Virginia Woolf

Une maison hantée

 

Quelle que fût l’heure à laquelle on se réveillait, on entendait une porte se fermer. D’une pièce à l’autre, main dans la main, ils allaient, soulevant ceci, ouvrant cela, vérifiant — un couple fantôme.

«C’est ici que nous l’avons laissé », disait-elle. Et il ajoutait : «Oh, mais là aussi !» «À l’étage », murmurait-elle. «Et dans le jardin», chuchotait-il. «Doucement, disaient-ils ensemble, sinon ils vont se réveiller.»

Mais non, vous ne nous avez pas réveillés. Oh que non ! On pouvait se dire : « Ils le cherchent ; ils tirent le rideau », puis on lisait encore une page ou deux. « Maintenant ils l’ont trouvé », fort de cette certitude, on arrêtait le crayon dans la marge. Puis, fatigué de lire, il arrivait qu’on se lève pour faire sa propre ronde, maison entièrement vide, portes ouvertes, et, au loin, à la ferme, les roucoulades satisfaites des pigeons ramiers et le ronron de la batteuse. «Que suis-je venue faire ici ? Qu’est-ce que je cherchais ?» J’avais les mains vides. «Alors peut-être à l’étage ?» Les pommes étaient bien au grenier. Plus qu’à redescendre, rien n’avait bougé dans le jardin, hormis le livre qui avait glissé dans l’herbe.

Mais dans le salon, ils l’avaient trouvé. Non pas que l’on pût jamais les voir. Dans les vitres le reflet des pommes, et celui des roses ; toutes les feuilles étaient vertes dans ce miroir. S’ils bougeaient dans le salon, seule la pomme montrait sa face jaune. Mais un instant plus tard, si l’on ouvrait la porte, il y avait, répandu sur le sol, accroché aux murs, suspendu au plafond — mais qu’y avait-il donc? J’avais les mains vides. L’ombre d’une grive traversait le tapis ; des profondeurs insondables du silence le ramier exhalait le son de ses roucoulades. «Sauvé, sauvé, sauvé», martelait doucement le pouls de la maison. «Le trésor enfoui ; la chambre…», le pouls s’arrêtait net. Oh, était-ce là le trésor enfoui?

En un instant le jour s’était fané. Eh bien dehors, au jardin? Mais les arbres vrillaient les ténèbres, en quête d’un rayon de soleil égaré. Si ténu, si fugace, tranquillement enfoui sous la surface, le rayon que je cherchais brillait toujours derrière la vitre. La mort était cette vitre, la mort était entre nous; venue d’abord vers la femme, il y avait de cela des siècles, laissant la maison à l’abandon, scellant toutes les fenêtres; les chambres se remplirent d’ombre. Il avait quitté la maison, quitté la femme, voyagé dans les pays du Nord et ceux d’Orient, avait vu les étoiles inversées du ciel austral ; recherché la maison, l’avait trouvée nichée au pied des Downs. «Sauvé, sauvé, sauvé», martelait gaiement le pouls de la maison. «À vous le trésor.»

Le vent s’engouffre en hurlant dans l’avenue. Les arbres ploient, courbés en tous sens. Des rayons de lune giclent en gerbes sauvages sous la pluie. Mais le rayon de la lampe tombe tout droit à travers la vitre. La chandelle brûle sans fléchir ni frémir. Parcourant la maison, ouvrant les fenêtres, parlant à mi-voix pour ne pas nous réveiller, le couple fantôme vient quêter sa joie.

«C’est ici que nous dormions», dit-elle. Et lui d’ajouter : «Que de baisers.» «Le matin au réveil…» «Ciel argenté entre les arbres…» «À l’étage…» «Au jardin…» «Quand venait l’été…» «L’hiver par temps de neige…» Les portes se ferment une à une au lointain, battant doucement comme un cœur qui bat.

Voici qu’ils se rapprochent ; s’arrêtent sur le seuil. Le vent tombe, la pluie fait des rigoles argentées sur les vitres. Nos yeux s’emplissent d’ombre ; nous n’entendons venir aucun pas, nous ne voyons aucune dame déployer son impalpable cape. De ses mains, il protège la lanterne. «Regarde, dit-il dans un souffle. Endormis du sommeil du juste. L’amour aux lèvres.»

