Le Boudoir Littéraire et thèâtral la plume et l'encrier

Le magazine des jeunes auteurs indépendants

Le Boudoir Littéraire et thèâtral  la plume et l'encrier

Edmond Rostand

 

 

Le livre de l'Aimée

Dans mes jours noirs de spleen, de doute de moi-même,
Où plus fort que jamais j'ai besoin que l'on m'aime, —
Je vais à vous ainsi qu'à sa mère un enfant,
Mon amie, — et vous dis mon chagrin étouffant.
Je m'agenouille, — et sous vos clairs regards de femme,
Sous vos regards aimants, j'ouvre toute mon âme.
Comme en votre raison saine je crois beaucoup
Je me sens mieux quand vous m'avez traité de fou,
Quand vous m'avez montré de quoi je me désole,
Quand vous avez raillé ma peine qui s'envole!
Que de fois vous m'avez ainsi réconforté!...

De même, lorsqu'on est seul dans l'obscurité,
L'imagination s'épouvantant des ombres,
On met des spectres noirs dans tous les recoins sombres
Et, l'oeil s'hallucinant, on voit sur le tapis
Les fauteuils comme des fantômes accroupis,—
De même bien souvent je peuple de chimères
Ma solitude, et fais des souffrances amères
De rien, — et j'ai besoin qu'on me dise: Mais non!
Vous rêvez! — et que l'on appelle par leur nom
Ces petites douleurs dont je me fais des grandes.

Comme le jour naissant chasse les sarabandes
Des spectres, — fait revoir les objets familiers
Qui prenaient dans la nuit des aspects singuliers, —
En mon âme aux pensers noirs vous donnez la chasse
Et d'un mot de bon sens vous mettez tout en place.

Et comme l'on bénit le matin, disperseur
Des ombres, je bénis votre parler berceur,
Endormeur des chagrins et des inquiétudes...
Je vous aime pour vos chères sollicitudes
De mère, ces jours-là, — lorsque vous me prenez
Le front entre vos mains, et que vous devinez
Précisément les mots que j'ai besoin d'entendre.
O mon Amie, amie adorable et très tendre,
Qui comprenez mes sentiments les plus ténus,
Vous qui savez, du bout de vos doigts si menus,
Écraser, aussitôt qu'elle perle, une larme...
Que de fois vous avez rompu le mauvais charme !
Que de fois vous avez donné des soins adroits
A ma mélancolie, — et combien je vous dois!...

Dans mes jours noirs de spleen, de doute de moi-même,
Où plus fort que jamais j'ai besoin que l'on m'aime, —
Lorsque j'ai sur le coeur un chagrin étouffant,
Je vais à vous ainsi qu'à sa mère un enfant!...

Edmond Rostand


avril : Rosemonde et Edmond se marient. Naîtront en 1891 leur premier fils, Maurice, poète et dramaturge comme son père, puis en 1894, Jean, philosophe et biologiste, académicien en 1959.

1891 : Rostand parvient à avoir ses entrées à la Comédie française auprès de Jules Claretie, son administrateur. Il propose d’abord un acte, en 1891, Les deux Pierrots, qui sera refusé. Pierrot qui pleure et Pierrot qui rit cherche à séduire Colombine… Qui y parviendra ? Pierrot qui rit car il pleure de n’avoir pas été choisi ! On laisse cependant entendre à Rostand que la prochaine pièce pourrait être la bonne.

1892 – 1893 : Rostand se lance dans de très nombreux projets littéraires souvent morts-nés. C'est à peu près à cette période que Rosemonde décide de ne plus écrire pour elle mais de se mettre entièrement au service de l'oeuvre de son mari. Rostand travaille cependant régulièrement à la traduction du Faust de Goethe et à une nouvelle œuvre, Les Romanesques, dont l’histoire s’inspire très librement de Roméo et Juliette : un jeune homme, Percinet, revient chez son père après ses études, tandis qu’une jeune fille, Sylvette, fraîchement sortie du couvent, rentre chez le sien. Les parents, qui sont voisins, se détestent abominablement. Ce qui devait arriver arriva et les deux jeunes gens, qui ne se connaissaient pas auparavant, tombent amoureux l’un de l’autre ! Seulement, les parents ne se détestent pas vraiment : ils ont feint une haine pour que leurs enfants se rapprochent… pariant sur le besoin de romanesque de la jeunesse ! La pièce, rapidement écrite, sans doute achevée dès 1892, a cependant du mal à trouver sa place dans la programmation de la Comédie-Française, est sans cesse reportée et Rostand désespère de parvenir à la faire jouer.

1894 : mai : Rostand continue à travailler. Il parvient ainsi à faire jouer, Les Romanesques, le 21 mai, chez Molière. Fort appréciée, la pièce fut cependant peu jouée. Le succès d’estime lui permet néanmoins de rencontrer Constant Coquelin et Sarah Bernhardt, les deux plus grands comédiens de cette fin de siècle. Rostand se remet encore à sa traduction de Faust et écrit à sa demande, un rôle, pour Sarah, séduite mais uniquement platoniquement par ce jeune poète prometteur car une vingtaine d’années les sépare. Première consécration pour notre poète.

1895 : 5 avril : On représente ainsi pour la première fois au Théâtre Sarah Bernhardt, La Princesse lointaine, pièce en quatre actes et en vers. Au Moyen Âge, Jaufré Rudel, un troubadour provençal ayant réellement existé et que Rostand a redécouvert en lisant Joseph Bédier, s’est épris d’une princesse, Melissinde, sur les descriptions qu’en ont pu lui faire les pèlerins revenant de Jérusalem. Follement amoureux, mais mortellement malade, il décide de partir pour Tripoli, pour voir cette princesse avant de mourir… La pièce commence quand le navire qui le transporte arrive dans le port…La Princesse lointaine est encore un succès d’estime. Certes, Sarah a finalement perdu de l’argent. Mais elle croit en son futur grand poète et Rostand se remet au travail, reprenant sans doute Faust, commençant une comédie, La Maison des Amants, restée inachevée, et créant un nouveau rôle pour Sarah.

1897 : 14 avril : On crée sur les planches du même théâtre, La Samaritaine, Évangile en trois tableaux et en vers, pour le Vendredi Saint. La pièce, qui retranscrit assez fidèlement un épisode de l’Évangile de Jean, l’arrivée de Jésus en Samarie et la conversion d’une pécheresse, est sans doute la pièce où Rostand se fait le plus mystique, où sa pensée tend le plus vers l’idéal. La Samaritaine est la clé de l’œuvre rostandienne. Parallèlement aux répétitions, il se met à l’écriture de Cyrano de Bergerac.

28 décembre : triomphe de Cyrano de Bergerac, dont le rôle-titre est joué par Constant Coquelin. Qu’on imagine un peu l’ambiance qui anima les coulisses peu avant le lever de rideau de la générale. Rostand, toujours anxieux et dépressif, parle d’un four, s’excuse auprès de ses comédiens, auprès de Coquelin qui produit également le spectacle… Mais le rideau se lève… Rostand s’est glissé parmi les figurants de l’acte I pour bien ordonner leurs déplacements… et un ange passe sur l’orchestre où le tout Paris s’est installé… tirade des nez… ballade du duel… fin de l’acte… Cyrano part porte de Nesle se battre un contre cent… et la foule applaudit, se lève déjà… La pièce est un triomphe. Rostand est décoré de la légion d’honneur lors du dernier entracte ! On applaudit pendant une heure la pièce à la fin et la nouvelle s’est répandue dans les autres théâtres… il y a ce soir-là un chef d’œuvre de plus au monde… Cyrano est un triomphe les jours suivants, les mois qui suivent, la salle ne désemplit pas. Les tournées Montcharmont diffusent la pièce dans tout le pays, puis dans tous les pays : la pièce, traduite dans de très nombreuses langues, fait le tour du monde et fait surprenant, le personnage de Cyrano devient un symbole patriotique dans tous les pays où il est mis en scène. Cyrano symbolise l’amour de son pays, pas la haine des autres. Il peut donc y avoir un Cyrano japonais comme un Cyrano polonais, un Cyrano français comme un Cyrano allemand…

1898-1899 : L’affaire Dreyfus, du nom de l’officier français juif condamné deux ans plus tôt pour trahison, s’invite à la une des journaux et à la table de toutes les familles. Rostand sera dreyfusard, toute sa vie, même après les succès de Cyrano et de L’Aiglon, qui sont récupérés par les partisans du nationalisme français. Qui lit L’Aiglon, mais aussi Chantecler où son héros est un coq gaulois, comprend que Rostand aime son pays, avec passion, qu’il est patriote, comme on l’est en 1791, mais qu’il est par essence pacifique. L’Aiglon est un plaidoyer contre les horreurs de la guerre. Rostand, issu d’un milieu très bourgeois mais aussi très humaniste, n’est pas socialiste, mais quand la première guerre mondiale arrivera, il fera tout pour soutenir les soldats français, comme ceux qui le sont.
Le succès véhicule également son lot de contraintes : Rostand devient une figure du tout Paris et l’on s’arrache de ses nouvelles… Pas une semaine sans qu’une revue ne parle de lui. Très sollicité, Rostand s’efforce de répondre présent le plus souvent, offrant par là une préface, par ici un discours, et, quand on lui en laisse le temps, des poèmes. Les années 1898-1899 s’écoulent sans une nouvelle œuvre mais il multiplie les projets, reprenant notamment La Maison des Amants et s’attelant déjà à un autre projet ambitieux, raconter la triste fin d’un enfant, le fils de Napoléon.

1900 : 15 mars : Création au Théâtre Sarah-Bernhardt de L’Aiglon. La peur de l’échec qui l’animait déjà avant son triomphe a redoublé d’intensité avec le succès : parviendra-t-il à répéter le coup de génie de Cyrano de Bergerac? Le choix de son sujet est déjà une réponse : Rostand ne veut pas décevoir son public, qui s’attend à un certain type de pièce, un drame historique, qui célèbre les valeurs nationales. Mais L’Aiglon est davantage une réflexion sur la légende napoléonienne qu’une réflexion sur l’histoire. Le public et la critique sont enthousiasmés par ce qui apparaît comme une violente charge anti-allemande et autrichienne… Mais on ne prend pas le temps de comprendre le message pacifiste de Rostand. On croit que la pièce est un appel à la revanche, quand elle est un plaidoyer contre la guerre… et on veut de nouveau et plus encore que jamais faire de Rostand un membre du parti de la guerre, un nationaliste, cliché qui perdure encore. Sarah Bernhardt est jugée merveilleuse dans le rôle d’un jeune homme qui n’a pas l’âge de son fils. La tradition fera d’ailleurs que pendant des dizaines d’années, seules des femmes joueront le Duc de Reichstadt. La pièce est un nouveau triomphe, à peine moins important que Cyrano.

