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Le Grand Maulnes

 

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"Je n'aurais jamais cru (...) que j'aurais osé cette chose énorme : t'amener ici. Je ne sais plus pour qui c'est une immense preuve de confiance : pour toi ou pour mon pays ! Il est vrai que ce pays-ci (La Chapelle d'Angillon), je ne l'ai jamais aimé d'amour; ce n'est qu'une amitié à qui je parle de mes amours; mais une amitié si intime, si lointaine qu'elle est plus essentielle en moi que de l'amour. Cependant je n'aurais pu me décider à t'emmener à Epineuil. Je ne sais pas si moi-même j'y retournerai jamais ." Lettre d'Alain-Fournier à Jacques Rivière

 

« Tant de joie, se dit-il, parce que j’arrive à ce vieux pigeonnier, plein de hiboux et de courants d’air!... »

Le Grand Meaulnes (Première partie, chapitre XI)

 

 

Le domaine mystérieux du Grand Meaulnes

 

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Depuis près de cent ans, d’innombrables lecteurs ont tenté, à la suite d’Augustin Meaulnes, de retrouver « la tourelle grise » du « vieux manoir abandonné » qu’il avait aperçue « au-dessus d’un bois de sapins », celle du « Domaine mystérieux », où avait eu lieu « la Fête étrange » et « la Rencontre » du héros avec Mademoiselle Yvonne de Galais.

 

Louable entreprise certes, puisque Le Grand Meaulnes est tout entier une invitation au voyage, « à la recherche du sentier perdu » et puisque, d’autre part, comme Alain-Fournier l’écrivait à son ami André Lhote en 1911 « tout ce qu’(il) raconte se passe quelque part ». Il est bien vrai que cet itinéraire imaginaire est profondément inscrit dans les paysages du Boischaut comme dans les forêts et les brandes de Sologne. C’est toutefois une gageure, tant le romancier a visiblement voulu égarer son lecteur à travers le « Pays perdu », entre Vierzon, un Vierzon que l’ouvrier du charron situe « à quinze kilomètres » de Sainte-Agathe et le village ainsi nommé par lui. Dans la réalité, on le sait, celui-ci s’inspire, avec précision, de la commune d’Épineuil-le-Fleuriel qui se trouve l’autre bout du département du Cher, à 112 km plus au Sud. Il faut d’ailleurs attendre le début de la Troisième partie du roman, pour que Jasmin Delouche, remontant de la rive du Cher, en vienne à identifier « un domaine à demi-abandonné aux environs du Vieux-Nançay : le domaine des Sablonnières » ; et c’est pour préciser aussitôt « qu’on avait fait tout abattre ».

 

Est-il cependant possible de localiser aujourd’hui ce « Domaine sans nom » ? Le département du Cher est particulièrement riche en châteaux, somptueux ou modestes, même s’ils sont beaucoup moins célèbres que ceux de la Loire. Il en existe bien d’abord un à Nançay même, le village natal du père d’Alain-Fournier au cœur de la Sologne, datant du début de la Renaissance et reconstruit au XIXe siècle ; mais il suffit de s’y arrêter quelques secondes pour comprendre que cette imposante demeure aux tours de briques n’a rien à voir avec le « Domaine mystérieux », n’en déplaise à certains guides touristiques. C’est encore moins vrai du manoir du Vieux-Nançay tout proche dont Henri évoquait l’image en longeant les parcs des cottages anglais. Aux alentours, ce ne sont pas bien sûr les petits châteaux qui manquent, ni les rendez-vous de chasse perdus dans les bois : l’un de ces domaines a même pris le nom des Meaulnes. Malheureusement l’on ne peut plus guère errer au bord des étangs privés comme celui des Varennes, ni s’engager, comme Augustin Meaulnes, dans une allée de sapins « lourde d’ombrages » : les clôtures y sont devenues trop nombreuses.

circuit Alain-Fournier

 

Rechercher les traces d'Alain-Fournier en Berry, c'est aussi accomplir dans ses pas un grand voyage littéraire à travers le temps et suivre l'itinéraire qu'il a lui-même parcouru, pourrait-on dire, "du Grand Meaulnes à La Nouvelle Revue Française", c'est à dire de son pays natal aimé, jusqu'à la capitale de la France et de l'Europe artistiques de son époque, Paris.

Le simple touriste ne trouvera pas dans ces lieux où nous vous invitons à vous engager, le choc des très grands paysages ni des monuments qui font la gloire de la plupart des régions françaises. Mais il devra savoir que ce pays "que l'on ne voit bien qu'en écartant les branches", lui réserve, s'il le veut, des émotions peut-être plus profondes parce que plus intérieures.

Pour Alain-Fournier, son pays était un visage et il y a promené son amour malheureux comme on passe la main sur les traits d'un être aimé pour en éprouver dans la nuit toute la grâce et la douceur. C'est donc d'un voyage intime qu'il s'agit surtout pour celui qui veut prendre la main du Grand Meaulnes et se laisser entraîner avec lui à la découverte de son pays. Mais pour intérieur qu'il soit ce pays n'en est pas moins réel car tout est réel dans Le Grand Meaulnes : "tout ce que je raconte se passe quelque part", écrit Alain-Fournier, et c'est à travers les pages de son livre que nous allons partir pour ce voyage.

Châteaux du Boischaut

Faut-il alors revenir plus près d’Épineuil-le-Fleuriel, le « Sainte-Agathe » du Grand Meaulnes, là où se déroulent au moins vingt-deux des quarante-six chapitres du roman ? À 2 km d’Épineuil, à l’ouest de l’autoroute A 71, sur une butte dominant les routes de Saulzais-le-Potier et de Saint-Vitte, on aperçoit en effet le château de Cornançay, propriété privée entourée de beaux arbres. Il est peu probable que le fils de l’instituteur y ait jamais pénétré ; s‘en est-il même jamais approché ? Pourtant l’idée de la « Fête étrange » vint peut être à Alain-Fournier d'un récit qui lui fut fait jadis par ses camarades de classe : en 1896, le vicomte de Fadate, propriétaire de ce vaste domaine, donna une réception à l’occasion du baptême de sa fille. Il y avait invité ses métayers et journaliers avec leurs enfants : environ deux cents personnes, émerveillées de ce goûter sous la charmille et des fenêtres illuminées de lampions et de bougies dans des verres de couleur. Les élèves de « Monsieur Seurel » durent en parler longtemps à l’école et on en trouve la trace dans le roman. « Toutes ces bâtisses avaient un mystérieux air de fête. Une sorte de reflet coloré flottait dans les chambres basses où l’on avait dû allumer aussi, du côté de la campagne, des lanternes. »

 

Alain-Fournier eut-il un jour l’occasion de visiter le château de Meillant (XVe siècle), bien éloigné d’Épineuil (à 9 km au nord de Saint-Amand-Montrond) à l’époque des voitures à âne ? Ce château était bien sûr trop raffiné pour avoir inspiré plus tard sa description de la vieille demeure délabrée.

Toutefois, dans la salle des Cerfs, il eut pu lire sur le cénotaphe de François de Rochechouart l’épitaphe suivante :

Cy-git un chevalier courtois
Du souverain sujet fidèle
Et qui toujours sut à la fois
Servir sa patrie et sa belle.

 

Comment ne pas penser au récit de Jasmin Delouche, racontant « avec cet accent de l’Allier qui arrondit vaniteusement certains mots et abrège avec préciosité les autres », sa visite à « la chapelle en ruines » du « domaine des Sablonnières » et décrivant une pierre tombale sur laquelle étaient gravés ces mots :

Ci-gît le chevalier Galois
Fidèle à son Dieu, à son Roi, à sa Belle.

 

Châteaux du Haut-Berry

 

"Je suis allé visiter un moulin dans un pays où je suis quasi né, où le bourg est si petit qu'il est enfermé avec la place publique dans une haie d'aubépine... Il y a une école dans une ancienne boutique de maréchal-ferrant, une boîte aux lettres au mur sous un cep de vignes, et trois commères qui font des chemises à l'ombre des trois tilleuls." Lettres au petit B., 31 juillet 1906

 

C'est dans cette école que M. Fournier fut nommé à son premier poste d'instituteur en 1884 et dans ce village qu'il se maria avec Albanie Barthe, jeune fille de La Chapelle d'Angillon, fille de Matthieu Barthe, originaire d'Albi et de Marie-Flavie Blondeau appelée Adeline et plus communément Bonne-Maman Barthe.
Une école plus récente a été construite depuis au sommet de la côte. Elle est aussi bien poétique avec sa cour ombragée qui servit pour le film d'Albicocco dans les scènes de l'école de Saint-Benoist des Champs.

 

La Verrerie

Tout près de ce hameau, le château de La Verrerie.
Dans ses premiers brouillons, Alain-Fournier n'a pas encore situé son Domaine mystérieux au coeur "le plus désolé de la Sologne". Il décrit Meaulnes "égaré dans la campagne. Il marche longtemps et arrive à un château dans une petite vallée, entouré d'arbres". 
Ce pourrait être la description du château de La Verrerie, situé sur le territoire jadis concédé aux Stuart par le Roi de France, à quelques kilomètres de la petite ville d'Aubigny sur Nère. Château de style écossais, remanié au XIXème siècle, qui a conservé sa galerie renaissance et son miroir d'eau dans lequel se reflètent ses tourelles. Mais beaucoup d'autres châteaux ont pu inspirer Alain-Fournier, nous les évoquerons au fur et à mesure de la promenade.

Après cette visite, il faut pousser jusqu'à Aubigny, jolie bourgade du Moyen Age, parfaitement conservée, préservée, animée et vivante. C'est là qu'Albanie Barthe fut élevée à la pension Quisset, aujourd'hui disparue.

Si l'on repart vers le nord-est, on rejoint bientôt Vailly sur Sauldre et sa gendarmerie où naquit Albanie Barthe en 1864 puis plus loin, Sury-es-bois, le village natal de Maman-Barthe.