Penchés au-dessus de nous avec leur lampe d’argent, ils nous contemplent longuement, le regard pénétrant. Longuement ils s’attardent. Le vent souffle sans mollir ; la flamme fléchit sans faiblir. Des rayons de lune hagards s’irradient sur le sol et le mur, éclairant au passage les visages inclinés; les visages méditatifs ; les visages qui scrutent ceux des dormeurs, quêtant leurs joies secrètes.

«Sauvé, sauvé, sauvé», martèle fièrement le cœur de la maison. «Après toutes ces années… soupire-t-il. Tu m’as retrouvé. » « Ici, murmure-t-elle, endormi ; dans le jardin en train de lire ; de rire, de retourner des pommes au grenier. C’est ici que nous avons laissé notre trésor…» Quand ils se penchent, leur lumière entrouvre mes paupières. «Sauvé ! Sauvé ! Sauvé !», le pouls de la maison bat la chamade. Je m’éveille et m’écrie : «Oh, est-ce donc là votre trésor enfoui ? Cette lumière au cœur.»

 

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Une société

(Extrait)

 

Voici comment les choses ont commencé. Nous étions six ou sept, un soir après le thé. Les unes regardaient la vitrine de la modiste d’en face, où chatoyaient encore dans la lumière plumes écarlates et mules dorées. D’autres trompaient leur désœuvrement en empilant des morceaux de sucre sur le bord du plateau à thé. Au bout d’un moment, si ma mémoire est bonne, nous nous étions rapprochées de la cheminée pour entonner, selon notre habitude, notre antienne à la gloire des hommes — comme on admirait leur force, leur noblesse, leur intelligence, leur courage, leur beauté — comme on enviait celles qui, coûte que coûte, parvenaient à jeter le

grappin sur l’un d’eux, pour la vie — et soudain Poll, qui jusque-là n’avait dit mot, a fondu en larmes. Il faut dire que Poll a toujours été un peu bizarre. Son père lui-même était d’ailleurs un homme singulier. Il lui avait légué une belle fortune, mais à la condition qu’elle lise tous les livres de la London Library. Nous l’avons consolée de notre mieux ; mais nous savions au fond de nous que nos efforts étaient vains : nous l’aimons bien, Poll, mais ce n’est pas une beauté ; avec ses chaussures même pas lacées ; et pendant notre apologie des hommes, elle avait dû penser qu’il ne s’en trouverait jamais un seul pour la demander en mariage. Elle a fini tout de même par sécher ses larmes. Tout d’abord, elle nous a raconté des choses incompréhensibles. Étrangement, elle en avait pleine conscience. Elle nous a dit, et nous le savions, qu’elle passait le plus clair de son temps à lire à la London Library. Elle avait commencé par la littérature anglaise, au dernier étage ; et progressait méthodiquement vers le rez-de-chaussée, où se trouvait le Times. Or, voilà qu’à mi-chemin, ou peut-être au quart, une chose affreuse s’était produite. Impossible de continuer à lire. Les livres n’étaient pas ce que nous croyions. «Les livres», a-t-elle déclaré en se levant, avec dans la voix des accents désolés que je ne suis pas près d’oublier, «les livres sont presque tous d’une médiocrité au-delà de toute expression.»

Nous nous sommes récriées, naturellement ; Shakespeare et Milton et Shelley en avaient écrit des livres, non.

«Ah oui ! On voit que vous avez bien appris la leçon. Mais vous n’êtes pas abonnées à la London Library, vous !»

Elle s’est remise alors à sangloter. Puis, un peu rassérénée, elle a tiré un volume de la pile qu’elle traînait partout avec elle — Vu d’une fenêtre ou Dans un jardin, quelque chose d’approchant, œuvre d’un certain Benton ou Henson, un nom comme ça. Elle s’est mise à lire les premières pages. Nous l’écoutions en silence. «Mais ce n’est pas un livre, ça !» s’est exclamé quelqu’un. Elle en a donc pris un autre. Cette fois, c’était un livre d’histoire dont j’ai oublié l’auteur. Notre exaspération montait au fil de sa lecture. Pas une once de vérité, dans ce livre d’un style exécrable.