Rostand, suite à la fatigue des répétitions de L'Aiglon, tombe gravement malade et sa vie est en danger. Rosemonde est alors une infirmière de tous les instants, avec abnégation. Atteint d'une pneumonie qui tourne à la pleurésie, il est soigné par le docteur Grancher qui lui conseille de partir quelques temps au Pays Basque. Las aussi de la vie mondaine et de son exposition permanente, il se réfugie à Cambo

1901 : 30 mai : Rostand est élu à l’Académie française : il est alors le plus jeune académicien. Il repousse sans cesse le jour de sa réception, qui n’aura lieu finalement que le 4 juin 1903.

1902 : Rostand s’isole au Pays basque, trop exposé à Paris à cause de ses succès, doutant toujours plus de ses capacités à écrire un autre chef d’œuvre. Il passe par de longues phases où il n’ose pas écrire une seule ligne, où il détruit ce qu’il a écrit la veille. Il ne vient qu’épisodiquement à Paris. Pourtant il pense déjà à sa nouvelle pièce, Chantecler : depuis cette année au moins il consacre la plus importante part de son énergie créatrice, très vacillante, à écrire cette histoire sans homme, où tous les personnages sont des animaux, avec ce coq qui croit faire lever le soleil par son chant… La pièce est sans cesse annoncée, sans cesse repoussée. Faust est de nouveau à l’ordre du jour.
Février : dans le cadre du centenaire de la naissance de Victor Hugo, Rostand publie un hommage le 26 février chez Fasquelle, repris le 4 mars dans la revue Le GauloisUn Soir à Hernani. Il est unanimement considéré comme l’héritier du grand poète : pression supplémentaire s’exerçant sur un esprit en plein doute.

1903 : On annonce dans la presse la prochaine création du Faust de Monsieur Rostand. La pièce est promise à Constant Coquelin. Des « fuites » évoquent déjà Chantecler et se multiplieront jusqu’à la première représentation de la pièce.

1903-1913 : Ses relations avec sa femme se dégradent épisodiquement, en même temps que sa santé, alternant avec des périodes de réconciliation et de convalescence. Elle prend vraisemblablement des amants, lui des maîtresses. On ne sait qui a commencé même si on soupçonne Edmond. En 1911, la seconde édition des Musardises ne comptera plus les poèmes consacrés à Rosemonde. La séparation sera définitivement consommée en 1911, même s’ils ne divorcent pas, chacun gardant auprès de lui un enfant. Jean restera avec son père, et Maurice, le poète et romancier, avec Rosemonde. Elle se lie en 1909 avec Tiarko Richepin, de vingt ans son cadet, ami de Maurice.

1906 : Rostand prend possession de la superbe villa qu’il s’est fait construire à partir de 1903, près de Cambo-les-Bains, la Villa Arnaga.

1910 : 7 février : Chantecler, dont le public entend parler depuis 1903, est enfin représentée au Théâtre de la Porte Saint-Martin. Mais sans Coquelin qui avait pourtant un nom prédestiné pour jouer un coq. L’attente a été trop longue, il est mort avant. La pièce est un succès populaire mais est éreintée par la critique. Le tout Paris siffle le soir de la générale. La pièce, particulièrement ambitieuse, ne ressemble pas assez à ce qu’il a écrit avant. Rostand rentre donc dans sa Villa Arnaga : il ne fera plus jouer de nouvelles pièces, trop certain d’être encore incompris, d’autant que sa relation avec Rosemonde s’est fortement détériorée et ce n'est qu'avec elle qu'il parvient véritablement à donner le meilleur de lui-même.

Deux autres femmes entrent alors dans sa vie : la poétesse Anna de Noailles et la comédienne Mary Marquet en 1917.

1911-1914 : Rosemonde collabore avec leur fils Maurice à l’écriture d’Un bon petit diable et de La Marchande d’allumettes.

1911 : Rostand parvient cependant à écrire un long poème, Le Cantique de l’Aile, en l’honneur des premiers aviateurs, héros modernes, ainsi qu’une pièce quasi terminée, La Dernière Nuit de Don Juan qui commence où s’achève la pièce de Molière. Cette œuvre ne sera publiée qu’après sa mort, de même qu’une seconde version de La Princesse lointaine, pourtant promise à Sarah Bernhardt.

1912-1913 : Lors d’interviews, Rostand évoque de nouveau Faust, en précisant que l’œuvre ne sera pas jouée dans l’immédiat.

1914-1918 : La guerre semble redonner un souffle nouveau au poète : il cherche à s’engager, sûr du bon droit de son pays, mais, à son grand désespoir, il est réformé. Il va alors manifester son soutien aux poilus en organisant de nombreuses journées où il récolte des fonds et devient infirmier-auxiliaire au Pays basque. La guerre est source de conflits avec ses enfants résolument pacifistes et qui ont évité la conscription. Sur son insistance, ils s'engagent mais ne seront pas au front.

Rostand se déplace plusieurs fois au front justement. Ses poèmes d’alors, réunis dans le recueil Le Vol de la Marseillaise, sont cependant peu réalistes : il ne s’agit plus de dénoncer l’horreur de la guerre comme dans L’Aiglon, mais d’encourager et de soutenir le courage des héros ordinaires. La fin de la guerre étant annoncée, il se précipite à Paris, où il contracte la grippe espagnole, sans doute lors des répétitions de L’Aiglon, reprise pour fêter la victoire. Rostand s’éteint le 2 décembre 1918, à cinquante ans.

Rosemonde, après-guerre, donne une série de conférence sur l'oeuvre de son mari et les souvenirs qui les entoure. Elle publie un Edmond Rostand où elle consigne d'autres souvenirs encore. Elle reprend une carrière littéraire personnelle, devient membre du jury du prix Femina et meurt en 1953.

Maurice Rostand, avec le soutien de sa mère dans un premier, se lance dans une carrière littéraire assez prolifique entre les deux guerres et s'engage pour le pacifisme. Ami de Cocteau notamment, il est le fidèle compagnon de la vieillesse de sa mère. Jean devient un brillant biologiste et académicien à son tour comme son père.

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Œuvres d'Edmond Rostand

  •  Éditions originales

  • Deux romanciers de Provence, Honoré d'Urfé Émile Zola, le roman sentimental et le roman naturaliste, Marseille, Imprimerie du Journal de Marseille, 1888. Essai.
  • Les Musardises, Paris, A. Lemerre, 1890. Poésie.

  • Les Romanesques , Paris, Charpentier et Fasquelle, 1894. Théâtre.

  • La Princesse Lointaine, Paris, Charpentier et Fasquelle, 1895. Théâtre.

  • Pour la Grèce, Paris, Fasquelle, 1897. Poésie.

  • La Samaritaine, Paris, Fasquelle, 1897. Théâtre.

  • Cyrano de Bergerac, Paris, Fasquelle, 1898. Théâtre.

  • L'Aiglon , Paris, Fasquelle, 1900. Théâtre.

  • Un Soir à Hernani, hommage à Victor Hugo dans le cadre du Centenaire de la naissance de Victor Hugo, Paris, Fasquelle, 1902. Poésie.

  • Discours de Réception à l'Académie française le 4 juin 1903, Paris, Fasquelle, 1903. Essai.

  • Le Bois Sacré, pantomime, Paris, L'Illustration, 1908. Pantomime.

  • Chantecler , Paris, L'Illustration, 1910. Théâtre.

  • Les Musardises : édition nouvelle 1887-1893, Paris, Fasquelle, 1911. Poésie

  • Le Vol de la Marseillaise, Paris, Fasquelle, 1919. Poésie.

  • La Dernière Nuit de Don Juan, Paris, L'Illustration, 1921. Théâtre.

  • Le Cantique de l'Aile , Paris, Fasquelle, 1922. Poésie .

  • La Princesse Lointaine , seconde version, Paris, L'Illustration, 1929. Théâtre.

  • Faust de Goethe, adaptation et traduction d'Edmond Rostand, Paris, Editions Théâtrales, 2007.

  • Le Gant rouge, suivi de Lettres à sa fiancée, Editions Nicolas Malais, 2009.

  • Le costume du petit Jacques, Les Editions Gascogne, 2011.

    Œuvres complètes illustrées d'Edmond Rostand en 7 volumes, Paris, Librairie Pierre Lafitte, 1910 - 1911 pour les cinq premiers, 1923 pour les deux derniers :

    •  Les Musardises / Le Bois Sacré / Les Romanesques.

    •  La Princesse Lointaine / La Samaritaine.

    •  Cyrano de Bergerac

    •  L'Aiglon.

    •  Chantecler.

    •  Le Vol de la Marseillaise / Les Deux Pierrots.

    •  Le Cantique de l'Aile / La Dernière Nuit de Don Juan.

 

éditions Lafitte 

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•  Éditions modernes (choix)

  • Cyrano de Bergerac, édition établie par Jacques Truchet, Paris, Imprimerie Nationale, 1983.

    Cyrano de Bergerac, édition établie par Jeanyves Guérin, Paris, Champion, 2018.

  • L'Aiglon, édition présentée et annotée par Patrick Besnier, Paris, Folio-Gallimard, 1986.

  • La SamaritaineÉvangile en trois tableaux, en vers , édition postfacée, établie et annotée par Philippe Bulinge, Paris, L'Harmattan, 2004.

  • Théâtre, Paris, Omnibus, 2006.

  • Chantecler, édition présentée et annotée par Philippe Bulinge , Paris, Garnier-Flammarion, 2006.

  • Faust de Goethe, adaptation et traduction d'Edmond Rostand, Paris, Editions Théâtrales, 2007.

  • Chantecler, édition présentée et annotée par Sue Lloyd, The Genge Press, 2010.
  • L'Oeuvre poétique, présentée par Philippe Bulinge, Triartis, 2018

 

• Ouvrages biographiques

  • Rosemonde GÉRARD, Edmond Rostand , Paris, Charpentier Fasquelle, 1935.