Serait-il alors plus judicieux de revenir au pays natal d’Alain-Fournier, bien qu’il n’y ait vécu que quelques semaines de vacances, surtout chez sa grand-mère maternelle « Maman-Barthe ». Regagnons donc La Chapelle-d’Angillon, au nord du Cher. À la sortie nord du village, un faubourg porte le nom des Sablonnières, sans qu’on y puisse trouver toutefois le moindre « Domaine mystérieux ». En revanche, en pleine ville, le grand château médiéval des princes de Boisbelle « dressé de toute sa façade » avec son donjon du XIe siècle, acquis et restauré par Sully vers 1605, avait fière allure aux yeux du petit garçon qui arrivait chez ses grands parents par le train venant de Bourges, comme il l’écrivait à Jacques Rivière : « Au moment du château, maman nous disait : « regarde-moi, chéri » et avec son mouchoir, elle nous enlevait à la figure un peu de la poussière noire du train ». Le plan d’eau, créé bien plus tard à ses pieds par un barrage sur la Petite Sauldre, a malheureusement dissipé son aspect romantique qu’avait si bien su saisir le graveur Berthold Mahn en 1938. Et le poussiéreux « Musée Alain-Fournier », relégué dans le donjon, risque de décevoir bien des visiteurs.

 

Le château voisin d’Ivoy-le Pré, sans parler de ceux construits par les Stuart à La Verrerie et à Aubigny-sur-Nère, ou plus loin dans le « Pays Fort » ceux de Boucard, de Buranlure, de Blancafort, de Maupas et de Menetou-Salon, ont probablement, eux aussi, marqué l’imagination du jeune Henri. Mais Alain-Fournier ne s’est jamais comporté en touriste collectionneur de monuments, toujours plus « sûr de se retrouver avec (s)a jeunesse et (s)a vie, à la barrière au coin d’un champ - où l’on attelle deux chevaux à une herse... » . Au cours des longues randonnées cyclistes qu’il faisait à travers le Haut-Berry, peut-être découvrit-il un jour, grâce aux récits de « Maman-Barthe », le château de La Vallée, près d’Assigny, demeure de « l’Angliche » qui fut un moment le « galant »de « l’Adeline » ? Ce château « aux ailes inégales », entouré de douves et de vastes communs n’est pas sans évoquer « le Domaine sans nom ». Sous la Régence, la jeune châtelaine Marie-Antoinette de Canterenne s’y serait vue abandonnée, le soir même de ses noces avec le marquis de Masparault, « grand seigneur fort débauché » - qui fut appelé en plein bal par un mystérieux inconnu et disparut, peut-être victime d’un meurtre qui ne fut jamais élucidé. Cette légende aurait-elle inspiré l’épisode du départ de Meaulnes, au lendemain de son mariage ?

 

Sancerre

Plus loin encore vers l'est, on rejoint bientôt Sancerre et de son paysage de vignes. Les parents d'Alain-Fournier y furent nommés en 1902 à Menetou-Ratel, situé à 6 km de Sancerre. Ils n'y restèrent qu'un an mais Henri, adepte de la bicyclette, sillonna ce beau pays pentu. Il en a laissé des traces dans Le Grand Meaulnes:

"Du haut des côtes, descendre et s'enfoncer dans le creux des paysages; découvrir comme à coups d'ailes les lointains de la route qui s'écartent et fleurissent à votre approche, traverser un village dans l'espace d'un instant et l'emporter tout entier d'un coup d'oeil... En rêve seulement j'avais connu jusque-là course aussi charmante, aussi légère. Les côtes mêmes me trouvaient plein d'entrain. Car c'était, il faut le dire, le chemin du pays de Meaulnes que je buvais ainsi..."

Il faut arriver à Sancerre par la route de La Chapelotte pour découvrir tout à coup la vision incomparable de la ville perchée sur son piton rocheux au milieux d'un océan de vignes qui rayent les collines avoisinantes. La Loire miroite çà et là au soleil et au-delà d'immenses horizons s'étendent à perte de vue. 
Entre Sancerre et La Chapelle d'Angillon, nombreux sont les villages "où il faudrait passer sa vie", enfoncés dans la verdure et qu'on découvre au détour d'une petite route, pleins de charme et de douceur avec leur grosse église, parfois leur château. Leurs noms viennent tout droit du Moyen Age: Neuilly en Sancerre, Crézancy, Sens-Beaujeu, Neuvy-deux-clochers, Humbligny... et témoignent d'une vie paysanne intense autrefois. Il ne faut pas manquer de s'arrêter à Henrichement, village créé par Sully et dont il serait originaire, village fondé pour Henri IV en forme d'étoile. De l'immense place centrale carrée, rayonne à chaque coin et chaque médiane, une rue qui aboutit elle-même à une place qui rayonne également jusqu'à la fin du bourg.

 

« Ferme, château ou abbaye »

 

 

La Chapelle d'Angillon

Il faut se rendre d'abord dans le village natal d'Alain-Fournier qui en fait, dans son roman, le village natal d'Augustin Meaulnes et le désigne sous le nom de Ferté d'Angillon. Deux maisons sont à voir principalement dans le village, la mairie-école décrite comme la maison familiale d'Augustin Meaulnes et la maison natale d'Alain-Fournier à proprement parler.

"C'était une grosse maison carrée comme une mairie qu'elle avait été; les fenêtres du rez-de chaussée qui donnaient sur la rue étaient si hautes que personne n'y regardait jamais; et la cour de derrière où il n'y avait pas un arbre et dont un haut préau barrait la vue sur la campagne, était bien la plus sèche et la plus désolée cour d'école abandonnée que j'aie jamais vue..." Le Grand Meaulnes mairie-école de La Chapelle

Alain-Fournier pouvait décrire cette maison en détails parce que ses parents y avaient été instituteurs et secrétaire de mairie, quelque temps après avoir quitté Epineuil, de 1903 à 1907. Lorsqu'il venait les voir à La Chapelle, il logeait chez sa grand-mère et se rendait dans la mairie-école pour leur rendre visite. Une plaque y fut apposée en 1986 pour commémorer la naissance d'Henri Fournier à La Chapelle d'Angillon, le 3 octobre 1886.

 

 

"La Chapelle d'Angillon où depuis dix-huit ans je passe mes vacances m'apparaît comme le pays de mes rêves, le pays dont je suis banni - mais je vois la maison de mes grands-parents comme elle était du temps de mon grand-père : odeur de placard, grincement de porte, petit mur avec des pots de fleurs, voix de paysans, toute cette vie si particulière qu'il faudrait des pages pour l'évoquer un peu... Je pense doucement, doucement au parfum du pain qu'on apportait à midi, au parfum du fromage de campagne à quatre heures, à la "Cerise" de ma grand-mère, à toutes les saines odeurs des placards, des armoires et du jardin". Correspondance Jacques Rivière-Alain-Fournier, 13/08/05

photo d'Alain-Fournier de la maison de La Chapelle d'AngillonMaison plus importante encore dans le village, c'est celle où il est né avec sa soeur Isabelle, sur la grand-route de Gien à Bourges, légèrement en retrait et où une plaque a été également posée. Elle ne ressemble plus à la photo prise par Alain-Fournier aux alentours de 1900 où se trouvent réunis son père et sa mère accoudés au petit portail de bois, sa soeur assise à côté de sa grand-mère et de son grand-père. En effet, lorsqu'Isabelle épousa Jacques Rivière en 1909, sa mère fit aux jeunes époux le cadeau royal d'un chambre qui nécessita la construction d'un étage. La maison traditionnelle ne possédait en réalité qu'une seule grande pièce dans laquelle avait été dressée une mince cloison pour créer une "chambre froide".  La maison est toujours dans la famille et les curieux y sont bien accueillis lorsque la maison est ouverte. Ce n'est pas un musée pourtant.

"Les maisons, où l'on entrait en passant sur un petit pont de bois, étaient toutes alignées au bord d'un fossé qui descendait la rue, comme autant de barques, voiles carguées, amarrées dans le calme du soir". Le Grand Meaulnes

église de La Chapelle d'Angillon et cimetièreAu bout de la rue de la mairie, l'église Saint-Jacques est campée au bord de la Petite Sauldre, au bout d'une grande place nue sur laquelle donne le presbytère. Cette église fut celle du baptème d'Henri en 1888. L'église est encore entourée par son petit cimetière communal clos, cimetière bien désolé maintenant et abandonné pour un plus neuf à la sortie du village. On peut encore y voir la tombe des grands-parents Barthe et celle des parents d'Alain-Fournier. Ce dernier, mort pour la France est enterré dans le cimetière militaire de Saint-Rémy la Calonne, sur les Hauts de Meuse, là où il fut tué avec ses compagnons d'arme et où il reposa pendant soixante dix ans, sans qu'on le sache là.

Il y a un château à La Chapelle d'Angillon, le château des Seigneurs de Boisbelle, avec un gros donjon carré et des douves.

château de La Chapelle d'Angillon

Un étang a été construit de toutes pièces à ses pieds autour duquel on peut se promener mais du temps d'Alain-Fournier, il était entouré de bois et était très romantique. Il y a eu en 1986 et les quelques années après, un Musée Alain-Fournier exposant en panneaux illustrés tous les documents qui ont trait à la vie d'Alain-Fournier ainsi qu'à son roman et à l'univers artistique, littéraire, plastique et musical de son époque; il y avait également un montage audiovisuel de 9 minutes, réalisé par Hubert blisson, l'auteur des "Etranges Paradis d'Alain-Fournier et du Grand Meaulnes" qui complétait ce voyage initiatique. Mais ce que l'on peut voir aujourd'hui dans ce qui s'intitule malgré tout le Musée Alain-Fournier, n'est que l'ombre de ce qui y était présenté il y a quelques années. L'association, qui a intenté une action en justice pour abus de titre, n'en recommande pas la visite.

 

A la sortie nord du village, sur la route d'Ennordres, un faubourg porte le nom des Sablonnières, nom porté par le domaine mystérieux du roman. C'est là qu'habitait Rosine Deschamps, l'amie de maman-Barthe qu'Alain-Fournier évoque dans son poème "Sous ce tiède restant de soleil", et dont Isabelle raconte l'histoire dans les Images d'Alain-Fournier.
Plus loin, sur la même route, se trouve le hameau des Chevris qui a servi de cadre au "Miracle de la Fermière".