Nos exhortations impatientes l’ont interrompue : «De la poésie ! De la poésie ! Lis-nous de la poésie !» Je ne saurais décrire la consternation qui s’est abattue sur nous quand, ayant ouvert un petit volume, elle s’est mise à déclamer le fatras sentimental et verbeux qu’il contenait.

«C’est sûrement une femme qui a écrit ça», a remarqué l’une d’entre nous avec conviction.

Mais non. Poll a répondu que c’était un jeune homme, un des poètes les plus en vue du moment. Je vous laisse imaginer le choc produit par cette découverte. Malgré les hauts cris et les supplications, elle s’est obstinée à nous lire des extraits de Vies des Grands Chanceliers. À la fin, Jane, la plus âgée et la plus sage d’entre nous, s’est levée pour dire qu’elle n’était pas du tout convaincue :

«Voyons, si les hommes écrivent de telles sornettes, pourquoi faudrait-il que nos mères aient gâché leur jeunesse à les mettre au monde ?»

[…]

 

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Lundi ou mardi

 

Nonchalant et indifférent, se libérant aisément de l’espace à chaque coup d’ailes, sûr de sa route, le héron survole l’église, sous le ciel. Blanc et lointain, tout entier à lui-même, le ciel se couvre et se découvre, se meut et demeure. Un lac ? Effacez-en les rives ! Une montagne ? Oh, parfait — l’or du soleil sur ses pentes. Duvet qui tombe. Des fougères, alors, ou bien des plumes blanches, toujours et encore…

 

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Signature de Virginia Woolf

Désir de vérité, attente de vérité, distiller laborieusement quelques mots, et désirer encore et toujours  (un cri retentit sur la gauche, un autre à droite. Les roues divergent. Les omnibus s’assemblent et s’affrontent) — désirer encore et toujours — douze coups distincts frappés par l’horloge attestent qu’il est midi ; la lumière répand des écailles d’or ; la rue grouille d’enfants — désirer encore et toujours la vérité. Rouge est le dôme; les arbres sont couverts d’écus, des traînes de fumée s’échappent des cheminées ; aboiement, cri, appel : «Ferraille à vendre» — et la vérité ?

Convergence vers un seul point de souliers masculins et féminins, noirs ou incrustés d’or (Quel brouillard — Un sucre ? Non merci — L’avenir de la chose publique) — bond d’une flamme dans l’âtre teintant de rouge toute la pièce, à l’exception des silhouettes noires aux yeux brillants, cependant qu’au-dehors on décharge un camion, qu’à son bureau Miss Trucmuche boit son thé, et que les vitrines veillent sur des manteaux de fourrure…

Exhibée, légère comme une feuille, amoncelée dans les carrefours, soufflée sous les roues, éclaboussée d’argent, plantée droit dans la cible ou à côté, recueillie, dissipée, dispersée à tous vents, soulevée dans les airs, rabattue au sol, déchirée, naufragée, rassemblée — et la vérité ? Et maintenant se recueillir près du foyer sur la dalle de marbre blanc. Jaillis de profondeurs ivoirines, les mots répandent leurs ténèbres et leurs bouquets pénétrants. Tombé le livre ; dans la flamme, la fumée, les étincelles fugaces — ou alors il navigue maintenant, pendant carré marmoréen dans la voûte céleste au-dessus des minarets et des mers indiennes, tandis que l’espace vire au bleu et que les étoiles scintillent — et la vérité ? Ou alors maintenant, se contenter d’approximation ?

Nonchalant et indifférent le héron s’en revient ; le ciel voile ses étoiles ; puis les dévoile.