  • Marc ANDRY, Edmond Rostand, le panache et la gloire, Paris, Plon, 1986.

  • Caroline de MARGERIE, Edmond Rostand ou le baiser de la gloire , Paris, Grasset, 1997.

  • Sue LlOYD , The Man Who Was Cyrano : A Life of Edmond Rostand Creator of Cyrano de Bergerac, Unlimited Publishing, 2003.

  • Jacques LORCEY, Edmond Rostand, Anglet, Atlantica, 2004, trois tomes.

  • Laurence Catinot-Crost, Rosemonde Gérard, la fée d'Edmond Rostand, Séguier, 2006
  • Michel FORRIER, Chantecler, Un rêve d’Edmond Rostand, France-Libris, 2010.
  • Michel FORRIER, Edmond Rostand dans la grande Guerre 1914 -1918, éditions Gascogne, 2014.
  • François Taillandier, Edmond Rostand, l'homme qui voulait bien faire. éditions de l'observatoire, Paris 2018.

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Ouvrages sur l'œuvre d'Edmond Rostand

  • Jean SUBERVILLE, Edmond Rostand : son théâtre, son œuvre posthume , Paris, Etienne Chiron, Seconde édition, 1921.

  • Martin Jacob PREMSELA, Edmond Rostand , Amsterdam , Groningen , 1933.

  • Émile RIPERT, Edmond Rostand : sa vie et son œuvre , Paris, Hachette, 1968.

  • Bernard PLASSE, La Dramaturgie d'Edmond Rostand , thèse de doctorat 1974.

  • Edmond Rostand : Renaissance d'une œuvre , Actes du colloque international des 1 er et 2 juin 2006, texte réunis par Guy Lavorel et Philippe Bulinge, Lyon, Cedic, 2007.

     

    Philippe Bulinge

    Avant-propos

    7

    Edmond Rostand, un dialogue
    entre la peinture et l’art théâtral

    9

    Pierre-Olivier Douphis

    Sur les chemins de la pureté

    11

    Géraldine Vogel

    Picturalité et mise en scène chez Edmond Rostand.

    25

    Mise en scène et dramaturgie

    41

    Olivier Goetz

    Edmond Rostand, metteur en scène.

    43

    Guy Lavorel

    Le dédoublement, principe théâtral de Cyrano de Bergerac.

    61

    L’œuvre d’Edmond Rostand : entre héritage et modernité

    69

    Marc Le Person

    Réminiscences du Moyen-Âge dans La Princesse Lointaine

    71

    Laurence Richer

    Tradition et réécriture dans le théâtre d’Edmond Rostand : ego Hugo

    105

    Glenn Fetzer

    Poésie et patrie chez Edmond Rostand

    119

    L’univers de Rostand : entre mythe et idéal

    129

    Denis Roger-Vasselin

    Cyrano de Bergerac ou la Tragédie de l’ivresse

    131

    Angels Santa

    La dimension mythique de l’œuvre d’Edmond Rostand :
    de La Samaritaine à L’Aiglon.

    143

    Carmen Figuerola

    La dernière Nuit de Don Juan ou le chant du cygne.

      

    153

    Rostand à sa table de travail

    167

    Odile Contamin

    Les dessins d’Edmond Rostand

    169

    Philippe Bulinge

    Le manuscrit du Faust de Rostand :
    Un auteur et sa femme au travail

    191

    Edmond Rostand et sa terre d’élection

    217

    Michel Favre

    Les Pyrénées dans l’œuvre d’Edmond Rostand.

    219

    Alexandre de la Cerda

    Rostand et les Jeux Floraux

    227

    Un regard sur la place de l’œuvre de Rostand aujourd’hui

    235

    Monique Lagarde
    et Claude Lachet

    Edmond Rostand dans les manuels scolaires : déclin ou renaissance ?

    237

    Guy Lavorel

    Cyrano suranné

    251

    Table des matières

    253

     

     

     

    • Sommaire des actes :

 

Revue d’Histoire littéraire de la France 4 – 2018, 118e année - n° 4 varia

Accès au sommaire : https://classiques-garnier.com/revue-d-histoire-litteraire-de-la-france-4-2018-118e-annee-n-4-varia-sommaire.html?displaymode=full

 

  • Géraldine VOGEL, thèse de doctorat soutenue en 2008, Université de Strasbourg, La figure du poète dans le théâtre d’Edmond Rostand.

•  Études particulières

•  Dorothy PAGE, Edmond Rostand et la légende napoléonienne dans L'Aiglon, Paris, Honoré Champion, 1928.

•  Paul VERNOIS, «  Architecture et écriture théâtrales dans Cyrano de Bergerac  » in Travaux de linguistique et de littérature de l'Université de Strasbourg , IV, 2, 1966, pp. 111-138.

•  Maurice DESCOTES, «  L'image du Christ dans la Samaritaine d'Edmond Rostand  » in Recueil en hommage à la mémoire d'Yves-Alain Favre , Pau, Presse universitaire de Pau, 1993, pp. 85-92.

•  Jean BOURGEOIS, «  Cyrano de Bergerac à la lumière de son doublet : La Princesse Lointaine  » in l'Information littéraire , 49 ème année, n°3, mai-juin 1997, pp. 3-8.

•  Philippe BULINGE, L'héritage de La Samaritaine dans Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand, Lyon, Université Jean Moulin – Lyon 3, 1998.

•  Philippe BULINGE, L'héroïsme dans L'Aiglon d'Edmond Rostand , Lyon, Université Jean Moulin – Lyon 3, 1999.

•  Philippe BULINGE, « La légende picturale napoléonienne dans L'Aiglon d'Edmond Rostand » in Littérature et peinture aux XIXe et XXe siècles , textes réunis par Laurence Richer , Lyon, CEDIC, 2002.

•  Ann BUGLIANI, «  Man shall not live by bread alone : the biblical subtext in Cyrano de Bergerac  » in Renascence : Essays on Values in Literature , 2003.

•  Madeleine ROUSSEL, « Une œuvre ignorée d'Edmond Rostand : La Dernière Nuit de Don Juan », Académie des sciences et des Lettres de Montpellier, 2005.

•  Philippe BULINGE, «  Chantecler  d'Edmond Rostand : des oiseaux ou des hommes déguisés ? », in Les Oiseaux, de la réalité à l'imaginaire, textes réunis par Claude Lachet et Guy Lavorel, Lyon, Cedic, 2006, pp. 165-176.

•  Jean-Marie APOSTOLIDES, Cyrano, qui fut tout et qui ne fut rien, Paris – Bruxelles, Les Impressions nouvelles, 2006.

  • Jean BOURGEOIS, Une trilogie d'Edmond Rostand : La Princesse lointaine, La Samaritaine, Cyrano de Bergerac, in L'information littéraire, 2008 / 2.

  • Jean BOURGEOIS, Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand : le théâtre dans le théâtre, in Revue d'histoire littéraire de la France, PUF, 2008 / 3.

  • Jean BOURGEOIS, La nourriture et la faim dans Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand, in Revue d'histoire littéraire de la France, PUF, 2010 / 1.

  • Olivier GOETZ, La question de la sexualité dans Chantecler d'Edmond Rostand, in Revue d'Histoire du théâtre, 2009.

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François Taillandier

 

 

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La famille Rostand une vie au gré des spectacles.

 

Les quatre membres les plus célèbres de la famille Rostand sont Edmond Rostand, écrivain et poète français, créateur de la Villa d'Arnaga, son fils Jean Rostand écrivain lui aussi et biologiste reconnu, l'épouse d'Edmond Rostand Rosemonde Gérard une passionnée de la poésie et pour terminer Maurice Rostand lui aussi le fils d'Edmond Rostand et de Rosemonde Gérard. Les Rostand sont très connus grâce à Edmond Rostand qui est l'auteur de nombreuses pièces très reconnues comme Cyrano de Bergerac ou Chantecler. La littérature est très présente au sein de cette famille ce qui provoquera leur réussite.

  • L'ÉVOLUTION
    DU JARDIN

    Au cours de son histoire, le jardin a connu des changements. Sans le parterre de la colonnade et la pergola en 1912. Vers les années 30, décor en forme de croix basque du parterre fleuri. Jusqu’à l’inauguration des jardins rénovés le 7 juillet 2014.

     

  • AVANT 1912

  • APRÈS 1912

  • VERS 1930

  • EN 2011

 

Cyrano de Bergerac est une pièce en 5 actes écrite en vers, et presque entièrement en alexandrins41. Edmond Rostand la qualifie de comédie héroïque mais les analystes y reconnaissent de nombreuses influences dont la principale est le théâtre romantique ou néo-romantique.

De la comédie héroïque, la pièce reprend le sens de l'épique et la description d'un héros dont la vie s'organise autour de l'amour et de l'honneur. Maurice Rostand y voit une œuvre qui exalte les valeurs de l'héroïsme et qui donne à tous le « courage d'être des héros »44. D'autres auteurs lui reprochent un esprit cocardier.

Du romantisme, elle possède les caractéristiques du mélange des genres et des registres46 : on y côtoie la farce et ses coups de pied, les scènes d'amour et le pathétique. La langue alterne entre le registre noble et le registre familier. L'alexandrin se développe sous sa forme classique dans la Tirade du nez, dans celle des Non merci ou dans des répliques où le vers se désintègre48. On passe brutalement de la scène intimiste (duo de l'acte II scène 6, trio de l'acte III scène 7, le couvent…) aux grandes réunions collectives (l'hôtel de Bourgogne, la rôtisserie de Ragueneau, le siège d'Arras)

De la tragédie classique, la pièce conserve son découpage en 5 actes et un style qui rappelle parfois Corneille50 mais elle s'en démarque par son refus des règles classiques : il n'existe ni unité de lieu, ni unité de temps. L'unité d'action est toutefois respectée. Quant à la bienséance, elle est bafouée par la présentation d'un duel et la mort de Cyrano sur scène46.

Jean-Louis Cloët y voit un manifeste de la néo-préciosité en remarquant que le refus des choses vulgaires et l'amour pur y triomphent (en effet, dans la pièce, Cyrano, Roxane et Christian demeurent vierges) alors que C. Flicker voit dans la préciosité de la pièce seulement une étape à dépasser.