 

A partir de là, il faudrait pouvoir enfourcher un vélo comme le faisait Alain-Fournier et parcourir les routes qu'il sillonnait pendant ses vacances, s'enfoncer dans les chemins balisés "grande randonnée" ou "chemins communaux", pour découvrir "une petite propriété à l'entrée du bois où il faudrait passer sa vie", "une belle allée mystérieuse dont on ne voie pas l'issue", ou "quelque château, quelque vieux manoir abandonné, quelque pigeonnier désert." C'est une aventure possible malgré les interdictions légitimes des propriétaires de ces lieux cachés, qui ne souhaitent pas souffrir des atteintes de touristes indélicats.

 

Loroy

Si l'on prend la grand route en direction de Bourges, on arrive assez rapidement à un croisement d'où part la petite route qui rejoint le château de Loroy. Isabelle Rivière dans Les Images d'Alain-Fournier en raconte la découverte avec Henri et ses parents lors d'une promenade "dans la forêt du gouvernement" puisqu'à la sortie du village de La Chapelle commencent les grands bois qui appartiennent et qui sont exploités par l'Etat, encore aujourd'hui.

"Chateau, ferme ou abbaye... Presque toutes closes, les sages fenêtres s'alignent innombrables sur la façade plate; un hérissement de lucarnes et de fines cheminées anime le beau grand toit d'argent bleu; la flèche grise d'une chapelle domine à droite une aile en retrait, et contre cette aile, déjà rejoint par la forêt qui se referme derrière le château, il y a un grand pan de ruines, dressé tout seul, à demi recouvert de lierre et troué d'une porte en ogive qui se dessine presque intacte sur la sombre épaisseur du bois. A l'autre extrémité de la demeure muette, on devine des dépendances disséminées comme au hasard dans un fouillis d'arbres et d'arbrisseaux." Les Images d'Alain-Fournier

Fidèle à sa vision d'enfance, Isabelle voulut que le film d'Albicocco soit tourné là pour les scènes de la fête étrange, moins peut-être pour l'exactitude de sa description par Alain-Fournier dans le roman que pour l'auréole d'émerveillement que ce château avait laissée dans le souvenir des deux enfants. Aujourd'hui, bien délabré, Loroy, inhabité, abandonné, barricadé, garde toujours pour le passant son air de "vieux pigeonnier, plein de hiboux et de courants d'air"...

château de Loroy dans les années 50 ruines du château de Loroy

Un autre souvenir d’enfance semble avoir été beaucoup plus marquant encore, bien qu’Alain-Fournier n’en ait jamais parlé lui-même : celui d’une promenade en voiture à âne avec ses parents et sa sœur dans la « Forêt du Gouvernement », c’est-à dire celle de Saint-Palais ; ils avaient découvert ce jour-là l’ancienne abbaye cistercienne de Loroy , à 6 km au Sud de La Chapelle-d’Angillon, par la route qui va à Méry-ès-Bois (D 168). À côté des ruines de l’église abbatiale, la « longue maison châtelaine » au bord d’un étang envahi de roseaux, était déjà bien délabrée à l’époque ; pourtant il est probable qu’elle a été, plus qu’aucun autre château du Cher, la source d’inspiration du « Domaine mystérieux ». Aujourd’hui Augustin Meaulnes se désolerait encore davantage de l’état d’abandon de « la vieille demeure si étrange et si compliquée », livrée naguère aux cambrioleurs et aux vagabonds. De temps à autre, la presse locale se fait l’écho de projets de restauration qui jamais ne voient le jour. Y aura-t-il un jour à nouveau « une fête dans cette solitude », comme ce fut le cas en 1966, lors du tournage du film de Jean-Gabriel Albicocco ?

 

La rencontre du Grand Palais

Et pourtant, ce n’est dans aucun de ces châteaux que se situe l’événement fondateur du Grand Meaulnes, mais bien à Paris. C’est en descendant l’escalier du Grand Palais que l’étudiant Henri Fournier rencontre, le jeudi de l’Ascension 1905, la belle jeune fille qu’il devait immortaliser sous le nom d’Yvonne de Galais. Il la suit vers la Seine, au long du Cours-la-Reine, emprunte le même bateau-mouche, revient guetter sous ses fenêtres du boulevard Saint-Germain où elle résidait alors. Il la retrouvera, le dimanche de la Pentecôte suivant, à la sortie de l’église Saint-Germain-des-Prés et l’accompagnera à pied jusqu’au pont des Invalides : leur « grande, belle, étrange et mystérieuse conversation » sera transposée presque telle quelle dans Le Grand Meaulnes, au bord de l’étang des Sablonnières et en plein hiver. « Un grand silence régnait sur les berges prochaines. Le bateau filait avec un bruit calme de machine et d’eau. On eut pu se croire au cœur de l’été. »


Le pays du Grand Meaulnes :

Les lieux d’inspiration du roman

 

 Le Berry

Le cadre géographique du roman se situe au coeur de la France, en Berry, dans le départe-ment du Cher. Paysages très divers, de la Sologne et du Pays Fort au Nord jusqu’au Boischaut vallonné et verdoyant au Sud : landes sablonneuses couvertes de bruyère et de forêts, à l’ouest de La Chapelle d’Angillon, montueux vignobles du Sancerrois, à l’est du même chef-lieu de canton, villages de grès rouge au nord-ouest du Bourbonnais, grands horizons proches des puys d’Auvergne qu’on aperçoit par temps clair de la chapelle de Sainte Agathe, c’est tout un univers que le petit Henri Fournier pouvait découvrir du train, en traversant le département pour venir en vacances chez ses grands-parents Barthe à La Chapelle d’Angillon ou chez son oncle Florent à Nançay.

 

Épineuil-le Fleuriel

Le village, situé aux confins du Cher et de l’Allier, est le principal lieu d’inspiration du romancier : celui de l’école communale où Henri Fournier a habité et où il fut l’élève de son père de 1891 à 1898 : l’écrivain l’a baptisé « Sainte-Agathe », du nom d’une chapelle romane perchée à 15 km plus à l’ouest. Près de la moitié du récit s’y déroule ; le château de Cornançay voisin a pu même inspirer certains éléments de la « Fête étrange ». Aujourd’hui la « maison-école du Grand Meaulnes » est transformée en musée et se visite tous les jours, sauf le mardi, du 1er avril au 31 octobre, ou même davantage sur rendez-vous (voir site de la maison-école). On y revoit, intactes, les salles de classe et les pièces de l’appartement de fonction décrites dans le roman, ainsi qu’aux environs, tous les lieux évoqués dans les autres chapitres.

 

"Une longue maison rouge, avec cinq portes vitrées, sous des vignes vierges, à l'extrémité du bourg; une cour immense avec préaux et buanderie, qui ouvrait en avant sur le village par un grand portail...  tel est le plan sommaire de cette demeure où s'écoulèrent les jours les plus tourmentés et les plus chers de ma vie - demeure d'où partirent et où revinrent se briser, comme des vagues sur un rocher désert, nos aventures" (Le Grand Meaulnes)

Epineuil, décrit dans le roman sous le nom de Sainte-Agathe, c'est là que vécut le petit Henri, depuis l'âge de cinq ans jusqu'à son départ à Paris comme pensionnaire au lycée Voltaire en 1898. Il faut lire les Images d'Alain-Fournier par sa soeur Isabelle pour comprendre cette enfance faite de menues anecdotes enfantines, d'émotions fragiles et pures mais non pas mièvres, qu'Henri de son côté livre avec son tempérament de garçon. C'est à travers le récit de François, écho de celui de Meaulnes que cette vie est transfigurée.
Jusqu'à il y a peu, on pouvait visiter l'école, les classes, les greniers sous la direction de l'instituteur et de son épouse, Mr et Mme Lullier, qui ont consacré plus de quarante ans de leur vie au souvenir d'Alain-Fournier dans ce lieu. Lorsqu'on avait passé la journée avec eux, on ne relisait plus Le Grand Meaulnes de la même manière. Ici, c'est le rêve du roman qui transfigure ces lieux et qui nous apprend quel regard y a posé amoureusement son auteur: ce regard qui révèle, comme dit Jacques Rivière, "en chaque chose sa dose latente de merveilleux", ces choses fussent-elles les plus humbles et les plus terre à terre. Malheureusement, Mr Lullier nous a quitté depuis deux ans déjà. Heureusement, il y a quelques années, en 1994, l'école a été désaffectée comme telle et soigneusement restaurée et transformée en musée auquel on accède en passant par la Maison d'accueil située au centre de la place et dans laquelle on remet aux visiteurs un audio-guide.l'école d'Epineuil vue des greniers photo prise par Alain-Fournier

Lorsqu'on pousse le lourd portail et qu'on pénètre dans la cour de l'Ecole, on est ému de voir que ce n'est pas aussi grand que dans le souvenir d'Henri qui y avait vécu étant enfant. Le préau est bas, le cellier, la buanderie, le grand mur, longeant le champ du Père Martin, la grille, le puits à roue, le petit portail donnant au Nord sur la route de "La Gare", la ferme du Père Martin... tout est là. A gauche, l'appartement de l'instituteur, avec la porte de la salle à manger et celle de la cuisine.Au centre, sous la cloche, la porte d'entrée des classes. A droite, la porte de la mairie. La cinquième porte vitrée était celle du "salon rouge" et donnait sur le jardin.

La classe
A droite en entrant, contre la cloison, le tableau noir, le bureau sur l'estrade : de là, Monsieur Fournier voyait la route de la gare (Vallon en Sully à 3 km). Devant le bureau s'alignaient les tables à six places dont le pupitre relevé cachait à l'oeil vigilant du maître, quelque bavardage. Par la fenêtre, Henri Fournier apercevait, en hiver seulement, la ferme des Fromentin, ferme qu'il a appelée "La Belle Etoile", nom emprunté à une autre ferme du village. C'est de cette fenêtre que François verra Meaulnes partir, avec la jument, chercher les grands-parents Charpentier à la gare de Vierzon. Au centre de la classe, se dresse la colonne qui soutient la poutre de la classe, colonne que Coffin, sa blouse relevée et roulée autour de la ceinture, embrassait et commençait de grimper en signe d'allégresse (Le Grand Meaulnes).