 

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Virginia Woolf est née à Londres de Sir Leslie Stephen et Julia Stephen Duckworth (dite aussi Julia Prinsep - née Julia Jackson : 1846–1895), la jeune Victoria fut élevée par ses parents ,c'est au  22 Hyde Park Gate, Kensington dans une ambiance littéraire de la haute société.qu'elle va s'épanouir

Ses parents  sont tous deux veufs lorsqu’ils se marient. Leur maison abrite les enfants de trois mariages différents. Ceux de Julia et de son premier époux Herbert Duckworth : George Duckworth (1868–1934) ; Stella Duckworth (1869–1897) ; Gerald Duckworth (1870–1937). La fille de Leslie et de sa première épouse Minny Thackeray, Laura Makepeace Stephen, diagnostiquée handicapée mentale vit avec eux avant d’être placée dans un asile en 1891 jusqu’à la fin de ses jours. Enfin, les enfants de Leslie et Julia : Vanessa (1879–1961) ; Thoby (1880–1906) ; Virginia et Adrian (1883–1948).

Sir Leslie Stephen, écrivain, éditeur et alpiniste, était veuf de la fille aînée du romancier William Makepeace Thackeray. Julia Stephen était, quant à elle, descendante d’une famille (les sœurs Pattle) déjà connue pour son implication dans la vie intellectuelle de la société victorienne, comme le salon tenu au milieu du xixe siècle par sa tante Sarah Prinsep (mère du peintre préraphaélite Val Princep). La mère de Virginia pose comme modèle, dès son plus jeune âge, pour des artistes de l'époque (comme plusieurs membres féminins de la famille). Ainsi Henry JamesGeorge Henry LewesJulia Margaret Cameron (une autre tante célèbre de Julia morte en 1879) et James Russell Lowell (le parrain de Virginia) sont des relations de ses parents.

Outre cet entourage culturel, Virginia a libre accès à la vaste bibliothèque de son domicile du 22, Hyde Park Gate, où elle découvre les classiques et la littérature anglaise (à la différence de ses frères et de sa sœur qui reçoivent une éducation traditionnelle).

Dans ses mémoires, ses souvenirs d’enfance les plus vifs ne sont pourtant pas à Londres, mais à St Ives en Cornouailles où sa famille passe tous les étés jusqu’en 1895. Les souvenirs de vacances en famille, les impressions laissées par le paysage et le phare de Godrevy (Godrevy Lighthouse), sont des sources d’inspiration notables de ses romans, en particulier Voyage au Phare (To the Lighthouse).

Adolescence

La mort de sa mère, décédée de la grippe en 1895, alors qu'elle avait 13 ans, et celle de sa demi-sœur Stella deux ans plus tard, plongent Virginia dans sa première dépression nerveuse. La mort de son père en 1904 provoque un effondrement des plus inquiétants. Elle est brièvement internée.

Après la mort de leur père, Virginia, Vanessa et Adrian vendent le 22 Hyde Park Gate et achètent une maison au 46, Gordon Square dans Bloomsbury. Ils y font la connaissance de Lytton StracheyClive Bell, Saxon Sydney-Turner, Duncan Grant et Leonard Woolf (un ancien étudiant de Cambridge, membre des Cambridge Apostles tout comme Strachey). Ils forment ensemble le noyau du cercle d'intellectuels connu sous le nom de Bloomsbury Group.

En 1910 est organisé le canular du Dreadnought auquel Virginia participe, destiné à attirer l'attention sur le Bloomsbury Group. Horace de Vere Cole et ses amis se font passer pour une délégation de la famille royale d'Abyssinie ; ils réussissent à tromper la Royal Navy, qui leur fait visiter le navire amiral, le HMS Dreadnought.

Âge adulte

Virginia Woolf est bisexuelle. Elle épouse l'écrivain Leonard Woolf (1880–1969) en 1912. Elle le surnomme durant leurs fiançailles « le Juif sans le sou ». Cependant, les époux ont des liens forts, et en 1937 Virginia Woolf décrit dans son journal son état d'épouse comme un grand plaisir, son mariage étant complet. Ils fondent ensemble en 1917 la maison d'édition Hogarth Press qui publie la plupart des œuvres de Virginia Woolf.

Virginia Woolf rencontre en 1922 Vita Sackville-Westbisexuelle comme elle au sein du groupe de Bloomsbury. Elles ont une liaison durant toutes les années 1920. En 1928, Virginia Woolf s'inspire de Vita Sackville-West pour créer Orlando, une biographie fantastique dans laquelle le héros éponyme traverse les siècles et change de genre. Nigel Nicolson, fils de Vita Sackville-West, l'a appelée « la plus longue et la plus charmante lettre d'amour de la littérature ». Après leur liaison, les deux femmes restent amies.