Patrick Besnier y décèle aussi un apologue sur la nourriture. Celle-ci rythme en effet les différents actes, de la rôtisserie des poètes de l'acte II aux ventres affamés du siège d'Arras de l'acte IV, Cyrano se singularisant par son abstinence (dîner de l'acte I, scène 5, miettes du festin d'amour de l'acte III scène 10, jeu sur gras et maigre de l'acte V…).

Jean Rostand affirme que son père voyait dans la pièce une symphonie et Jean-François Gautier confirme y déceler « cinq mouvements musicaux avec chacun son caractère, son thème, son rythme ». Catherine Steinegger montre l'importance jouée par la musique dans la pièce (Cornemuse de Montfleury, fifre de Bertrandou, théorbes de d'Assoucy, orgue de couvent

 

A l’âge de 29 ans, Rostand est un poète encore peu connu. « Les Romanesques » avaient été jouées à la Comédie Française le 21 mai 1894 et les années suivantes. Un an plus tard, il obtenait un succès honorable avec « La Princesse lointaine » interprétée par Sarah Bernhardt, qui montait également en 1897 « La Samaritaine ». Mais personne ne soupçonne le talent épique qu’il va dévoiler avec sa nouvelle œuvre.
 

LA GENÈSE DE LA PIÈCE

Dans son ouvrage « Vingt ans d’intimité avec Edmond Rostand », Paul Faure, l’ami intime du poète, nous révèle certaines des sources de l’œuvre.

"-Voyons, dis-je à Rostand, quelles sont les origines de votre pièce ? L’idée vous en est venue quand et comment ? 
J’imagine que tout ce qu’on en a raconté est faux, ou à peu près.
 
- Archifaux, en effet. Comment l’idée m’en est venue ? Pas d’un seul coup ; j’entends par là que ma pièce ne s’est pas présentée à mon esprit dans ses grandes lignes, dans son plan essentiel. C’est peu à peu, morceau par morceau, qu’elle s’est construite…j’étais depuis longtemps poursuivi par ce personnage de Cyrano ; il me hantait dès le collège, et lentement, à mon insu, il s’organisait autour de lui une action dramatique. Cela me restait encore très vague, quand je rencontrai ce maître d’études surnommé Pif-Luisant…son âme était aussi belle que son physique était disgracieux…
 
- Pourtant, ce n’est que plus tard, à Luchon, que je devais voir ma pièce…j’y avais un ami d’une timidité désastreuse qui était amoureux d’une jeune fille…Bien entendu, mon ami écrivait souvent à la jeune fille. Quelles lettres ! Gauches et n’en finissant pas. Il fut entendu que, désormais, je les lui dicterais. Mon traitement réussit [et cela finit par un mariage].
 
- Un jour [aussi], quand j’étais enfant, Paul de Cassagnac, grand ami de ma famille, vint à Marseille pour se battre en duel…[il] avait laissé ses épées chez nous, rue Montaux. …Pendant les quelques jours qu’elles restèrent dans notre maison, je ne me privai pas …de les toucher, de les manier…Surtout, je les faisais tinter, car, ce qui me charmait le plus en elles, c’était le son argentin de leur coquille…C’est en pensant aux épées de Cassagnac que j’ai écrit le duel."

LE VÉRITABLE CYRANO DE BERGERAC

Savinien de CYRANO DE BERGERAC a réellement existé au XVIIéme siècle. Cet écrivain français (Paris 1619 – 1655) va inspirer le personnage d’Edmond Rostand. Né dans une famille de la petite noblesse de robe, Savinien de Cyrano de Bergerac fréquente, dès son adolescence, les milieux de la bohême littéraire.
Il emprunta le nom « Bergerac » à une terre que son père avait possédée en vallée de Chevreuse. Parti aux armées en 1637, il revient après deux campagnes militaires, marqué pour la vie par les blessures reçues au combat. Il se remet alors à l’étude, vers 1641, et suit en compagnie de Molière l’enseignement de La Mothe Le Vayer et de Gassendi, s’intéressant avec une égale passion à la poésie, à la philosophie, au théâtre et aux sciences. Mêlé au groupe des libertins et aux cercles précieux, il publie, en 1648, ses Entretiens pointus, brillants exercices de rhétorique, participe à la Fronde, en écrivant contre Mazarin Le Ministre d’Etat flambé, puis se réconcilie avec la monarchie en écrivant une lettre contre les frondeursEn 1652, il fait représenter sa tragédie La mort d’Agrippine, qui va le rendre suspect aux yeux des autorités religieuses.


La fin de sa vie semble marquée par une singulière malédiction. Malade, pauvre, persécuté par l’Eglise, il écrit L’Autre Monde, dont le manuscrit ne sera retrouvé qu’au XIXème siècle, et un autre ouvrage l’Etincelle.
L’Autre Monde, composé de deux livres, Histoire comique des Etats et Empires de la Lune et Histoire comique des Etats et Empires du Soleil, peut-être considéré comme le premier ouvrage de science-fiction. Racontant son voyage sur la lune et sur le soleil, Cyrano, comme tous les utopistes qui l’avaient précédé, en profite pour aborder tous les problèmes théologiques, politiques ou sociaux qui l’occupent : la société lunaire, comme la société solaire, propose des solutions qui sont autant de réponses aux grandes interrogations du XVIIème siècle sur l’organisation de la communauté, la liberté des esprits et des mœurs, la justice et la répartition des travaux et des biens.


Mais la véritable originalité de L’Autre Monde est ailleurs. Comme Jules Verne au XIXème siècle, Cyrano de Bergerac témoigne d’une intuition prodigieuse de ce que sera l’invention scientifique : le vol interplanétaire, les machines parlantes, la médecine psychosomatique sont quelques-uns des éléments de la vie moderne décrits prophétiquement dans cet ouvrage d’inspiration et d’écriture baroques où les images poétiques et les illuminations colorées sont riches et neuves.


Le grand mystère qui pèse sur la vie de Cyrano et le sort désastreux de ses écrits allaient le condamner à figurer davantage dans la légende que dans l’histoire littéraire. Avant de mourir des suites d’un accident, une pièce de bois lui étant tombée sur la tête, il fut accompagné dans ses derniers instants par son ami Le Bret et sa cousine la baronne de Neuvillette.

LE CYRANO VERSION ROSTAND

 

Edmond Rostand découvre la vie de cet écrivain étrange et querelleur en lisant le récit qu’en fit Le Bret. Inconnu du public, ce personnage, qui intéressa certains érudits comme Charles Nodier en 1838 ou Théophile Gautier, retient l’attention d’Edmond Rostand. Sans tout à fait le métamorphoser, Rostand fait subir à Cyrano un véritable polissage, son « Cyrano » sera plus poète que philosophe. Il veut réussir son héros, « Exalter avec du lyrisme, moraliser avec de la beauté, consoler avec de la grâce, bref donner une leçon d’âme » (Extrait de son discours de réception à l’Académie Française).

 

DE L'ACTION, DE LA COULEUR, DU PANACHE

Pour asseoir son travail, il se lance dans d’abondantes lectures : le Dictionnaire des Précieuses de Somaize, Le Théâtre Français de Samuel Chappuzeau, Les Mémoires du Maréchal de Gramont, Les Sièges d’Arras d’Héricourt….
Rostand veut pour sa pièce de l’action, de la couleur, du panache ! Rostand s’explique sur ce terme dans son discours de réception à l’Académie Française :
« Il ne suffit pas pour avoir du panache d’être un héros. C’est quelque chose de voltigeant, d’excessif…l’esprit de bravoure ».

Le personnage de Cyrano s’inscrit dans cette tradition héroïque du batailleur, du brave, du gourmet, cher à la tradition française. Aussi son héros va t’il étonné par sa bravoure physique, son impertinence, sa franchise, son dédain des règles établies. Afin de frapper les imaginations, il le dote d’un nez invraisemblable. Il imagine ensuite une intrigue amoureuse : Cyrano sera donc aussi un sentimental, un tendre, un héros souffleur d’amour.

UNE AMBIANCE DIFFICILE EN COULISSE

 

Les répétitions se déroulent dans une ambiance épouvantable parsemée de doutes et de découragements. Madame Rostand reçoit même le conseil d’un ami pour supprimer la Tirade des nez « qui selon lui faisait crouler la pièce sous le ridicule ». Il y a aussi des incidents avec les techniciens. Le strict nécessaire a été dépensé pour les décors, à tel point, d’ailleurs, que l’on voit Rosemonde Gérard, peu avant la Générale, courir dévaliser une charcuterie voisine en pâtés, jambons, galantines et saucisses pour que la rôtisserie de Ragueneau soit plus appétissante qu’avec les volailles de carton de l’accessoiriste !. 
Les décors des différents actes sont par ailleurs très lourds et très compliqués à mettre en place. Une semaine avant la Générale, on pose l’ensemble des décors… mais à l’envers ! L’auteur, excédé, menace de retirer sa pièce. Implorant le pardon de Coquelin, les répétitions reprennent. 
Mais la veille de la Générale, Maria Legault tombe malade et ne peut jouer. Rosemonde Gérard, qui est présente aux répétitions et qui connaît presque tous les rôles, sauve la situation en montant sur la scène.

 

LE SOIR DE LA PREMIÈRE ARRIVE ENFIN …

A Georges Feydeau qui, en arrivant au théâtre, demandait à l’interprète de Le Bret ce qu’allait être, selon lui, le succès de la pièce, il fut répondu laconiquement :  - …Noir !    Le mot : four étant sous-entendu…
Et pourtant, quelques heures plus tard, la pièce enflamme le tout Paris ! A deux heures du matin, le public éperdu, crie, rit, pleure, applaudit encore, et ne veut pas quitter le théâtre.

UNE SOIRÉE INIMAGINABLE

 

 

« L’auteur, l’auteur »
Dans la salle du théâtre de la Porte Saint-Martin, le public, debout, vocifère, trépigne, bat des mains. Plus de vingt, trente, quarante fois, les acteurs sont venus saluer, tirés sur le devant de la scène par une ovation qui, sans cesse, reprend et déferle. Aux premiers rappels, ils avançaient, éreintés, contents tout de même de l’enthousiasme si peu attendu qui éclatait devant eux. Maintenant ils n’en peuvent plus : Coquelin lui-même, qui vient de créer le plus long rôle du répertoire, grimace de fatigue.