L'appartement
Utilisé pendant 103 ans par des instituteurs, l'appartement n'a pas été modifié.

La cuisine
Modeste pièce au pied de l'escalier accédant à l'étage et aux greniers, elle est triste, sombre et surtout glaciale; sa porte ouvre côté nor, le plafond est à plus de cinq mères et la porte du grenier est source de courants d'air. Le potager ne produisait que peu de chaleur et sa fumée a patiné les murs. Mme fournier ne passe là que le temps de préparer les repas. Henri n'y vient que lorsqu'il ne peut plus lire dans le cabinet des archives. 

"Lorsqu'il faisait noir... je rentrais enfin. Ma mère avait commencé de préparer le repas. Je montais trois marches de l'escalier du grenier; je m'asseyais sans rien dire et, la tête appuyée aux barreaux froids de la rampe, je la regardais allumer son feu dans      l'étroite cuisine où vacillait la flamme d'une bougie" (Le Grand Meaulnes)

La salle à manger
C'est la pièce à vivre. Comme Millie dans le romanMadame Fournier condamne la fenêtre qui donne sur la route de Vallon et seule la porte la vitrée qui donne sur la cour va éclairer la pièce. C'est une pièce froide et humide puisque l'ouverture est au nord mais c'est là que la famille se retrouve autour de la lampe le soir pour le dîner.

..."lorsque le cours était fini, à quatre heures, une longue soirée de solitude commençait pour moi. Mon père transportait le feu du poêle de la classe dans la cheminée de notre salle à manger... Quelqu'un a soufflé la bougie qui éclairait pour moi le doux visage maternel penché sur le repas du soir. Quelqu'un a éteint la lampe autour de laquelle nous étions une famille heureuse, à la nuit, lorsque mon père avait accroché les volets de bois aux portes vitrées. Et celui-là, ce fut Augustin Meaulnes..."

Le salon rouge
La cinquième porte vitrée ouvre le salon rouge sur le jardin mais comme Millie dans le roman, Mme Fournier a condamné la porte. On l'appelle le salon rouge parce qu'il est dallé de carreaux de terre rouge, meublé d'un lit aux rideaux de damas rouge comme la tenture qui cache la porte, de fauteuils de velours rouge. Le piano de Mme Fournier s'y trouve et on n'ouvre la pièce que lorsque les parents de Mme Fournier viennent à Noël. La pièce est interdite aux enfants car elle y a rassemblé ses bibelots précieux. Elle s'y retire pour refaire ses robes et ses chapeaux, ne recevant ses amies que dans la salle à manger.

La chambre
Une porte donne accès du salon rouge dans la chambre. Cette petite pièce sera la chambre commune aux quatre membres de la famille Fournier à leur arrivée à Epineuil en octobre 1891, l'adjoint que remplacera Mme Fournier, logeant dans la mansarde au-dessus.

La mansarde

"Notre chambre était, comme je l'ai dit, une grande mansarde. A moitié mansarde, à moitié chambre. il y avait des fenêtes aux autres logis d'adjoints; on ne sait pourquoi celui-ci était éclairé par une lucarne. Il était impossible de fermer complètement la porte, qui frottait sur le plancher... chaque fois que nous essayions de fermer cette porte, chaque fois nous étions obligés d'y renoncer. Et toute la nuit, nous sentions autour de nous, pénétrant jusque dans notre chambre, le silence des trois greniers... (Le Grand Meaulnes)

En mai 1893, Mme Fournier remplace l'adjoint et fait la petite classe. Elle récupère la mansarde et Henri, âgé de seulement six ans, y installe sa chambre. Sans chauffage possible, au ras des tuiles, la pièce est glaciale l'hiver, étouffante l'été. Entendant la pluie tomber, le vent siffler, Henri est préoccupé par la météorologie qui occupera une grande place dans son livre. L'escalier débouche sur une antichambre d'où l'on accède aux deux mansardes et aux trois greniers. Armé d'un bâton pour prévenir quand il a peur, Henri se retrouve seul avec lui-même avec la petite lucarne qui ouvre une fenêtre sur son imaginaire.

Le village


Le grand portail une fois franchi, en remontant la rue vers le centre du village, on atteint d'abord les "Quatre routes", c'est à dire l'intersection, marquée par une croix, des deux routes traversant le village. La maison du notaire à EpineuilA l'angle de la route de Vallon et de celle de Meaulne, s'élève la Grand-Maison, "la Maison du notaire" du roman. Cette maison que fréquentait Mme Fournier fournit des détails précis du Domaine mystérieux: "Une lourde porte de bois, arrondie dans le haut et cloutée comme une porte de presbytère... Meaulnes le suivit dans le corridor... Tout au bout de celui-ci passait un couloir" (Le Grand Meaulnes).
En face, le café Daniel où déjeune Mme Meaulnes lorsqu'elle vient chercher son fils pour l'emmener terminer ses études à Paris. En empruntant la rue qui mène à l'église, l'épicerie-auberge de la veuve Delouche, puis l'hôtel de la Paix "tenu par Roy", l'épicerie des parents du gros Boujardon et à l'angle de la place de l'église, la forge de Mr Bernard.église d'Epineuil
Le mur du cimetière fermait la place de l'église, alors qu'aujourd'hui une route est ouverte. Près du jeu de quilles s'ouvre un petit chemin, "dédales de petites ruelles et d'impasses. C'était là le quartier de journaliers, de couturières et de tisserands, qu'on nommait les Petits Coins" (Le Grand Meaulnes). A un tournant, les vestiges du château fort, le donjon coiffé d'une toiture. A l'angle du sentier et de la route de St Vitte, la forge de Mr Desfougères.Une rue d'Epineuil

Sur cette route de St Vitte, à droite le "tumulus" ancienne motte féodale; en face, la maison de Mme Benoist, amie de Mme Fournier, "La Maison des Tourterelles" dont Alain-Fournier évoque les contours dans son poème A travers les étés:

il m'a semblé que vous me conduisiez, à pas
lents, - un peu, n'est-ce pas, un peu sous votre ombrelle -,
à la maison d'été, à mon rêve d'enfant...

...à quelque maison calme avec des nids aux toits et l'ombre des glycines, dans la cour, sur le pas
de la porte... quelque maison à deux tourelles avec, peut-être, un nom comme les livres de prix
qu'on lisait en juillet, quand on était petit...

Dites, vous m'emmeniez passer l'après-midi
Oh ! qui sait où !... à "La Maison des Tourterelles"

Au fond, barrant le virage, la grille de l'école des filles.

A gauche, entre des grandes et une ferme, un petit chemin rejoint la route du moulin: c'est le chemin de La Belle Etoile. En tournant à droite au bout, on arrive au Glacis, passage à gué sur la Queugne.

La Chapelle d’Angillon

Entre Pays Fort et Sologne, la maison natale d’Henri Fournier, qui était celle de ses grands-parents maternels, existe toujours. Ce petit chef-lieu de canton, situé sur la route de Gien à Bourges a inspiré la description du village d’Augustin Meaulnes, La Ferté d’Angillon. La maison reste propriété de la famille d’Alain Rivière qui y a accueilli, après sa mère, de nombreux visiteurs ; bien qu’elle ait été surélevée d’un étage en 1910, les deux pièces du bas et le petit jardin de devant sont restés intacts, tels que Fournier les décrivait à son ami Jacques Rivière, durant l’été qu’il passa à Londres en 1905. La salle du conseil, au premier étage de la Mairie-école n’a pas changé davantage : c’est là que François vient apporter à Augustin « la grande nouvelle » et l’invitation à la « partie de plaisir ».

En revanche, le très beau château médiéval, avec son donjon du XIe siècle, que le petit Henri arrivant en vacances chez ses grands-parents, admirait en descendant de la route de la gare, mais où il ne pénétra sans doute jamais, n’a aucun droit à s’afficher comme un « Musée Alain-Fournier », puisqu’il n’abrite que des reproductions défraîchies datant de 1986.

À 6 km plus au Sud, en lisière de la forêt de Saint-Palais, non loin de Méry-ès-Bois, on peut encore découvrir les ruines de l’église et le beau logis abbatial de l’ancienne abbaye cistercienne de Loroy : ce fut sans doute le lieu d’inspiration du Domaine mystérieux, décor de « la Fête étrange ».

 

 

EN SOLOGNE

 

Mais avant de se rendre à Bourges et si l'on traverse la grand route qui relie Gien à Bourges d'est en ouest, on constate rapidement que le paysage change. De même qu'Augustin Meaulnes, qui n'était au départ qu'un écolier, revient de la Fête étrange mûri et transformé comme s'il était passé, en quelques heures, de l'adolescence à l'âge adulte, de même le voyageur qui s'engage dans cette nouvelle région semble entrer brusquement dans un pays différent, plus austère, plus sauvage, fait de grandes landes coupées de bois de sapins mêlés de bouleaux, chemins de châtaigniers qui mènent à des étangs silencieux envahis de roseaux mais bruissant de la vie de milliers d'animaux invisibles.un étang en sologne

"Pas un toit, pas une âme. Pas même le cri d'un courlis dans les roseaux des marais. Et sur cette solitude parfaite, brillait un soleil de décembre, clair et glacial" (Le Grand Meaulnes)

C'est à juste titre dans ce paysage désolé que le Grand Meaulnes situe son aventure comme s'il voulait en l'éloignant de son point d'attache dans le sud plus riant du département, transfigurer sa rencontre avec la jeune fille et lui conférer d'entrée son caractère inaccessible par une sorte de transmutation du paysage où elle a lieu. Le voyageur se laisse peu à peu pénétrer, comme Meaulnes sur sa voiture, gagné par l'alchimie secrète des paysages qui l'entourent et, comme Fournier : "sur les routes vibrantes de soleil et lourdes d'ombrages, je passe comme le roi du domaine que j'ai créé".