Parmi ses plus grandes amies, on compte Madge Vaughn (la fille de John Addington Symonds, qui inspire le personnage Sally Seton dans Mrs Dalloway), Violet Dickinson, et la compositrice Ethel Smyth. Elle est aussi très proche de sa sœur Vanessa Bell.

Suicide

Virginia Woolf se suicide le 28 mars 1941. Elle remplit ses poches de pierres et se jette dans la Ouse, rivière près de Monk's House, sa maison de Rodmell. Elle laisse une note à son mari : « J'ai la certitude que je vais devenir folle : je sens que nous ne pourrons pas supporter encore une de ces périodes terribles. Je sens que je ne m'en remettrai pas cette fois-ci. Je commence à entendre des voix et ne peux pas me concentrer. Alors je fais ce qui semble être la meilleure chose à faire. Tu m'as donné le plus grand bonheur possible... Je ne peux plus lutter, je sais que je gâche ta vie, que sans moi tu pourrais travailler. [...] ». Son corps est retrouvé trois semaines plus tard, le 18 avril. Leonard Woolf enterre ses cendres dans le jardin de Monk's House. « Virginia a pris sa décision en toute conscience », dit la musicienne et poète Patti Smith dans un dossier du Magazine littéraire, « elle ne s'est pas précipitée vers la rivière Ouse, elle y est entrée résolue. Elle a choisi de mettre fin à sa vie comme elle l'avait menée, en esprit libre et indépendant ».

L'étude de sa vie et de ses œuvres par les psychiatres contemporains conclut aujourd'hui à des symptômes du « trouble bipolaire » (anciennement psychose maniaco-dépressive), maladie mentale alternant des épisodes de dépression et d'excitation, souvent associée avec une grande créativité mais conduisant bien des personnes au suicide.

Œuvre

Virginia Woolf à Monk's House.

 

Elle commence l'écriture comme activité professionnelle en 1905 pour le supplément littéraire du Times. Son premier roman, The Voyage Out (La Traversée des apparences, traduit aussi Croisière, ou Traversées), est publié en 1915. Ses romans et ses essais rencontrent un succès aussi bien auprès de la critique que du grand public. La plupart de ses œuvres sont publiées à compte d'auteur à la Hogarth Press. Elle est considérée comme l'une des plus grandes romancières du xxe siècle et des plus grandes innovatrices dans la langue anglaise. Dans ses œuvres qui délaissent l'intrigue et la progression dramatique, elle expérimente avec acuité les motifs sous-jacents de ses personnages, aussi bien psychologiques qu'émotifs (rêveries, états d'âme, pensées contradictoires ou sans lien logique), ainsi que de multiples possibilités de narration dans une chronologie diffractée ou morcelée. Selon E. M. Forster, elle a poussé la langue anglaise « un peu plus contre les ténèbres » ; l'influence de ses réalisations littéraires et de sa créativité est encore sensible aujourd'hui.

Travaux récents

Virginia Woolf en 1939.

Des études sur Virginia Woolf sont centrées sur les thèmes féministes et lesbiens dans son travail, comme dans l'anthologie d'essais critiques en 1997 Virginia Woolf: Lesbian Readings (Virginia Woolf : Lectures lesbiennes), publiée par Eileen Barrett et Patricia Cramer. Louise A. DeSalvo suggère un abus sexuel incestueux que subit Virginia quand elle était jeune dans Virginia Woolf: The Impact of Childhood Sexual Abuse on her Life and World (Virginia Woolf : L'impact des abus sexuels subis pendant son enfance sur sa vie et son monde). Parmi les autres thèmes étudiés, on trouve le syndrome commotionnel, la guerre, les classes et la société britannique moderne. Les essais de Virginia tels qu’Une chambre à soi et Trois Guinées traitent de l'avenir de l'éducation féminine et du rôle des femmes auteurs dans les canons littéraires occidentaux.