Pourtant ils s’inclinent, reculent, reviennent, pauvres pantins que le feu a quittés et que seul le métier fait encore tenir, serviteurs d’un texte admirable devenus jouets d’une foule qui épuise sur eux sa ferveur.
« L’auteur, l’auteur »
Jamais, à la répétition générale, l’on n’annonce au public le nom de l’auteur. Pourtant Coquelin s’avance, marche jusqu’à la rampe, s’incline et prononce : « Mesdames et Messieurs, la pièce que nous avons eu l’honneur de représenter devant vous est de Monsieur Edmond Rostand. » Le rideau rouge tombe sur la première représentation de Cyrano de Bergerac.
Edmond Rostand a vingt-neuf ans. Cette nuit du 27 décembre 1897, la gloire l’a empoigné. Elle ne le lâchera plus.
 
(Extrait tiré du livre « Edmond Rostand ou le Baiser de la Gloire » de Caroline de Margerie – 1997)
« [Ce] fut une apothéose ! Car cette soirée du 27 décembre 1897 compte dans quelque chose de plus profond que les fastes du théâtre. Ceux qui ne l’ont pas vu en effet ne peuvent se douter de ce que fut ce triomphe…On n’avait jamais vu quelque chose de pareil. Oui, ce fut l’un des plus grands soirs du théâtre et tel que, pour retrouver son pareil, il faudrait parler du Cid ou d’Hernani… ». 
(Tiré de l’ouvrage « Confession d’un demi-siècle » de Maurice Rostand – 1948)

UN SUCCÈS THÉÂTRAL

206 représentations ont été données à guichets fermés au théâtre de la Porte Saint-Martin jusqu’au 30 juin 1898, avec un seul jour de relâche ; le 29 septembre Cyrano est repris et est joué jusqu’au 31 mars 1899, avec six jours de relâche. En 15 mois, il y eut 424 représentations, soit une recette de 2 598 848 francs, dont 10 % pour l’auteur.

UNE PRESSE CONQUISE

Les journaux répandent dans toute la ville le nom étincelant d’Edmond Rostand et de « Cyrano de Bergerac »

« Un grand poète héroï-comique a pris sa place dans la littérature dramatique contemporaine – et cette place, c’est la première » déclare le 30 décembre 1897 Henry Bauër à l’Echo de Paris.
 
« Tous ceux qui créent s’inclinent aujourd’hui devant la jeunesse triomphante de son génie » écrit Henry de Gorsse dans la Patrie
 
« Nous avons mis la main sur un auteur dramatique, sur un homme qui a le don…Quel bonheur ! Quel bonheur ! » écrit Francisque Sarcey dans Le Temps.
 
« Cyrano, ce fut un coup de tonnerre. Ce fut la journée de théâtre la plus éclatante depuis Hernani et ce fut Hernani sans bataille. Il y eut unanimité de Paris, des Province , de l’Europe entière. On se sentait en face d’un chef d’œuvre…Ce qu’on saluait aussi, c’était la renaissance éclatante de ce romantisme que les Français ont comme dans le sang, non pas depuis Hernani, mais depuis le Cid » rappelle Emile Faguet.

ROSTAND TRIOMPHE AVEC CYRANO

Un homme toujours élégant - Edmond Rostand

En cette soirée d’hiver, rien ne laisse présager le déferlement d’enthousiasme qui va suivre. L’ambiance est au doute. Edmond Rostand raconte plus tard « Je me souviendrai toujours que, la veille de Cyrano, un comédien sortant de la dernière répétition ayant rencontré un confrère qui l’interrogeait du regard, répondit laconiquement : « Noir »
 
Lettre conservée à la bibliothèque de la Comédie Française 
 
Dès le premier acte, la salle est soulevée par le panache de Cyrano
« Ah ! Non ! C'est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire... oh ! Dieu ! ... bien des choses en somme...
En variant le ton, —par exemple, tenez :
Agressif : « moi, monsieur, si j'avais un tel nez,
Il faudrait sur le champ que je me l'amputasse !... » et la suite…

 

Les personnages

 

  • ·         Cyrano de Bergerac
  • ·         Roxane (Magdeleine Robin), cousine de Cyrano
  • ·         Christian de Neuvillette
  • ·         Comte de Guiche
  • ·         Le Bret
  • ·         Le capitaine Carbon de Castel-Jaloux
  • ·         Les cadets
  • ·         Lignière
  • ·         De Valvert
  • ·         Un marquis
  • ·         Deuxième marquis
  • ·         Troisième marquis
  • ·         Montfleury
  • ·         Bellerose
  • ·         J odelet
  • ·         Cuigy
  • ·         Brissaille
  • ·         Un fâcheux
  • ·         Un mousquetaire
  • ·         Un autre
  • ·         Ragueneau
  • ·         Un officier espagnol
  • ·         Un chevau-léger
  • ·         Le portier
  • ·         Un bourgeois
  • ·         Son fils
  • ·         Un tire-laine
  • ·         Un spectateur
  • ·         Un garde
  • ·         Bertrandou le Fifre
  • ·         Le capucin
  • ·         Deux musiciens
  • ·         Les pages
  • ·         Les poètes
  • ·         Les pâtissiers
  • ·         Sœur Marthe
  • ·         Lise
  • ·         La distributrice des douces liqueurs
  • ·         Mère Marguerite de Jésus
  • ·         La duègne
  • ·         Sœur Claire
  • ·         Une comédienne
  • ·         La soubrette
  • ·         La bouquetière
  • ·         Un espagnol
  • ·         Une dame
  • ·         Une précieuse
  • ·         Une sœur
  • ·         Une foule constituée de tous ces genres de personnages

On peut constater qu’un grand nombre de personnages intervient dans cette pièce.

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CYRANO DE BERGERAC D'EDMOND ROSTAND

Ce morceau de bravoure fera le tour du monde en plusieurs langues et la salle médusée retrouve l’enthousiasme des grandes premières théâtrales romantiques. Un souffle oublié et puissant, qui déchaine l’enthousiasme au second acte avec un autre morceau de bravoure : « Ne pas monter bien haut peut-être, mais tout seul ! ». Délire pour le baiser de Roxane au troisième acte, triomphe définitif au baisser du rideau. Une star est née : c’est Rostand, que Coquelin essoufflé tentera vainement d’amener sur scène.

Acte I

La scène se déroule en 164055 dans l’Hôtel de Bourgogne, où un public nombreux et varié composé de bourgeois, de soldats, de voleurs et de petits marquis, va assister à une représentation de La Clorise, une pastorale de Balthazar Baro. On découvre Roxane, une jeune femme belle et distinguée, Christian de Neuvillette, un jeune noble qui l’aime en secret et le comte De Guiche, qui cherche à faire de Roxane sa maîtresse et veut la marier au vicomte de Valvert, ce à quoi la jeune femme ne souscrit pas. C’est alors qu’intervient Cyrano de Bergerac, le cousin de Roxane, au moment où Montfleury, l’un des acteurs, déclame sa première tirade.

Cyrano interrompt la représentation et le chasse pour des raisons personnelles. Le vicomte intervient et provoque Cyrano, qui réplique par une brillante tirade à l’honneur de son propre nez. Tout en rimant, il sort son épée et bat en duel le vicomte, que ses amis évacuent blessé, tandis que l'assemblée acclame le vainqueur. Le calme revient. Cyrano, qui est secrètement amoureux de sa cousine Roxane mais dont le physique disgracieux du fait de la taille de son nez l’empêche de se déclarer, apprend que celle-ci lui fixe un rendez-vous le lendemain. Transporté, il raccompagne son ami Lignière pour le protéger d'une embuscade de cent hommes envoyés par le comte de Guiche qui désirait se venger d'une méchante chanson que le poète avait faite sur lui.

Acte II

Cyrano, fébrile, attend Roxane chez son ami restaurateur et poète Ragueneau, en lui écrivant une lettre, et sans prêter attention aux interrogations et insinuations de la cantonade sur l'exploit de la nuit passée à la porte de Nesles : cent hommes défaits par un seul !

À son arrivée, Roxane évoque leur enfance commune, puis révèle peu à peu à Cyrano qu’elle est amoureuse. Celui-ci, paralysé pour une fois par l'émotion, ne sait que répondre tandis qu’elle avoue son amour envers le baron Christian de Neuvillette, qui vient d’être engagé dans la compagnie de Cyrano. Roxane, qui ne connaît pas les sentiments de Cyrano pour elle, souhaite juste lui demander de servir de parrain au jeune baron. Cyrano — effondré, mais n'en montrant rien — accepte.

Avant de quitter Cyrano, Roxane évoque son admiration pour le courage dont il a fait preuve face aux cent hommes. Il se contente d'un sobre et triste « Oh, j'ai fait mieux depuis ! » Roxane le quitte sans s'interroger sur cette remarque.

Après le départ de Roxane, le comte de Guiche vient complimenter Cyrano sur ses exploits à l'Hôtel de Bourgogne et à la porte de Nesle, et lui offre la protection du maréchal de Gassion ainsi que la sienne. Cyrano refuse, préférant la liberté, et provoque de Guiche, faisant de lui son ennemi. S'ensuit la célèbre tirade des « Non merci ».

Christian cherche à braver Cyrano pour s'imposer dans la compagnie des Cadets ; celui-ci, fidèle à sa promesse, ne réplique pas et le jeune homme acquiert même son estime par ce courage. Christian lui parle alors de Roxane, qu'il se désespère de conquérir : elle est précieuse, tandis que lui ne sait parler d’amour. Cyrano, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, propose de l'aider à conquérir Roxane et lui donne, pour elle, la déclaration d'amour qu'il vient de rédiger, non signée. Christian l'accepte, sans se douter qu'elle était précisément destinée à Roxane.

Acte III

Le comte de Guiche rend visite à Roxane, qu'il cherche à séduire. Comme il lui annonce que le régiment de Cyrano — dans lequel sert Christian — va partir à la guerre, Roxane, qui veut protéger Christian, convainc le comte de les laisser se morfondre à Paris sous prétexte que ce serait là la meilleure façon de se venger de Cyrano. Peu après, malgré les conseils de Cyrano, Christian rencontre Roxane, mais s'avère incapable de lui parler d'amour. La jeune précieuse le quitte, déçue.