Nançay

Le village natal du père de l’écrivain est situé au cœur de la Sologne forestière : c’est le « pays des fins de vacances », qu’aimait particulièrement Alain-Fournier et dont il a fait « le Vieux-Nançay » dans la Troisième partie du roman : « chez Florentin », c’est-à-dire l’oncle Florent Raimbault, dont le magasin subsiste face à l’église : celui-ci préférait « avoir dix enfants » plutôt que de « faire fortune » avec sa clientèle de châtelains et de chasseurs. Dès la sortie du bourg, c’est « le cher pays de Sologne, inutile, taciturne et profond ».

Si, depuis La Chapelle, on prend la petite route de Presly le Ch'ti et que l'on suit la forêt, on parvient tout à coup dans le petit village de Nançay.

 

 

Bourges

C’est surtout la cathédrale et les quartiers voisins dont il est question au chapitre 16 de la Troisième partie du roman : c’est là que Frantz de Galais avait rencontré Valentine et que Meaulnes tente de l’y retrouver.

En reprenant la grand-route de Gien, route romaine réhabilitée par Napoléon pour son tracé rectiligne, qui sépare en deux comme une raie dans les cheveux la forêt des grands arbres, on rejoint bientôt la ville de Bourges. Lorsqu'on arrive au point culminant, quelques kilomètres avant l'entrée de la ville, on aperçoit, surgie au-dessus de toutes les maisons, l'énorme cathédrale gothique, capitale de l'Aquitaine Seconde: "Au bout de toutes les rues, sur la place déserte, on la voyait monter énorme et indifférente". (Le Grand Meaulnes)cathédrale de Bourges vue des jardins de l'archevêché
 

 

À Londres il en rêvera, tout l’été suivant, au cours de ses promenades dominicales dans les parcs des châteaux anglais qui bordent la Tamise ; il dédiera l’un de ses premiers poèmes « à une jeune fille », à celle qui est « venue sous une ombrelle blanche ».

 

Le château de Sceaux, voisin du lycée Lakanal où il préparait alors le concours de l’École normale, fut sans doute également l’objet de ses rêveries : « la propriété de la marquise de Trévise » était alors dans un état d’abandon assez romantique.

« En descendant des chambres, écrivait-il à Jacques Rivière, j’ai vu derrière un mur, un château comme un décor descendu du ciel. Une allée de sable, une grille, un coin de parc...

« Il vient de là une grande fraîcheur et avec elle et les pi-i des oiseaux, des bribes de souvenirs : beaux matins d’août ... sur le bord du canal ou du Cher... »

 

« La chambre de Wellington »

On peut trouver ailleurs d’autres sources d’inspiration du « Domaine mystérieux » et de « la Fête étrange » : jusqu’en Languedoc, même. C’est le 16 septembre 1909, au cours des manœuvres du 17e Corps d’armée, que le sous-lieutenant Fournier devait faire étape près de Sabonnères (Haute-Garonne), « dans une sorte de ferme-château (Le Tardan) à 1 km du pays » : la maison s’enorgueillissait de conserver la chambre du général anglais Wellington, qui y aurait séjourné en 1814, alors qu’il assiégeait Toulouse. Alain-Fournier s’en est souvenu dans son roman : « Tu mets des lanternes vertes à la chambre de Wellington. T’en mettrais aussi bien des rouges... Tu ne t’y connais pas plus que moi ! »

Ne serait-il donc pas plus sage de laisser son mystère au domaine disparu de M. de Galais, et de repartir chaque jour avec Meaulnes et sa fille « pour de nouvelles aventures » ?

 

À Londres il en rêvera, tout l’été suivant, au cours de ses promenades dominicales dans les parcs des châteaux anglais qui bordent la Tamise ; il dédiera l’un de ses premiers poèmes « à une jeune fille », à celle qui est « venue sous une ombrelle blanche ».

 

Le château de Sceaux, voisin du lycée Lakanal où il préparait alors le concours de l’École normale, fut sans doute également l’objet de ses rêveries : « la propriété de la marquise de Trévise » était alors dans un état d’abandon assez romantique.

« En descendant des chambres, écrivait-il à Jacques Rivière, j’ai vu derrière un mur, un château comme un décor descendu du ciel. Une allée de sable, une grille, un coin de parc...

« Il vient de là une grande fraîcheur et avec elle et les pi-i des oiseaux, des bribes de souvenirs : beaux matins d’août ... sur le bord du canal ou du Cher... »

 

« La chambre de Wellington »

On peut trouver ailleurs d’autres sources d’inspiration du « Domaine mystérieux » et de « la Fête étrange » : jusqu’en Languedoc, même. C’est le 16 septembre 1909, au cours des manœuvres du 17e Corps d’armée, que le sous-lieutenant Fournier devait faire étape près de Sabonnères (Haute-Garonne), « dans une sorte de ferme-château (Le Tardan) à 1 km du pays » : la maison s’enorgueillissait de conserver la chambre du général anglais Wellington, qui y aurait séjourné en 1814, alors qu’il assiégeait Toulouse. Alain-Fournier s’en est souvenu dans son roman : « Tu mets des lanternes vertes à la chambre de Wellington. T’en mettrais aussi bien des rouges... Tu ne t’y connais pas plus que moi ! »

Ne serait-il donc pas plus sage de laisser son mystère au domaine disparu de M. de Galais, et de repartir chaque jour avec Meaulnes et sa fille « pour de nouvelles aventures » ?

"C'était un des grands désirs de François, je le sais, d'aller un jour à cette chapelle... Il l'avait, comme Meaulnes à sa lucarne, découverte un soir d'été entre les arbres lointains, d'un petit mur de la cour... A mon avis, ce devait être quelque pauvre chapelle abandonnée sur la colline inculte et qui contenait sans doute quelque douteuse relique de la sainte... La vérité c'est que c'est un pays extrêmement loin. Le temps d'y arriver on serait en été..." (brouillons du Grand Meaulnes)

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Paris

Alain-Fournier a vécu dans la capitale près de la moitié de sa vie, d’abord entre 1898 et 1901 « dans les quartiers pauvres de Paris » qu’il évoque au chapitre 9 de la Troisième partie du roman, entre la rue de Charonne et le lycée Voltaire, ensuite à partir de 1903 au lycée Lakanal de Sceaux, puis au Quartier Latin, enfin rue Cassini, où il écrivit Le Grand Meaulnes ; il a marché dans la ville douze ans durant, d’abord les dimanches en débarquant à la gare du Luxembourg, puis pour se rendre au lycée Louis-le-Grand, à la caserne de Latour-Maubourg, au fort de Vanves, enfin au siège de Paris-Journal, derrière la Bourse ou chez Claude Casimir-Perier, près du Trocadéro. Il empruntait aussi tramways et autobus, ainsi que le métro naissant, et surtout les bateaux-mouches où il s’embarqua, un soir de juin, juste derrière Yvonne de Quiévrecourt.

 

 

Ecriture du roman

 

C’est d’abord par des poèmes en vers libres qu’Henri Fournier manifeste à partir de l’été 1904 – il a dix-sept ans – son désir de devenir écrivain. Quelques-uns de ces premiers écrits – vers et proses – ont été publiés de son vivant dans diverses revues, la plupart des autres en 1924, chez Gallimard, sous le titre Miracles. Mais dès le 13 août 1905, au cours de son séjour à Londres, il déclare, dans une lettre à son ami Jacques Rivière, former un autre projet, celui d’être romancier, à la manière de Dickens. Et sans doute peut-on dater de cette époque les toutes premières ébauches du Grand Meaulnes.

Recueillis et classés méthodiquement par sa sœur Isabelle Rivière, les brouillons du roman ont été, avec tous les autres manuscrits de l’auteur, donnés en 2000 par Alain Rivière à la Ville de Bourges et ils sont aujourd’hui conservés à la Bibliothèque municipale de cette ville.

Ils avaient été publiés intégralement en 1986 dans la collection des « Classiques Garnier », formant la dernière partie du volume à couverture jaune, intitulé : ALAIN-FOURNIER. Le Grand Meaulnes, Miracles, précédé de Alain-Fournier par Jacques Rivière, sous le titre « Dossier du Grand Meaulnes ». Cet ouvrage est épuisé depuis bien des années, mais le dossier des brouillons vient d’être reproduit dans le Bulletin des amis de Jacques Rivière et d’Alain-Fournier .

Avant que le roman n’atteigne à la forme définitive au début de 1913, Alain-Fournier est passé par maints tâtonnements au cours des huit années précédentes. Ses manuscrits en témoignent, composés de notes rapides jetées sur le papier, de plans, de fragments de journal ou de lettres, d’ébauches, de reprises : 226 feuillets peuvent être réellement qualifiés de « brouillons du roman ».

Précisons que le manuscrit « définitif » du Grand Meaulnes – celui dont l’auteur du roman avait remis des fragments successifs en décembre 1912 et dans les premiers mois de 1913 à Georges Gilbert, le pharmacien d’Auteuil ami de Gide, dactylographe à ses heures – n’est pas parvenu jusqu’à nous. Selon le récit d’Isabelle Rivière à son fils , Alain-Fournier l’aurait vendu à « un riche Américain du sud » – peut-être Pedro Antonio de Aguilera, l'ancien condisciple panaméen de Lakanal ? – pour un montant de 50 F.

Rappelons que le roman parut d’abord dans La Nouvelle Revue Française sur les cinq numéros publiés de juillet à novembre 1913 : la Bibliothèque de Bourges conserve un jeu d’épreuves corrigées par Alain-Fournier pour le troisième numéro (n° 57 du 1er septembre 1913).