En 1982, chargée de célébrer le centenaire de la naissance de Virginia Woolf, Viviane Forrester fait jouer sa pièce Freshwater à Paris (elle choisit pour metteur en scène Simone Benmussa) (représentations également à New York, Londres et Spoleto), interprétée par des écrivains, comme elle-même, Eugène Ionesco, Nathalie Sarraute, Alain Robbe-Grillet.

En 2002, le film The Hours, fondé sur la vie de Virginia Woolf et sur son roman Mrs Dalloway, est nommé pour l'Academy Award du meilleur film. Celui-ci est adapté du roman de Michael Cunningham, publié en 1998 et prix PulitzerThe Hours était le titre provisoire de Virginia Woolf pour Mrs Dalloway. Des spécialistes de Virginia Woolf sont hautement critiques ; selon eux, ni le roman, ni le film ne sauraient être considérés comme un exposé correct ou une critique littéraire de Mrs Dalloway.

Des chansons ont été dédiées à Virginia Woolf. Notamment la chanson Dans les rues de Londres (2005) de Mylène FarmerWhat the Water Gave Me et Never Let Me Go du groupe anglais Florence and the Machine, ainsi que la chanson Virginia (2008) de la chanteuse finlandaise Vuokko Hovatta (fi).

En 2011, paraît l'ouvrage collectif Virginia Woolf : L'écriture refuge contre la folie dirigé par Stella Harrison, avant-propos de Jacques Aubert avec Nicolas Pierre Boileau, Luc Garcia, Monique Harlin, Stella Harrison, Sophie Marret, Ginette Michaux, Pierre Naveau et Michèle Rivoire, Éditions Michèles, collection Je est un autre, Paris 2011.

En 2012, la Pléiade retraduit les œuvres romanesques de Virginia Woolf, ainsi qu'un recueil de nouvelles, Lundi ou Mardi, et quelques nouvelles isolées. Virginia Woolf est la neuvième femme de lettres à entrer dans la Pléiade

Ses oeuvres

 

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Cette édition propose, dans des traductions pour la plupart nouvelles, tous les livres de fiction publiés par Woolf ou, pour Entre les actes, au lendemain de sa mort : dix romans, et un recueil de nouvelles, Lundi ou mardi, qui n'avait jamais été traduit dans notre langue en l'état. S'y ajoutent les nouvelles publiées par l’auteur mais jamais rassemblées par elle, ainsi qu'un large choix de nouvelles demeurées inédites de son vivant. Les nouvelles éparses qui présentent un lien génétique ou thématique avec un roman sont réunies dans une section Autour placée à la suite de ce roman. On trouvera ainsi, Autour de «Mrs. Dalloway», un ensemble de textes dans lequel Woolf voyait «un couloir menant de Mrs. Dalloway à un nouveau livre» ; ce «nouveau livre» sera un nouveau chef-d’œuvre, Vers le Phare
Romans et nouvelles, donc, mais ces termes ne s’emploient ici que par convention. Woolf en avait conscience : «Je crois bien que je vais inventer un nouveau nom pour mes livres, pour remplacer “roman”. Un nouveau … de Virginia Woolf. Mais quoi? Élégie?» L’élégie, qui a partie liée avec la mort, est une forme poétique, et le roman, chez Woolf, emprunte en effet à la poésie («Il aura une part de l'exaltation de la poésie»), aussi bien qu’à l’essai et au théâtre («Il sera dramatique»), jusqu’à un certain point («mais ce ne sera pas du théâtre»). Play-poem, «poème dramatique», qualifiera Les Vagues ; essay-novel, «roman-essai», désigne Les Années ; Flush et Orlando partagent la même indication de genre: a Biography, ce qui ne dit à peu près rien de ces deux livres, mais confirme qu’il faut ici renoncer aux catégories reçues et, plus largement, considérer d’un œil neuf tout ce qui semblait définir le romanesque: «Le récit peut-être vacillera; l'intrigue peut-être s'écroulera; les personnages peut-être s'effondreront. Il sera peut-être nécessaire d'élargir l'idée que nous nous faisons du roman.» 
Élargir : rompre avec la continuité chronologique, en finir avec l'hégémonie de la représentation, faire du vécu subjectif de la conscience la véritable matière du roman. Woolf le reconnaissait, elle n’avait pas le don de la réalité: «J’immatérialise le propos…» Il s’agissait moins pour elle de bâtir des intrigues que d’isoler des «moments d'être», déchirures éclairantes dans l’obscur tissu d’une existence, témoignant «qu'une chose réelle existe derrière les apparences». «Je rends [cette chose] réelle en la mettant dans des mots. Ce sont mes mots et eux seuls qui lui donnent son intégrité; et cette intégrité signifie qu’elle a perdu le pouvoir de me faire souffrir.»