Cyrano aide Christian à rattraper cet échec. Caché dans l’ombre sous le balcon de Roxane, il souffle à Christian ses mots, puis prend sa place et déclare à Roxane son amour, la laissant totalement charmée par un si bel esprit qu’elle pense être celui de Christian. À peine ont-ils le temps d'échanger un baiser, que Roxane et Christian sont interrompus par un capucin, qui remet à la jeune femme une lettre du comte de Guiche lui annonçant qu'il va la rejoindre cette nuit même.

Roxane demande alors au capucin de célébrer sur le champ son mariage avec Christian. Pendant ce temps, Cyrano retarde de Guiche en se faisant passer pour un homme tombé de la lune. Arrivé à l'hôtel de Roxane, le comte la découvre mariée. Constatant qu’il a été abusé, il envoie aussitôt Christian et Cyrano combattre au siège d’Arras.

Acte IV

Assiégeant les Espagnols à Arras, la compagnie que dirige de Guiche est bloquée par leurs ennemis, et les soldats, affamés, commencent à se décourager. Quant à Cyrano, il franchit tous les jours les lignes espagnoles, au péril de sa vie, pour faire parvenir à Roxane des lettres qu'il écrit et signe au nom de Christian.

Touchée par ces lettres, Roxane parvient, grâce à la complicité de Ragueneau, à se rendre au siège d’Arras avec un carrosse rempli de victuailles. Elle veut prouver à Christian son amour et lui dit que c’est la « sincérité » et la « puissance » des lettres qu'elle recevait qui l'ont fait venir ici. Le jeune homme comprend alors que Cyrano est lui aussi amoureux de Roxane et que c'est de lui que la resplendissante jeune femme est amoureuse sans le savoir. Il enjoint à Cyrano de révéler la vérité à Roxane, mais les Espagnols attaquent le camp et le jeune homme court au combat. Tué dans la bataille, il lui laisse une dernière lettre d’adieu et d'amour écrite par Cyrano. Celui-ci décide de garder le secret de son amour. De Guiche s'enfuit avec Roxane à la demande de Cyrano, lequel se lance à corps perdu dans le combat.

Acte V

Quinze ans plus tard, Roxane, toujours amoureuse de Christian, s'est retirée dans un couvent parisien où Cyrano lui rend visite tous les samedis. Ce jour-là, Cyrano est tombé dans une embuscade et arrive au couvent mortellement blessé à la tête. Mourant, il ne dit pourtant rien à Roxane. Comme elle évoque la dernière lettre de Christian, qu'elle porte constamment sur elle, il demande à la voir et la lit à voix haute. Son ton trouble Roxane, qui reconnaît la voix qu'elle avait entendue sur son balcon ; elle s'aperçoit que Cyrano lit la lettre alors que la nuit est tombée, ce qui signifie qu'il la connaît par cœur. Elle comprend alors « toute la généreuse imposture ».

Cyrano demande à Roxane de pleurer sa mort au même titre que celle de Christian. Divaguant, il veut mourir debout et attend la camarde, l'épée à la main, en pourfendant vainement les « Sottises », « Préjugés », « Lâchetés » et « Compromis ». Il meurt en emportant avec lui son « panache ».

Lieux et périodes

Cyrano de Bergerac est une pièce de théâtre qui se déroule en plusieurs endroits. Tout d’abord à l’hôtel de Bourgogne, un lieu où sont représentées un grand nombre de pièces de théâtre vers le xviie siècle. Puis dans la boutique de Ragueneau, la rôtisserie des poètes, où le rôtisseur-pâtissier Ragueneau dirige les travaux de ses cuisiniers tout en écrivant des vers. Ensuite devant le balcon de Roxane où Cyrano et Christian parlent d’amour à celle-ci. Après, dans le camp d’Arras où le régiment de Cyrano assiège la ville. Enfin, le parc du couvent parisien des Dames de la Croix où Roxane s’est retirée. Il semble que tous ces endroits se situent à Paris, excepté le camp d’Arras qui se situe dans le nord de la France.

La première partie (les quatre premiers actes) s’étend entre le 3 juin et le 9 août 1640, laps de temps durant lequel se déroula le siège d’Arras auquel participe Cyrano de Bergerac dans ce récit et auquel le véritable Cyrano de Bergerac, dont Rostand s'est inspiré, participa également. La seconde partie a lieu « 15 ans après le siège d’Arras, en 1655 » dans un cinquième acte qui marque la fin de la pièce avec la mort de Cyrano.

Personnages

Cyrano

Statue de Cyrano de Bergerac, place de la Myrpe à Bergerac (Dordogne).

La pièce est centrée sur Cyrano. Sur les 2 600 vers qui la composent, plus de la moitié sont prononcés par lui. D'après Maurice Rostand, la personnalité de Constant Coquelin, à l'aise dans les longues tirades, mais moins dans les scènes d'amour, a grandement influé sur le développement du personnage C'est aussi d'après sa performance que les metteurs en scène subséquents ont pris l'habitude de donner ce rôle à des acteurs d'âge mûr, alors qu'en 1640, le Cyrano historique n'avait que 21 ans.

Cette personnalité comporte de multiples facettes qui en font un personnage très complexe.

Commedia dell'arte

Cyrano, avec son chapeau, son masque, sa cape et son épée, ses rodomontades, a tous les ingrédients qui peuvent faire de lui un héros de la commedia dell'arte. Magali Wiéner-Chevalier signale que Cyrano, dans la scène du duel, se réfère au personnage de Scaramouche. Elle y voit des analogies avec Scapin ou le Capitan. Nombreux sont les critiques qui évoquent, à son sujet, ce personnage de Matamore59,60 mais qui démontrent par ailleurs qu'il n'est pas que cela. Dans son livre, Cyrano à la recherche du nez perduFrancis Huster s'interroge sur les moyens à mettre en œuvre pour ne pas limiter le personnage à cette seule facette.

Héros romantique

Avec son mélange de pathétique et de sublime, Cyrano est considéré comme l'archétype du héros romantique tel que le décrit Victor Hugo dans la préface de Cromwell62. Grotesque par sa disgrâce physique qui le range dans la catégorie des Quasimodo ou des Riquet à la houppe, il est sublime par son sens du dépassement, sa bravoure et son sens du sacrifice65. Cyrano est l'homme des contrastes : il allie le courage physique (combat porte de Nesle, siège d'Arras) à la timidité (rendez-vous avec Roxane)

. Malgré ses victoires au combat, il est poursuivi par l'échec : c'est Christian qui récolte le baiser, fruit de la conquête de Cyrano, c'est Molière qui récolte la gloire avec la réplique : « Mais qu'allait-il faire dans cette galère ? » Edmond Rostand lui fait dire au sujet de son épitaphe : « Cyrano de Bergerac, qui fut tout et qui ne fut rien. » 

Pour Raymond Trousson, c'est toute la pièce qui est ainsi traversée par le thème de l'échec, et Jules Harazti note la sympathie qu'éprouve Rostand pour ces « ratés de l'amour et de la gloire ». Cyrano, c'est aussi un assortiment de fanfaronnade et de pudeur sur ses souffrances alternant l'énergie et la mélancolie.

Idéalisme

Le personnage est aussi attachant par sa soif d'idéal et son refus des compromis74. Pour Sue Lloyd, chez le personnage d'Edmond Rostand, la poursuite d'un idéal est plus importante que son achèvement et la loyauté de Cyrano envers Christian serait autant due à son sens de l'honneur qu'à la préférence d'un amour spirituel à un amour charnel : inconsciemment, Cyrano préfèrerait l'idéal à la réalité75. Trousson parle d'un personnage généreux, idéaliste, en lutte contre le vulgaire et rappelle la tirade « J'ai décidé d'être admirable en tout, pour tout ! » (Trousson 1997p. 365). Il faut aussi citer Constant Coquelin, se proposant à Rostand pour devenir son « colporteur d'idéal ».

Le panache

Lors de la dernière scène, le rideau tombe sur ce dernier mot prononcé par Cyrano, « mon panache ». Ce mot est très fortement associé au personnage. Magali Wiéner-Chevalier76 le définit comme la capacité à être « vif, spirituel, poète même dans l'adversité ». Edmond Rostand lui-même développe ce thème lors de son discours d'entrée à l'Académie française et le décrit ainsi :

« Le panache n'est pas la grandeur mais quelque chose qui s'ajoute à la grandeur, et qui bouge au-dessus d'elle. C'est quelque chose de voltigeant, d'excessif — et d'un peu frisé […], le panache c'est l'esprit de bravoure. […] Plaisanter en face du danger c'est la suprême politesse, un délicat refus de se prendre au tragique ; le panache est alors la pudeur de l'héroïsme, comme un sourire par lequel on s'excuse d'être sublime […]77 »

Et c'est toujours Edmond Rostand qui conseille aux élèves du collège Stanislas, lors d'une représentation de Cyrano, d'avoir du panache.

Le panache n'est pas sans rappeler la figure d'Henri IV demandant lors des combats que l'on se rallie à son panache blanc, figure évoquée d'ailleurs par Cyrano reprochant au comte de Guiche sa lâcheté

Le verbe

Cyrano prononce environ 1 600 vers dans la pièce. Tour à tour chroniqueur (la gazette), pasticheur (la ballade du duel), séducteur (scène du balcon), captivant (le voyage sur la lune), envoûteur (la scène du fifre), Cyrano est, selon Patrick Besnier, un « homme-parole », qui transforme tout en mots et qui a besoin d'un auditoire pour exister (Roxane ou de Guiche). C. Flicker signale l'importance de l'escrime verbale dans toute la pièce : les duels se font autant par les mots que par l'épée. Mais elle signale aussi le drame de Cyrano : son incapacité à livrer son âme autrement que par écrit. Elle parle de « tragédie de la parole impossible ».

Héros faustien

Le pacte passé entre Christian et Cyrano qui les lie jusqu'à leur mort évoque Faust. À Christian, Cyrano offre son esprit, tandis que Christian donne sa beauté aux paroles de Cyrano. Tous les deux y perdent leur âme. Le pacte ne peut être rompu : Christian s'y essaie en vain au début de l'acte III. Même la disparition de Christian à la fin de l'acte IV ne libère pas Cyrano et il faut attendre la mort du héros pour que les deux personnages soient réunis dans l'amour de Roxane.