 

Les romans de chevalerie

Quand on relit Le Grand Meaulnes au delà de la surface du récit, on ne peut manquer d’être frappé par la parenté de ses personnages adolescents avec les chevaliers des romans arthuriens. Le réel que décrit le livre d’Alain-Fournier « est une réalité chiffrée, un monde de symboles et de signes qui rappelle le réel simplifié, signifiant des allégories médiévales », écrit Dominique Barbéris dans sa « Présentation » du Grand Meaulnes au début de l’édition de l’Imprimerie Nationale de 1996. Comme dans La Quête du Graal, on peut lire, derrière les combats de Bohort, Perceval, ou Galaad, « ceux de l’âme en quête de perfection, (…) ainsi en va-t-il d’Augustin, de Frantz » et même de Jasmin Delouche, poursuit-elle. « Les adolescents du Grand Meaulnes semblent sortir d’un jeu de dédoublement infini qui évoque les figures jumelles, incertaines du rêve. (…) Ils tiennent l’un à l’autre par un réseau complexe d’identités, de symétries. Frantz est pour Augustin ce que lui-même est pour François : une aspiration incarnée, un avatar imaginaire. Augustin tient de Frantz par son goût des chimères, mais il tient aussi de Jasmin par son crâne rasé de paysan, sa blouse et sa rudesse. Il occupe un milieu entre ces deux figures antagonistes en qui s’incarnent avec un certain schématisme deux conditions ou plutôt deux tentations contradictoires : l’acceptation de la médiocrité du monde comme il est, et le désir d’idéal. »

Robert Baudry, dans une série de six articles écrits de 1971 à 1996 et rassemblés en 2006 dans Le Grand Meaulnes, un roman initiatique, a longuement étudié les diverses facettes de l’aventure de Meaulnes : au long des chemins berrichons vers le Domaine mystérieux et Yvonne de Galais, sa « fée », sa « princesse », puis des boulevards parisiens et des faubourgs de Bourges à la recherche de Valentine, en les comparant à la quête mystique de Perceval le Galois, le chercheur du Graal. On peut cependant regretter qu’il ne se soit guère soucié d’en rechercher les sources, se contentant d’invoquer des archétypes collectifs.

Comme le pense Francine Mora-Lebrun, le personnage d’Augustin Meaulnes semble construit sur l’archétype du chevalier errant – tel « le chevalier Galois, fidèle à son Dieu, à son Roi, à sa Belle » dont Jasmin Delouche évoque le gisant dans la chapelle en ruines des Sablonnières. La fin du roman où le narrateur l’imagine « enveloppant sa fille dans un manteau et partant avec elle pour de nouvelles aventures » semble le prouver. C'est un être de quête et de mouvement qui rétablit l’ordre là où il avait été perturbé, et repart vers de nouveaux travaux. Et c'est pourquoi Yvonne de Galais, la Damoiselle élue, doit mourir : elle ne saurait le retenir, alors qu'il est toujours en quête d'un dépassement, d’un idéal, qu'elle a incarné pendant un moment, mais qu’elle ne peut plus assumer dès lors qu’elle a été identifiée, conquise et possédée.

Frantz apparaît lui aussi comme un héritier de cette quête des chevaliers, lui qui organise dans la cour de l’école « une espèce de tournoi », un tournoi qui pourrait lui donner l'occasion d’affronter le grand Meaulnes si Delage, sa « monture » ne se dérobait pas au dernier moment. Ne peut-on supposer qu’Alain-Fournier a introduit ces indices discrets au cours de son récit pour nous mettre sur la piste d’une de ses sources d’inspiration, l’imaginaire chevaleresque médiéval ? Il a dû le découvrir, d’abord à travers ses lectures d’enfant, puis à Londres en contemplant les tableaux des Préraphaélites et en lisant, en traduisant même le poème de Dante Gabriel Rossetti, The Blessed Damozel.

Quant à François Seurel, le chapitre « À la recherche du sentier perdu » le mène à son tour sur « le chemin de l’aventure (…) l’ancien chemin obstrué, celui dont le prince harassé de fatigue n’a pu trouver l’entrée. » Et sa fréquentation assidue d’Yvonne – « jeune femme tant cherchée - tant aimée » – après le départ de Meaulnes, dont il lui parle « sans se lasser avec une amitié profonde » et au-delà même de la mort de la jeune mère, n’évoque-t-elle pas les élans les plus passionnés de l’amour courtois ?

Certes il est difficile de déterminer quelle connaissance directe Alain-Fournier a pu avoir des romans de la Table Ronde, même s’il a dû en entendre parler durant ses études supérieures. Toujours est-il qu’il n’y fait guère allusion dans ses correspondances ou dans ses chroniques de Paris-Journal, sinon pour déplorer en mars 1912 que Perceval ou Tristan soient « des livres plus fameux que connus », ou pour citer une anecdote à propos de Tennyson cherchant à dépeindre la « figure ravagée » de Lancelot dans ses Idylles du Roi. Il est cependant fort probable que son imaginaire en a été nourri, au moins de façon diffuse.

 

Les romans anglais

En revanche, il a passionnément aimé les auteurs britanniques, qu’il a lu très tôt dans leur langue : de David Copperfield et de Robinson Crusoë, dans ses années d’enfance à Tess d’Urberville et Jude l’obscur de Thomas Hardy, qu’il découvre à 18 ans. Mais les livres qui ont sans doute le plus influencé son écriture, surtout après son séjour londonien de l’été 1905, sont ceux d’Emily Brontë – Wutheringh Heights –, de H.G. Wells – La Guerre des mondes –, de Ruyard Kipling – Kim, en particulier – , de Robert-Louis Stevenson – L’Île au trésor – et de J.M. Barrie – Peter Pan. Il y a fait, comme l’a montré Robert Gibson, l’apprentissage des règles du roman d’aventure, mais il a mis longtemps à « l’exprimer avec ses propres mots », comme il le désirait dès 1906 : il lui fallut quatre ou cinq ans encore pour « trouver son chemin de Damas », pour « écrire simplement, directement, comme une de mes lettres, par petits paragraphes serrés et voluptueux, une histoire assez simple qui pourrait être la mienne ». Mais, en juillet 1913, il revendiquera auprès de Péguy en faveur de son roman « le peu (…) d’aventure anglaise (…) racheté par un si long regret, une si étroite peine ».

 

Alain-Fournier et ses jeunes lecteurs

 

L’un des tout premiers lecteurs du Grand Meaulnes fut un des jeunes cousins de Jacques Rivière, ami et beau-frère d’Henri Alain-Fournier. Il avait quinze ans et s’appelait André F. Esprit original et doué d’un sens critique aigu, il n’entendait pas se montrer inférieur à ses grands cousins qui l’avaient sans doute traité encore un peu comme un enfant, pendant les vacances de l’été 1913 qu’ils avaient passées ensemble dans la maison familiale de Cenon, près de Bordeaux.

Ayant commencé à lire le roman, publié d’abord en livraisons mensuelles dans La Nouvelle Revue Française, il en avait achevé la lecture quand l’ouvrage parut chez Émile-Paul au début de novembre 1913. André, qui avait rencontré plusieurs fois Henri au Domaine de Saint Victor, à Cenon, lui fait part avec beaucoup de spontanéité et d’intelligence de ses remarques personnelles, qui pourraient encore être celles d’un adolescent d’aujourd’hui.

 

Bordeaux,

3 décembre

1913

 

Après un long retard, je me décide à vous écrire au sujet de Meaulnes, dont j’ai lu la fin dans le livre que vous nous avez si aimablement envoyé. Ne vous moquez pas trop de moi, de ce que j’ai eu l’audace de porter un jugement sur votre oeuvre, et ayez l’extrême bonté de lire ma lettre jusqu’au bout, malgré toutes les suffocations qu’elle pourra vous procurer.

Tout d’abord votre livre présente de nombreuses qualités : il est attachant d’une façon extraordinaire ; il y a des choses très bien peintes, telles que la vie d’école et les commères du village. Mais d’autre part on y voit certains défauts qui doivent assurément vous être chers ainsi qu’à Isabelle : vous êtes trop anglais. Par cela j’entends : 1°) que toute votre intrigue est beaucoup trop invraisemblable de la façon mystérieuse et angoissante dont vous la présentez ; 2°) le héros de la pièce n’est pas à mon goût : vous lui donnez un mauvais rôle. Lui auquel on s’attachait passionnément au début finit par nous révolter par son manque d’à-propos, si je peux dire, car il arrive toujours trop tard. Pourquoi Seurel, le soir du mariage de Meaulnes, ne dit-il pas à Frantz ce que la tante Moinel lui a appris ? Pourquoi Meaulnes, lorsqu’il apprend que Valentine est la fiancée de Frantz, la renvoie-t-il ? Si j’avais été lui, je l’aurais laissée dans l’ignorance et cherché Frantz pour la lui rendre. En remontant en arrière, pourquoi Frantz et le bohémien attaquent-ils la maison d’école ? A propos de quoi ? Enfin pourquoi terminer par cette impression de tristesse infinie et cette mélancolie désabusée de la vie que l’on ressent à la fin d’un cauchemar ? La dernière phrase a l’air de dire : la suite au prochain numéro.

Quant aux personnages, Millie est ravalée à un rang de domestique et sert de risée. Mr. Seurel est bien naïf et bien puéril quoique maître d’école. Meaulnes, je vous l’ai déjà dit, est à côté de son chemin, tant pour la moralité des actes que des pensées. Valentine est bien extraordinaire : pourquoi refuse-t-elle ce mari ? parce qu’elle a peur d’être heureuse !! Drôle de sentiment! à moins qu’elle n’aime pas Frantz ; et alors pourquoi revient-elle avec lui à la fin du roman ? Frantz, lui aussi, est bizarre. S’il est si désespéré que cela de la vie, pourquoi ne cherche-t-il pas à se suicider encore ? A mon avis, on est désespéré ou on ne l’est pas.

En dehors du sujet, la suite des idées est bien conduite ; le style très vif, très alerte, très attachant et très pur. Mais la moralité est douteuse : Meaulnes est loin d’être parfait au point de vue moral, Frantz reçoit sa fiancée, mais comment l’a-t-il méritée ? lui qui a découragé et ruiné son père, brisé la vie de sa soeur et de son beau-frère, lui qui mène une vie pas des plus honnêtes.