 

Cette edition contient

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Trad. de l'anglais par Jacques Aubert, Adolphe Haberer, Marie-Claire Pasquier, Françoise Pellan et Michèle Rivoire. Édition publiée sous la direction de Jacques Aubert avec la collaboration d'Adolphe Haberer, Marie-Claire Pasquier, Françoise Pellan et Michèle Rivoire. Préface de Gisèle Venet

 

    

Revue de Presse

 

Description de cette image, également commentée ci-après

Virginia Woolf dans la Pléiade, Une entrée romanesque

Marie Chaudey, La Vie (31 mai-6 juin 2012)

«C'est à une passionnante exploration romanesque qu'invitent les deux volumes de la Pléiade en rassemblant les oeuvres de fiction de la grande Virginia Woolf (1882-1941), auteure majeure du XXe siècle. Dans de nouvelles traductions pour la plupart, le lecteur retrouvera donc ici ses dix romans, de la Traversée des apparences (1915) - devenu Traversées - à Entre les actes (1941), écrit à la veille de son suicideen passant par tous les chefs-d'oeuvre que sont Mrs Dalloway (1925), la Promenade au phare (1927) - devenu Vers le phare-, les Vagues (1931) et les Années (1937), sans compter une myriade de courts textes et de nouvelles.»

La reine Virginia

Adelaïde de Clermont-Tonnerre, Point de Vue (11-17 avril 2012)

«C'est la bonne nouvelle du trimestre : l'oeuvre de l'immense et unique Virginia Woolf (1882 1941) paraît en Pléiade.»

«A saluer également un appareil critique de très grande qualité.»

La tourmentée écrivain anglaise entre à la Pléiade. Un événement.

Jean-Sébastien Stehli, Madame Figaro (13-14 avril 2012)

«On peut lire et relire Virginia Woolf et chaque fois s'émerveiller de la force et de la beauté de son écriture, servie par des traductions particulièrement remarquables. Les nouvelles, dont certaines inédites du vivant de I'écrivain, sont un bonheur.»

Virginia Woolf, la narration en eaux profondes

Francine de Martinoir, La Croix (12 avril 2012)

«Soixante et onze ans après sa mort le 28 mars 1941 - elle avait 59 ans -, Virginia Woolf entre dans « La Pléiade », avec un superbe appareil critique et dans des traductions nouvelles pour la plupart. Certains titres aussi ont changé, plus fidèles sans doute au texte originel : Traversées a été préféré à La Traversée des apparences, et La Promenade au phare est remplacé par Vers le phare. Cette édition contient aussi des textes que l'on peut situer à la périphérie des romans, pages semblant détachées de Mrs Dalloway, ou de La Chambre de Jacob, où l'on retrouve ses images et métaphores obsédantes. Des nouvelles inédites en français sont aussi incluses.»

Dix romans, des nouvelles, des inédits, des traductions réactualisées...

L'auteur anglaise Virginia Woolf fait son entrée dans la Pléiade.

 

Nathalie Crom, Télérama (31 mars- 6 avril 2012)

«Cette édition vaut par la qualité des traductions nouvelles qu'elle propose, et par la précision merveilleuse de son appareil critique. Chacune des notices, qui ancrent les romans dans la chronologie et la biographie de Woolf, a la valeur d'un authentique essai, l'ensemble retraçant l'histoire et l'évolution d'une oeuvre qui toujours, au souci de raconter, de décrire, préféra la quête de la forme, l'épiphanie de la sensation.»

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