Homosexualité

Le fait que le personnage historique, Savinien de Cyrano de Bergerac, aurait été homosexuel et les rapports ambigus qu'entretiennent les trois personnages, permettent d'imaginer que le personnage de Cyrano éprouve des sentiments amoureux pour Christian. Jérôme Savary évoque cette éventualité parmi d'autres. Jean-François Gautier signale que l'on trouve de tout dans les interprétations dont celle de la psychanalyse de l'homosexualité Cette question est aussi soulevée par Patrick Besnier.

Lien avec le personnage historique

Edmond Rostand s'est largement inspiré du personnage de Savinien de Cyrano de Bergerac tout en prenant quelques libertés avec son modèle. Il le fait Gascon, originaire de Bergerac, alors que Savinien de Cyrano est originaire de la région parisienne, Bergerac étant le nom d'une résidence familiale dans la vallée de Chevreuse.

Il en fait un amoureux transi de sa cousine « Roxane », effectivement réellement prénommée Madeleine. Elle a bien épousé Christophe de Champagne, baron de Neuvillette mais cette intrigue amoureuse entre cousins est improbable, compte tenu de l'attirance de Savinien de Cyrano pour la gent masculine

. Aucun document ne confirme d'un autre côté une quelconque amitié entre le baron de Neuvillette, qui était chevau-léger et non fantassin, et Savinien de Cyrano. Rostand décrit Cyrano de Bergerac comme un enfant unique mal aimé de sa mère alors que Savinien de Cyrano possède une sœur et que rien ne prouve l'aversion de sa mère.

Sur sa disgrâce physique, Rostand s'appuie sur la description qu'en fait Théophile Gautier dans Les Grotesques  et le fait que Savinien de Cyrano souffrit de la disgrâce de son appendice est un fait souvent signalé.

Son amitié avec Le Bret, sa haine de Montfleury sont bien documentées. Il en est de même de sa participation, en tant que cadet (mais non de Gascogne) au siège d'Arras, dans la compagnie de Mr de Carbon de Casteljaloux (régiment des Gardes françaises), où meurt effectivement le baron de Neuvillette ; sa mort à la suite d'un coup à la tête est également avérée8 La scène 13 de l'acte III où Cyrano de Bergerac inventorie six moyens de voler jusqu'à la Lune est une allusion directe aux œuvres de Savinien de Cyrano États et empires de la Lune et États et empires du Soleil. Savinien de Cyrano est bien l'auteur des pièces La mort d'Agrippine et Le pédant joué, cette dernière en partie plagiée par Molière

Ces libertés qui s'éloignent de la vie réelle du personnage historique sont parfois devenues indissociables de son histoire, au point que deux statues du personnage ont été érigées sur des places de Bergerac, en Dordogne

Magdelaine Robin dite Roxane

Elle est décrite comme belle et précieuse, admiratrice d'Honoré d'Urfé et lectrice de la Carte de Tendre. Pour créer son personnage, Edmond Rostand s'est inspiré de deux femmes du xviie siècle : Madeleine Robineau, cousine de Savinien de Cyrano de Bergerac, épouse de Christophe de Champagne, baron de Neuvillette, qui, devenue veuve après le siège d'Arras, se fit dévote et chercha à faire revenir son cousin libertin au sein de l'Église, et Marie Robineau, précieuse, amie de Madeleine de Scudéry, connue sous le nom de Roxane.

Si Patrick Besnier ne voit en elle qu'un personnage inconsistant, inaccessible, dont l'unique rôle serait d'écouter, d'autres lui reconnaissent de l'épaisseur (Trousson 1997p. 366). Loin du personnage idéalisé par Cyrano (la plus belle de toutes, tenant le rôle de cousine, complice d'enfance, mère de substitution), Roxane se présente comme une personnalité tranchée capable d'évolution.

Au début de la pièce, elle se révèle précieuse, frivole, égoïste, capricieuse comme dans la scène 6 de l'acte II, elle peut se révéler manipulatrice comme dans la scène 2 de l'acte III, elle maîtrise parfaitement le beau langage et manie avec aisance la métaphore, mais elle s'enferme dans les apparences : elle aime Christian parce qu'il est beau et lui imagine de l'esprit pour se donner le droit de l'aimer. Les paroles de Cyrano vont la faire naître à l'amour véritable. Elles vont lui faire découvrir la sensualité (Trousson 1997p. 366). Elles vont la rendre courageuse (Trousson 1997p. 370) et vont lui révéler qu'elle aimerait Christian même laid. Elle reste fidèle à cet amour même après la mort de Christian, et se retire du monde, telle la princesse de Clèves (Trousson 1997p. 366).

Si le rôle est créé par Maria Legault, c'est la femme de l'auteur, Rosemonde Gérard, qui la remplace durant la répétition des « couturières », Legault étant absente pour cause de maladie. La « générale » voit Legault sur scène, les rumeurs du futur succès ayant pu jouer sur sa guérison.

Christian

Le baron de Neuvillette a réellement existé et a bien épousé une cousine de Cyrano, mais le personnage réel se prénommait Christophe. Edmond Rostand le décrit comme beau et courageux. Il se dit sot, mais est capable d'esprit dans sa joute verbale contre Cyrano (Acte II, scène 9). Au départ superficiel (il est capable de bâtir une relation amoureuse sur une imposture), le personnage mûrit (Trousson 1997p. 365) et évolue vers davantage d'authenticité. Il cherche à se libérer du pacte conclu avec Cyrano (acte III scène 4) et, lorsqu'il découvre l'amour qu'éprouve Cyrano pour Roxane, il s'efface généreusement en allant à la mort.

Le comte de Guiche

Le comte Antoine III de Gramont, comte de Guiche, futur duc de Gramont et maréchal de France, était un personnage influent à l'époque de Savinien de Cyrano de Bergerac.

Dans la pièce, c'est un personnage puissant et ambitieux Il utilise sa puissance pour parvenir à ses fins, obtenir la femme qu'il désire (Roxane) ou se venger de ceux qui lui tiennent tête : vengeance contre Lignière (acte I), contre Christian qu'il envoie au combat (fin de l'acte III), contre Cyrano et les cadets après l'épisode de l'écharpe (acte IV, scène 4). Philippe Bisson y voit un « double négatif » de Cyrano Il est cependant capable de courage et même de panache (« je vais me battre à jeun » acte IV, scène 7), et rachète ses manigances précédentes par sa conduite au siège (Trousson 1997p. 365).

On le retrouve, à la fin de la pièce (acte V, scène 2), après un retour sur lui-même et un examen de conscience (Trousson 1997p. 366). Fidèle, lui non plus n'a pas cessé d'aimer Roxane, mais se montre désormais clément envers ses anciens rivaux, louant à demi-mot Christian et tentant de prévenir l'attentat contre Cyrano. Il louera finalement amplement Cyrano pour avoir vécu « sans pactes, libre dans sa pensée autant que dans ses actes », et avoue qu'il « lui serrerait bien volontiers la main ».

________________

Opéra

  • Cyrano (Walter Damrosch, sur un livret de W.H. Henderson),
  • Metropolitan Opera,
  • New York, 1913 ;
  •  
  • Cyrano de Bergerac 
  • (Franco Alfano,
  • sur un livret d'Henri Cain d'après Edmond Rostand),
  • comédie héroïque en 4 Actes
  • (22 janvier 1936 Rom, Teatro Reale) ;
  •  
  • Cyrano de Bergerac, op. 45
  •  (Eino Tamberg,
  • sur un livret de Jaan Kross 
  • d'après Edmond Rostand),
  • en 3 Actes et un épilogue
  • (1974) ;
  •  
  • Cyrano de Bergerac
  •  (Paul Danblon),
  • Festival de Liège,
  • mai 1980 ;
  •  
  • Cyrano de Bergerac,
  • David DiChiera,
  • créé à Detroit (Michigan)
  • le 13 octobre 2007.
  • Livret de Bernard Uzan.
  • _________________
  • Ballet