Mon cher Henri, veuillez excuser le désordre de ma lettre et croire que ce que je vous ai dit n’est pas ce que j’ai entendu dire, mais bien ce que je sens ; si je vous l’ai dit avec franchise, c’est que je désirais bien que vous me répondiez et que vous vous expliquiez sur les questions si nombreuses que je vous ai posées. Veuillez croire à ma grande amitié.

Votre presque cousin André

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Alain-Fournier, qui envisageait déjà « une édition à l’usage de la jeunesse » où le dénouement aurait été modifié, prend la peine de répondre aussitôt à son jeune correspondant. Cette lettre dont on n’a retrouvé qu’un brouillon incomplet et raturé exprime, mieux que de longs discours, le propos et l’art du romancier.

 

Décembre

1913

 

Mon cher André,

Je vous réponds dès ce matin, avant de me replonger dans la correspondance où je suis plongé et qui m’empêcherait de vous répondre jamais.

Mon cher ami, je n’ai pas pensé à faire un livre de morale. J’ai voulu faire un livre vivant. J’ajoute que je ne le crois pas immoral. Je n’ai pas voulu faire des personnages moraux ni sympathiques ; j’ai d’abord pensé à les faire vivants. Si je voulais peindre André F., par exemple, je le montrerais quittant le tennis en boudant parce qu’on s’est aperçu qu’il trichait, poussant des cris de paon à table parce qu’on ne s’occupe pas de lui, donnant des coups de pied aux vieilles tantes, etc. Ce serait un personnage vivant, qui ne ressemblerait pas aux petits héros en sucre des contes moraux, et qui ne serait tout de même pas antipathique.

Ce que font mes héros vous étonne. Vous dites : moi, André F. j’aurais fait ceci ; il aurait été si simple de faire cela. Moi qui suis raisonnable, qui connais toute l’aventure et qui examine tout cela du coin de mon feu, je n’aurais pas été si sot. Mais 1°) mes héros sont lancés dans une aventure qui est plus forte qu’eux, dans une intrigue dont ils ne connaissent pas comme vous tous les fils, et ils se débrouillent comme ils peuvent ; 2°) leurs actes qui étonnent André F. parce qu’il est André F., ils les ont commis parce qu’ils ne sont pas André F, parce qu’ils sont François Seurel, qui est timide, Frantz de Galais, qui est fantasque, comédien et désespéré, etc.

Prenons la question qui vous a paru devoir le plus m’embarrasser. Pourquoi François n’a-t-il pas dit le soir des noces à (Frantz) que la tante Moinel lui avait donné des indications sur l’endroit ... (où se trouvait Valentine) ? Mais parce qu’il est François, parce qu’il est hésitant, timide, parce qu’il veut renvoyer (Frantz) le plus vite possible, parce que pour lui il n’y a qu’une ... (chose qui compte) : le bonheur d’Yvonne et de Meaulnes. Et surtout parce qu’il ne l’a pas dit dès le moment où il l’a appris, sentant qu’il valait mieux taire cette autre histoire. Et il continue à se taire. Il a tort, mais je ne vous ai pas dit que c’était sage. Et puis il n’aime pas Frantz, au fait ; il l’a toujours vu tout gâter par ses folies. Et puis tout de même, au contact de Frantz et de Meaulnes, il a pris, lui aussi, le goût des ... (aventures) un peu théâtrales, et il croit tout arranger en prenant tout sur lui, sans explication, en renvoyant le plus vite possible Frantz, et en ne disant rien à Meaulnes de tout cela.

C’est dans les livres que l’on trouve une raison bien simple, bien nette, bien unique à un acte. Dans la réalité, mille raisons vous déterminent, mille particularités de caractère, mille circonstances extérieures. Combien de fois vous êtes-vous dit : “Mais pourquoi ai-je fait cela, mon Dieu ?” en vous arrachant les cheveux. Pourquoi avez-vous gâté toute une soirée où j’avais joué au tennis avec vous, par un moment de mauvaise humeur et par l’entêtement que vous avez mis à vouloir avoir raison ? Pourquoi ?

J’ai assez marqué ce mécanisme-là ailleurs pour qu’on me fasse crédit ici.

 

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Un roman d’aventure, un roman d’amitié :

« Meaulnes, pour la première fois, regardait en plein jour l'intérieur de la propriété. Les vestiges d'un mur séparaient le jardin délabré de la cour, où l'on avait, depuis peu, versé du sable et passé le râteau. À l'extrémité des dépendances qu'il habitait, c'étaient des écuries bâties dans un amusant désordre, qui multipliait les recoins garnis d'arbrisseaux fous et de vigne vierge. Jusque sur le domaine déferlaient des bois de sapins qui le cachaient à tout le pays plat, sauf vers l'est, où l'on apercevait des collines bleues couvertes de rochers et de sapins encore. »

Le Grand Meaulnes, Première partie, chapitre XV : La Rencontre


 

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« Une longue maison rouge avec cinq portes vitrées, sous des vignes vierges, à l'extrémité du bourg (...) cette demeure où s’écoulèrent les plus tourmentés et les plus chers de ma vie – demeure d’où partirent et où revinrent se briser, comme des vagues sur un rocher désert, nos aventures. »

Le Grand Meaulnes, Première partie, chapitre I . Le Pensionnaire

 

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Résumé du roman :

Le texte qui suit est extrait du résumé que Jacques Rivière a proposé à ses auditeurs, dans la conférence qu’il a prononcée à Genève en 1918 sur Le Grand Meaulnes. 

PREMIERE PARTIE

Arrivée du Grand Meaulnes

François, quinze ans, narrateur du récit, est le fils de M. et Mme Seurel, instituteurs de Sainte-Agathe, en Sologne. Il fréquente le Cours Supérieur qui prépare au brevet d’instituteur. Un mois après la rentrée, un nouveau compagnon de dix-sept ans vient habiter chez eux. "L’arrivée d’Augustin Meaulnes fut pour moi le commencement d’une vie nouvelle" écrit François. La personnalité mystérieuse d'Augustin , que les élèves appellent bientôt "le grand Meaulnes", va troubler le rythme monotone de l'établissement scolaire et fasciner tous les élèves.

 

Le départ de Meaulnes

"Environ huit jours avant Noël", un élève doit aller chercher les grands-parents de François Seurel à la gare. M. Seurel désigne l'élève Moucheboeuf. Meaulnes se tait. Une conversation, après l'école, dans l'atelier du maréchal-ferrant le laisse songeur. Le lendemain, on s'aperçoit qu'il a disparu. Il a emprunté la voiture et la jument du père Florentin. Le soir, un homme ramène la carriole de Florentin, mais aucune trace de Meaulnes. Il réapparaît après trois jours, l’air étrange et ne veut dire à personne où il était. Sitôt rentré, il établit un mystérieux petit plan pour retrouver le chemin qu’il a emprunté lors de son escapade. Durant les semaines qui suivent, François est intrigué par l'attitude de Meaulnes qui, la nuit, "arpentait la chambre de long en large", comme s'il voulait repartir. Il remarque aussi le "gilet de marquis" que porte son ami sous ses vêtements d'écolier.

 

Meaulnes raconte son étrange aventure

François obtient enfin que Meaulnes lui fasse le récit de son étrange aventure :

Parti chercher les grands-parents de François à Vierzon, il se perd en chemin. Il trouve asile chez des paysans qui proposent à Meaulnes de mettre sa jument à l’abri. Mais la jument s’enfuit. Il part à sa recherche mais en vain. Fourbu et blessé au genou, il passe la nuit dans une bergerie abandonnée. Au matin, il se remet en marche et approche d'un " domaine mystérieux ", où l'on prépare une fête. Il aperçoit de jolies fillettes en costumes anciens. Pour ne pas les effrayer, il se réfugie dans une chambre abandonnée et ne tarde pas à s’endormir. A son réveil il surprend la conversation d'étranges comédiens qui l'invitent à la fête costumée. Meaulnes se déguise en marquis. Des enfants le conduisent dans une grande salle où un repas de fête a été organisé pour les fiançailles de Frantz de Galais, le fils du château. Il apprend que Frantz est parti à Bourges pour y chercher sa fiancée, mais qu'ils ne sont pas encore arrivés. Meaulnes participe à une farandole conduite par un grand Pierrot "à travers les couloirs du Domaine". Il découvre une pièce paisible, où une jeune femme joue du piano pour des enfants. " Alors ce fut un rêve, comme son rêve de jadis. Il put imaginer longuement qu'il était dans sa propre maison, marié, un beau soir, et que cet être charmant et inconnu qui jouait du piano, près de lui, était sa femme…"

 

Au petit matin, a lieu la merveilleuse rencontre : près de l'étang, Meaulnes aperçoit deux femmes, " l'une très vieille et courbée; l'autre, une jeune fille blonde, élancée". Il les suit jusque dans une promenade en bateau. En débarquant, il échange avec la jeune fille quelques mots. Elle lui dit son nom : " je suis mademoiselle Yvonne de Galais" mais lui demande de ne plus le suivre. Au retour de la promenade, la fête s'arrête prématurément. Frantz est arrivé seul et annonce à Meaulnes que sa fiancée ne viendra pas. Il s'enfuit, laissant ces quelques mots " Ma fiancée a disparu, me faisant dire qu'elle ne pouvait pas être ma femme... Je n'ai plus envie de vivre". Tandis qu’une voiture ramène Augustin à Sainte-Agathe, il entend un coup de feu et aperçoit le " grand Pierrot de la fête " qui porte dans ses bras un corps humain.

 

DEUXIEME PARTIE

Le Bohémien

François et Augustin essayent de localiser le château, mais n'y parviennent pas. Un soir du mois de février, intrigués par des cris et des coups de sifflet, ils sortent dans la rue mais tombent dans une embuscade. Un jeune bohémien au front bandé et des garçons du village leur dérobent alors la carte qu'ils ont commencé à reconstituer. Le lendemain, ce bohémien devient élève de l'école et s'impose bientôt comme un nouveau chef de bande. Le bohémien restitue à Meaulnes le précieux plan, complété par ses soins. François, Meaulnes et le "jeune homme au front bandé" se jurent amitié. " Soyez mes amis pour le jour où je serais encore à deux doigts de l'enfer comme une fois déjà… Jurez-moi que vous répondrez quand je vous appellerai …Vous Meaulnes, jurez d'abord ". Et les trois amis jurèrent. Le "jeune bohémien au front bandé" donne alors à Meaulnes l’adresse d’Yvonne à Paris.

