXe arrondissement de Paris, il se volatilise, laissant derrière lui un journal cru et intime –et faisant naître pas mal d'interrogations. Adepte du chemsex –il possède des bidons de G, liquide qui une fois absorbé se transforme en GHB–, Ganymède alimente fantasmes et méfiances. L'écriture libérée et décomplexée de l'auteur en fait un personnage absolument fascinant, vecteur de sa propre mythologie.

Mille millilitres de Ganymède
Philippe Savet
Le Nouvel Attila
272 pages
19 euros
Paru le 2 janvier 2026
«Le nord à contre-jour», d'Aude Seigne
«Ce voyage que nous commencions devait être une réussite, devait être le socle qui lierait nos enfants et souderait notre famille. Nous avions tant attendu pour qu'elle existe qu'il ne pouvait pas en être autrement, et avec de telles attentes, toutes les tensions se sont cristallisées en 48 heures. C'était une dispute sans violence ni méchanceté mais même les émotions les plus simples, posées comme des évidences, nous faisaient mal.»
Le nord à contre-jour, c'est la version scandinave et supportable de L'Aventura, film de Sophie Letourneur sorti en 2025. Aude Seigne y livre le journal de bord du voyage au Danemark qu'elle a effectué avec sa fille, son compagnon et les deux enfants de celui-ci. On y trouve tout ce qui fait le sel de ce type de récit: un sens certain du détail et de l'anecdote, mais également une aptitude (visiblement pas innée chez tout le monde) à hiérarchiser les informations pour nous dispenser du dispensable.
Dans ce récit de voyage, pas de souffle épique ni de grandes envolées lyriques, mais des considérations fascinantes sur ce qu'implique de partir en vacances avec des enfants qui ne sont pas les siens et plus largement sur les compromis éducatifs liés à la notion de famille recomposée. Pragmatique, jamais nombriliste, Aude Seigne a du style; c'est d'ailleurs ce qui fait qu'on n'a jamais l'impression de lire un simple compte-rendu, mais bel et bien un roman, sensible et habité.
Le nord à contre-jour
Aude Seigne
Éditions Zoé
176 pages
18 euros
paru le 8 janvier 2026
«Le Bâtiment», de Mehdi Bayad
«Je te passe les détails pour ne pas t'ennuyer, mais d'autres interrogations subsistent dans cette affaire. Pourquoi l'adolescente tente-t-elle d'aider cette femme? Quels sont leurs liens ? À quoi correspondent les cycles et les couleurs dans le Bâtiment? Ces zinzins-vacanciers-clients représentent-ils un danger pour moi ou, au contraire, dissiperont-ils mes craintes en m'offrant bientôt une explication rationnelle et décevante?»
Brillant raconteur d'histoires, Mehdi Bayad s'est notamment fait connaître grâce à des fictions sonores haletantes et perturbantes. Cette fois, l'auteur de Bisou à demain et Rouge vif concentre son inventivité et son sens de la narration au cœur d'un roman, et ça fonctionne à plein régime. Il y a quelque chose de Lost et de Shutter Island dans cette histoire d'un type qui, souhaitant s'isoler quelques jours sur une île au large des côtes belges afin de faire le point, enchaîne les rencontres inquiétantes et les découvertes étranges.
À écouter
La nouvelle fiction de Mehdi Bayad va faire «Fureurs»
Sans Algo19 min
Dans ce prétendu havre de paix, quel lien faut-il faire entre le nombre surprenant de suicides d'insulaires et l'étrange aura du Bâtiment, ce centre d'accueil dont les pensionnaires se comportent étrangement? Utilisant des moyens détournés (messages vocaux, articles de blog) pour raconter autrement, Mehdi Bayad signe un suspense excellemment troussé, fruit d'une paranoïa palpable et communicative.
Le Bâtiment
Mehdi Bayad
Le Masque, Éditions JC Lattès
360 pages
20,90 euros
paru le 7 janvier 2026
«Lundi, c'est loin», d'Oisín McKenna
«Avant, elle croyait que ses pairs devaient leur charme à leur mérite personnel et que, par extension, c'étaient ses propres insuffisances qui faisaient sa fadeur à elle. À l'époque, elle décrivait son art comme “une cartographie émotionnelle et politique de Londres” et prétendait être “une archiviste expérimentale de la ville” –penser aujourd'hui qu'elle a pu prononcer de tels mots en public l'horrifie.»
À Londres, la canicule de ce mois de juin 2019 catalyse les passions, les tensions, les envies de se réinventer, mais elle ne serait rien sans l'événement insensé qui vient de se produire: une baleine est coincée dans la Tamise. Comme elle, les personnages principaux de Lundi, c'est loin se trouvent à un instant-clé de leur existence (grossesse, maladie, crush), ce genre de moment où faire demi-tour n'est plus vraiment une option, mais où il n'est pas non plus conseillé de continuer à avancer comme si de rien n'était.
À lire auss
Pour son premier roman, Oisín McKenna, auteur dublinois installé dans la capitale britannique, compose une chronique caustique, légère, profonde, où Londres agit comme un élément étrangement fédérateur. Très entourés mais pourtant très seuls, préoccupés par un début d'été qui s'annonce accablant, les protagonistes de Lundi, c'est loin sont les parfaits représentants d'une société qui peine à créer du lien et à encore plus à le maintenir.

Lundi, c'est loin