
« L’AMOUR N’EST RIEN » écrivit Proust à Lucien Daudet, son « cher petit »
Dans une lettre (non publiée à ma connaissance) écrite à Lucien, qui on le sait avait succédé à Reynaldo Hahn dans le cœur de Marcel, ce dernier donne à son Lucien une leçon de vie bien peu encourageante :
« L’amour ne compte pour rien, n’est rien. Le cœur bat en vain. Napoléon a raison, il n’y a que deux puissances au monde : le sabre et l’esprit et ce n’est qu’à la longue que le sabre est défait par l’esprit. »
Précisions :
1. Non datée, cette lettre a sans doute été rédigée peu après le décès du père de Lucien fin 1897.
Elle comporte une allusion à l’antidreyfusisme pour ne pas dire l’antisémitisme forcené d’Alphonse Daudet.
2. Proust cite un propos tenu par Napoléon 1er en 1808. Par « esprit » l’empereur entendait les institutions civiles et religieuses, rien à voir donc avec l’intelligence (ni bien sûr avec l’amour qui n’est définitivement rien…).
Illustrations : deux photos de Lucien Daudet (celle de gauche est dédicacée à Proust, elle semble être de 1896).