  • Cyrano de Bergerac,
  • ballet de Roland Petit,
  • sur une musique de Marius Constant,
  • Ballet de Paris (Alhambra), 1959.
  • _____________
  • Cyrano de Bergerac était la pièce favorite du général Charles de Gaulle qui, encore au lycée, écrivit un petit acte humoristique en vers, Une mauvaise rencontre, dont le style n'est pas sans rappeler Rostand (publié dans le recueil de ses œuvres complètes).
  • Gérard Depardieu, qui découvrit la pièce lors du film de Jean-Paul Rappeneau, en fut emballé au point de déclarer qu'en lisant une telle pièce, on pouvait se sentir « fier d'être Français ».
    • Il y fait référence dans Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre déclamant : « C'est un pic, c'est un cap, que dis-je : c'est un cap ? C'est une péninsule ! » parlant en fait du nez du Sphinx. On peut noter également un clin d'œil identique dans l'autre film Astérix aux Jeux olympiques, avec la scène du balcon et sa célèbre tirade « … c'est… un point rose qu'on met sur l’i du verbe aimer » (un clin d'œil apparaît aussi dans l'album intitulé Le Cadeau de César).
  • Le théâtre national Daniel-Sorano de Dakar fut ainsi nommé en hommage au vif succès de cet acteur dans une diffusion télévisée de la pièce au Sénégal.
  • Dans son œuvre, Edmond Rostand affirme que le  était un samedi. Or, c'était en réalité un dimanche.
  •  
  • Au cinquième acte, Ragueneau mentionne la pièce Les Fourberies de Scapin. Mais il y a là un double anachronisme : nous sommes en 1655 ; or, Cyprien Ragueneau est mort en août 1654, et la pièce de Molière date de 1671.
  •  
  • Le groupe The Police donne en 1976 le titre de Roxanne à l'une de ses chansons, qui parle d'une prostituée. Dans l'hôtel où Sting était hébergé à Paris, il y avait une affiche de Cyrano de Bergerac, ce qui lui inspira ce nom
  •  
  • Dans leur bande dessinée De cape et de crocs, les auteurs Ayroles et Masbou, « amateurs de théâtre, commedia dell'arte et de cape et d'épée » font des références régulières à Molière (L'Avare) et Edmond Rostand (Cyrano de Bergerac).
  • Ils vont jusqu’à figurer Cyrano en Maître d’armes et poète retiré sur la Lune. Bien que leur personnage se défende d’être le célèbre Cyrano, il partage de nombreux traits avec celui de Rostand.
  • _______________________
  • Avant de voir le spectacle La représentation en appétit ! Le triomphe de Cyrano de Bergerac en 1897 réside dans l’audace de son jeune auteur de 29 ans, Edmond Rostand. En pleine Belle Époque, juste après la défaite de 1870, alors que naturalisme et symbolisme font rage sur les planches, Rostand navigue à contre-courant : il écrit une œuvre néoromantique de 2600 vers qui mêle grotesque et sublime, mettant en scène un personnage inspiré du libertin du xviie siècle, Savinien Cyrano de Bergerac, et qui émeut son public « jusques aux larmes ». Le succès est immédiat : lors de la première représentation, la salle reste debout à applaudir pendant plus de vingt minutes, quarante rappels acclament les comédiens et Rostand est immédiatement décoré de la Légion d’honneur en coulisses par le ministre des Finances alors présent. À lui seul, Cyrano incarne les illusions de la passion amoureuse, l’héroïsme patriotique d’un valeureux mousquetaire gascon au service de Louis XIII, le panache inégalable d’un poète hors du commun victime de sa laideur. Appréhender aujourd’hui le personnage de Cyrano, c’est chercher à en explorer toutes les facettes : selon les interprétations, Cyrano devient aussi bien l’être blessé par sa différence que l’homme au verbe haut qui se joue des conventions pour égayer la foule. Tout l’enjeu de ce rôle réside donc dans un équilibre à trouver entre le panache assuré, la verve comique du personnage et la délicatesse de ses sentiments blessés par une impossible réciprocité. Comédie et tragédie accompagnent ce personnage qui donne un nouveau souffle au romantisme. Un hoMme fAce à sa laideur bDemander aux élèves d’examiner les photos représentant Cyrano. Quelle est sa particularité physique ? Quelles réactions suscite-telle ? En quoi cette singularité condamne-telle le personnage à une solitude intérieure ? Lorsque Edmond Rostand donne vie à Cyrano de Bergerac, il n’a pas conscience du fait que ce personnage à l’appendice nasal proéminent – inspiré à la fois de gravures anciennes d’Hercule Savinien Cyrano qui avait un nez relativement long et du souvenir d’un ancien maître d’étude surnommé « Pif luisant » – va devenir une figure inoubliable de la littérature. La réaction que suscite cette particularité physique est unanime : le nez de Cyrano engage à rire. Il suffit de voir cette curieuse excroissance pour immédiatement s’esclaffer, ricaner, s’étonner. Comment peut-on avoir un si grand nez ? Lorsqu’une disproportion s’introduit dans la constitution du visage, ce dernier est immédiatement ramené au masque, à celui notamment de la caricature dont on ne peut que se moquer. À ce titre, on pourra commencer par faire mettre en voix le portrait comique que Ragueneau, le fameux rôtisseur pâtissier de la pièce, développe de Cyrano : il assimile en effet le visage du héros de la pièce à un masque de commedia dell’arte. Le personnage de Cyrano © Marie Clauzade 2 3 n°169 septembre 2013 [ ] Extrait de l’acte I, scène II (vers 104 à 120) Ragueneau Certes, je ne crois pas que jamais nous le peigne Le solennel monsieur Philippe de Champaigne 1 ; Mais bizarre, excessif, extravagant, falot, Il eût fourni, je pense, à feu Jacques Callot 2 Le plus fol spadassin à mettre entre ses masques : Feutre à panache triple et pourpoint à six basques, Cape que par derrière, avec pompe, l’estoc Lève, comme une queue insolente de coq, Plus fier que tous les Artabans dont la Gascogne Fut et sera toujours l’alme Mère Gigogne, Il promène en sa fraise à la Pulcinella, Un nez !... Ah ! Messeigneurs, quel nez que ce nez-là !... On ne peut voir passer un tel nasigère Sans s’écrier : « Oh ! Non, vraiment, il exagère ! » Puis on sourit, on dit : « Il va l’enlever… » Mais Monsieur de Bergerac ne l’enlève jamais. Le Bret, hochant la tête Il le porte, – et pourfend quiconque le remarque ! Le nez de Cyrano s’apparente donc à un postiche provocant les quolibets. La moquerie, plus ou moins féroce, est bien l’attitude la plus courante face à ce que l’on nomme communément la laideur. On interrogera les élèves sur la manière dont ils pourraient définir celle-ci. Est-elle un simple écart par rapport à une norme ? Mais dans ce cas, de quelle norme s’agit-il ? À partir de quel moment cet écart s’approche-t-il de la monstruosité ? Quelles sont les implications sociales de la laideur ? Au-delà d’un simple déséquilibre de la forme, au-delà d’un simple problème de proportion, la beauté s’appuie sur une conceptualisation idéale que le groupe se crée dans un contexte historique et culturel particuliers. On pourra amener les élèves à réfléchir sur cette réflexion d’Alain Corbin : « Le corps est une fiction, un ensemble de représentations mentales, une image inconsciente qui s’élabore, se dissout, se reconstruit au fil de l’histoire du sujet, sous la médiation des discours sociaux et des systèmes symboliques. » (Histoire du corps, Paris, Seuil, « Points histoire », 2011, t. 2.) b Improviser collectivement autour du thème de la laideur afin d’en explorer les implications sociales. On pourra proposer à un groupe de volontaires d’élaborer une improvisation autour de la situation suivante : un village se réunit autour du berceau d’un nouveau-né qui est manifestement très laid. Le groupe devra, en présence de la mère, entamer une conversation dont l’enfant est le sujet principal. L’objectif de l’improvisation est d’explorer les réactions possibles : surprise, compassion, moquerie, silence interdit, gêne, crainte, voire horreur et répulsion. La mère devra réagir aux différentes propositions faites par le groupe. Cette exploration des réactions face à la différence physique mènera à une réflexion sur la manière dont le groupe érige ses propres normes et sur la manière dont il rejette ce qui le déstabilise. 1. Peintre classique célèbre, entre autres, pour ses représentations de Richelieu. 2. Graveur et dessinateur célèbre pour ses représentations de masques de la commedia dell’arte. © Hervé All 4 n°169 septembre 2013 [ ] bAmener les élèves à s’interroger sur les difficultés que peut rencontrer un comédien dans sa prise en charge d’un rôle aussi célèbre que celui de Cyrano. Cyrano vu par Georges Lavaudant b Lire l’entretien de Georges Lavaudant (annexe 1) et/ou écouter Georges Lavaudant parler du personnage de Cyrano (cliquez sur l’image ci-contre). De quelle manière l’a-t-il appréhendé ? Pourquoi a-t-il choisi Patrick Pineau comme comédien ? Georges Lavaudant insiste sur le fait que le choix du comédien pour un rôle comme celui de Cyrano ne peut se faire au hasard. Il a lui-même choisi Patrick Pineau parce qu’une longue complicité les unit. Par ailleurs, la dualité du personnage est bien soulignée par le metteur en scène : Cyrano, c’est « la force comique » doublée d’une grand pouvoir de provocation issu de cette blessure intime que provoque sa disgrâce. bOn pourra aussi écouter
  • Daniel Loayza, dramaturge, évoquer deux interprétations différentes du personnage de Cyrano, celle de Lavaudant et celle de Pitoiset mc93.com/ fr/2013-2014/cyrano-de-bergerac. Le premier Cyrano Coquelin (1841-1909), acteur qui créa pour la première fois le rôle de Cyrano, enthousiasma tant le public qu’il devint pour ainsi dire, de son vivant, l’unique incarnation du personnage sur les planches. Il conserva ce rôle – qu’il joua 950 fois – jusqu’à sa mort.
  • bVisionner un court-métrage exceptionnel youtube.com/watch?v=xpxlZrEnPz4 Il s’agit du premier film de l’histoire du cinéma qui associe son et image couleur. Réalisé par Clément Maurice lors de l’Exposition universelle de 1900, ce document redonne vie à Coquelin le temps d’une tirade, « la ballade du duel », qui servit à la première expérimentation du PhonoCinéma-Théâtre.
  •  
  •  
  • : – À quelle période de l’histoire du cinéma cette captation a-t-elle été réalisée ? – S’agit-il d’un film très élaboré d’un point de vue cinématographique ? – Quels sont les choix de captation qui sont faits ? – S’agit-il de théâtre filmé ou de film de théâtre ? – Que nous apprend ce document sur les conventions de jeu du début du xxe siècle ?
  •  
  • bÉcrire collectivement, sur un ton humoristique, un texte argumentatif qui fasse l’éloge de la laideur et de ses avantages afin d’explorer le pouvoir des mots.
  • Devenu susceptible sur la question de son nez, Cyrano est prêt à en découdre avec toute personne qui fait « la moindre allusion au fatal cartilage » (vers 1057). Son arme favorite, c’est le verbe qu’il manie avec autant de dextérité que son épée. C’est en matamore, en « Artaban de Gascogne », en provocateur, que Cyrano défend publiquement son image d’homme au grand nez. Son humour, son panache et sa verve lui permettront de défier les moqueurs. bProposer à plusieurs élèves de mettre en voix la tirade du nez (Acte I, scène iv).
  •  
  • Les interroger sur les passages qui leur semblent difficiles à interpréter. La tirade du nez est comme on dit « une scène à faire ». Redoutable, ce passage de la pièce demande un grand talent de la part du comédien qui investit le rôle. Cette mise en voix permettra aux élèves de découvrir ou redécouvrir ce fameux texte qui met au jour l’une des facettes les plus connues du personnage de Cyrano.
  • b Cyrano surmonte aussi sa laideur en faisant preuve d’une grandeur d’âme et d’une intégrité à toute épreuve. Quelles valeurs révèle ainsi la fameuse tirade des « Non, merci » (Acte II, scène viii) ?
  •  
  • Généreux et courageux, Cyrano développe un esprit indépendant qui se manifeste par son engagement sans faille au service du roi et son indépendance face aux grands de la cour qui pourraient contribuer à son ascension sociale s’il acceptait quelque soumission. La fameuse tirade témoigne de l’indépendance et du courage de ce personnage capable de s’affranchir des lois que lui impose son milieu
  • http://crdp.ac-paris.fr/piece-demontee/pdf/cyrano_total.pdf

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