 

Le départ vers Paris

Le bourg de Sainte-Agathe est troublé par une série de vols, commis probablement par le bohémien Ganache, le compagnon du "jeune homme au front bandé". Aux premiers jours du printemps, les deux saltimbanques donnent une représentation sur la place du village. A la fin de celle-ci, le jeune bohémien révèle à François et à Augustin sa véritable identité, en retirant son bandeau. Il s'agit de Frantz, "le fiancé du Domaine inconnu". Le lendemain matin, Frantz et Ganache disparaissent avant l’arrivée des gendarmes. Meaulnes perd ainsi le seul espoir qu'il avait de retrouver le sentier perdu.

Meaulnes part alors pour Paris, où il espère revoir Yvonne de Galais. François Seurel resté à Sainte-Agathe livre à ses camarades le secret de Meaulnes. Il reçoit trois lettres de son ami, dont l'une lui apprend qu’Yvonne s’est mariée.

 

TROISIEME PARTIE

Le domaine retrouvé

Plus d'un an après le départ de Meaulnes, François découvre, par hasard, l'adresse du "Domaine sans nom" : il s'agit du domaine des Sablonnières, un dédale de batiments ruinés" tout près du village du Vieux-Nançay, où François passe, chaque année, la fin de ses vacances chez son oncle Florentin : celui-ci lui apprend qu’Yvonne de Galais n’est pas mariée. François rencontre Yvonne et il comprend que la jeune fille n'a pas oublié Meaulnes. L'oncle Florentin décide d'organiser une "partie de plaisir" à laquelle sont conviés Augustin, François et la jeune fille. François rend visite à la tante Moinel avant d’annoncer la grande nouvelle à Augustin. Cette tante lui raconte une étrange histoire. Un soir d'hiver revenant d'une fête, elle a secouru puis hébergé une jeune fille. Puis celle-ci est partie à Paris. Trop préoccupé de réunir Meaulnes et Yvonne de Galais, François prête peu attention à ce récit.

A la "partie de plaisir" au bord du Cher, Augustin retrouve Yvonne. Mais malgré le bonheur de ces retrouvailles, il réalise que" le passé ne peut renaître". Durant cette journée de fête, il presse de questions Yvonne de Galais et apprend que l'ancien château a été abattu. Pour payer les dettes de Frantz, la famille a dû vendre les bateaux et les poneys de la fête. Meaulnes semble s'enfermer dans une nostalgie destructrice. A la fin de la journée, il reproche même à M. de Galais d'utiliser leur vieux cheval fatigué. Mais le soir venu, "c'est avec des sanglots qu'il demande en mariage Mlle de Galais".

 

Fuir le bonheur...

C'est "au commencement de février de l'année suivante " qu'est célébré le mariage d'Augustin Meaulnes et d'Yvonne de Galais dans " l'ancienne chapelle des Sablonnières". Le jour même des Noces, aux abords de la maison des jeunes mariés, "un appel "déjà entendu jadis" retentit "dans la grande sapinière". Il s'agit de Frantz, malheureux, de n'être pas parvenu à retrouver sa fiancée Valentine. Il vient rappeler à Meaulnes sa promesse. François essaye d'éloigner Frantz, mais Augustin Meaulnes a entendu l'appel de son ami et malgré son amour pour Yvonne, il décide de partir en quête de la fiancée disparue. Yvonne reste seule à la maison. François, nommé instituteur dans une école voisine, devient son confident et tente de la réconforter.

Au mois d'octobre Yvonne met au monde une petite fille. Mais elle meurt le lendemain d'une embolie sans avoir revu Augustin. François s'installe aux Sablonnières. Il découvre quelques mois plus tard, le journal de Meaulnes qui lui fournit des renseignements sur sa vie passée à Paris : en cherchant Yvonne, son ami a rencontré et séduit Valentine Blondeau. Lorsqu’il découvre que celle-ci n’est autre que la fiancée de Frantz, il éprouve le sentiment d'avoir trahi son ami en lui prenant celle qu'il aimait. Meaulnes chasse Valentine sans ménagement. Pris de remords, il a ensuite désiré la revoir, mais la belle s’était enfuie. Meaulnes, pour expier ce qu'il considérait comme sa faute, a quitté Yvonne et répondu à "l’appel de Frantz". C'est pourquoi il est parti dès le lendemain de ces noces en laissant dans son journal ces derniers mots " je ne reviendrai près d'Yvonne que si je puis ramener … Frantz et Valentine mariés".

 

Epilogue

Un an plus tard, Meaulnes ramène Frantz et Valentine mariés, prend sa fille et disparaît avec elle laissant François seul, qui termine ainsi son récit et le livre "Et déjà je l’imaginais, la nuit, enveloppant sa fille dans un manteau, et partant avec elle pour de nouvelles aventures".

 

 

Les personnages du roman

 

On distingue cinq personnages principaux : trois adolescents, qui vont se lier par un serment d’amitié et deux jeunes filles qu’ils recherchent.

 

Par ordre d’entrée en scène dans le roman :

 

François Seurel

C’est le narrateur du roman, mais aucunement son héros. Enfant unique, il a quinze ans au début du livre et a été longtemps handicapé par une coxalgie . Ses parents sont instituteurs et il est encore l’élève de son père au Cours supérieur. Il devient l’ami, presque le frère d’Augustin Meaulnes, puis l'accompagne dans sa quête du Domaine mystérieux ; mais il est bien moins audacieux. Pourtant, c’est lui qui va trouver Yvonne de Galais et ménagera la rencontre entre les deux jeunes gens. Après le départ de Meaulnes, au lendemain des noces, il deviendra le confident d’Yvonne ; devenu légataire universel, il élèvera leur petite fille, jusqu’au retour de son ami dont il aura découvert le secret.

 

Augustin Meaulnes

Quand il arrive à Sainte-Agathe, il a dix-sept ans : grand, rude et silencieux, les cheveux ras comme un paysan, il aime la chasse et l'aventure et devient aussitôt l’entraîneur de ses camarades, car auprès de lui « tout est possible ». Orphelin de père, admiré par sa mère, il est en quête d’amour absolu et de perfection et ne peut s’accommoder de la vie de tout le monde. Pourtant il est poursuivi par le sentiment de la faute et sait que la joie n’est pas de ce monde. Il ne sent pas digne de sa jeune épouse qu’il abandonne au lendemain de ses noces.

 

Yvonne de Galais

La belle jeune fille du Domaine des Sablonnières, rencontrée au bord de l’étang et au cours de la promenade en bateau, est l’image même de la pureté inaccessible et l’objet d’un désir impossible. Sa présence est toujours mystérieuse et fugitive ; toutefois cette princesse lointaine est tout à fait raisonnable, bien ancrée dans la réalité, soumise à l’anxiété, à la maladie, à l’agonie ; elle meurt en donnant la vie. Son souhait serait d’enseigner les petits garçons et de se faire aimer d’eux. Elle est toujours prête à se sacrifier pour ceux qu’elle aime.

 

Frantz de Galais

Le frère d'Yvonne est tout l’opposé de celle-ci : il est instable et insouciant comme un « royal enfant » gâté, « impérieux et fantasque », exalté comme un « jeune héros romantique » errant « sur les routes d’Allemagne », suicidaire et pourtant vieilli avant l’âge – un âge jamais annoncé, indistinct : seulement « trop jeune pour se marier », selon l’oncle Florentin. Tout lui paraît permis et il vit dans le monde du jeu, d’un « jeu extraordinaire dont (on) ne connaît pas le fin mot » ; c’est un voyageur insaisissable. Avec François et Augustin, il pourrait constituer la troisième facette d’un visage composite où l’auteur du roman s’est sans doute souvent projeté.

 

Valentine Blondeau

Au contraire de l’aristocratique Yvonne, c’est la fille d’un tisserand, rencontrée à Bourges par Frantz qui en tombe amoureux ; mais, plus réaliste et peut-être plus volage que lui, elle le fuit parce qu’elle ne croit pas possible leur mariage et devient modiste à Paris. Elle n’apparaît jamais comme un personnage à part entière, seulement à travers le récit de la tante Moinel ou le journal de Meaulnes, jusqu’à son retour dans la maison de Frantz.


 

Les personnages secondaires

 

M. Seurel

Instituteur et directeur de l’école du village, il ne joue un rôle qu’au début du roman ; pêcheur du dimanche, il est un père souvent absent, mais un pédagogue attentif.

 

Millie

La mère de François prête une grande et tendre attention à son fils, mais c’est surtout une ménagère méthodique et une éducatrice assez rigide.

 

Jasmin Delouche

C’est l’autre grand de l’école, bientôt détrôné par Meaulnes dont il est jaloux, mais qu’il admirera après son départ. C’est lui qui, s’étant rapproché de François, va lui révéler le nom du Domaine mystérieux et retrouver les Bohémiens.

 

Ganache

Le pierrot de la « Fête étrange » est devenu le compagnon d’errance tout dévoué de Frantz de Galais et le clown triste du cirque, gestionnaire un peu voleur de leur duo de « bohémiens ».

 

L’oncle Florentin

Négociant de village, cordial, à la voix sonore de marchand forain, père d’une famille nombreuse et joyeuse ; c’est lui qui organise « la partie de plaisir ».

 

M. de Galais

Le père d'Yvonne et Frantz n’apparaît que dans la Troisième partie : vieux, veuf et ruiné après le mariage raté de son fils, il ne vit plus que pour sa fille et meurt de chagrin après sa mort.

 

La tante Moinel

Vieille paysanne invitée à la « Fête étrange », elle se révèle, dans la Troisième partie, être la grand-tante de François qui a recueilli Valentine et raconte de terrifiantes histoires de revenants : c’est le portrait le plus saisissant du roman.

Le Grand Maulnes

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