Extraits de livre

frederique Roustant Par Le 01/05/2026 à 14:43 0

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Aujourd'hui  4 Mai


 

 

 

 

 

 

 

Dis, entends-tu les chevaux qui hennissent et secouent leurs mors blancs d’écume et qu’ils mâchent en frappant du pied ? Ils vont partir pour une course qui dure depuis six mille ans : c’est la guerre. Entends-tu les empires qui s’écroulent, les croyances qui tombent comme les empires et s’éboulent comme les temples ? Entends-tu les cris, les malédictions ? entends-tu la faulx qui passe sur les hommes et qui coupe ? L’herbe crie sous sa lame d’acier, mais la faulx coupe toujours.

Regarde et dis-moi ce que tu vois.

Au loin une plaine, blanche d’ossements ; cinq mille villes brûlées ! Regarde comme la flamme s’allonge, c’est moi qui incendie la moitié du globe. Tiens ! voilà quatre millions d’hommes, les chevaux leur marchent sur la tête et ils ont des cadavres jusqu’au poitrail. Tiens, regarde ! voilà tes églises où l’on danse, où l’on rit, où l’on boit ; l’autel sera la table du festin et le calice la coupe où ruisselleront les vins. Voilà la luxurieuse Asie qui s’enivre de ses parfums et s’endort comme une sultane ivre ; l’Afrique mourant de faim dans son désert ; l’Amérique brûlée par son soleil, jeune mais esclave, et le dos déjà cassé comme un vieillard ; et l’Europe comme une folle faisant tourner ses machines et disant qu’elle te méprise.

(Gustave Flaubert, La danse des morts comme l'a décrite François Villon von Carco, Francis ...Ecrits de jeunesse, La Danse des morts, 1910

 

 

 

 

 

 

 

 

(...) Et on se mit à plaisanter, comme plaisantent les gens des champs.

Dès qu’on fut assis à table, la lourde gaieté campagnarde éclata comme une tempête. Les deux autres fils allaient aussi se marier ; leurs fiancées étaient là, arrivées seulement pour le repas ; et les invités ne cessaient de lancer des allusions à toutes les générations futures que promettaient ces unions.

C’étaient des gros mots, fortement salés, qui faisaient ricaner les filles rougissantes et se tordre les hommes. Ils tapaient du poing sur la table, poussaient des cris. Le père et le grand-père ne tarissaient point en propos polissons. La mère souriait ; les vieilles prenaient leur part de joie et lançaient aussi leur part de gaillardises.

Le curé, habitué à ces débauches paysannes, restait tranquille, assis à côté de la garde, agaçant du doigt la petite bouche de son neveu pour le faire rire. Il semblait surpris par la vue de cet enfant, comme s’il n’en avait jamais aperçu. Il le considérait avec une attention réfléchie, avec une gravité songeuse, avec une tendresse éveillée au fond de lui, une tendresse inconnue, singulière, vive et un peu triste, pour ce petit être fragile qui était le fils de son frère.

Il n’entendait rien, il ne voyait rien, il contemplait l’enfant. Il avait envie de le prendre encore sur ses genoux, car il gardait, sur sa poitrine et dans son cœur, la sensation douce de l’avoir porté tout à l’heure, en revenant de l’église. Il restait ému devant cette larve d’homme comme devant un mystère ineffable auquel il n’avait jamais pensé, un mystère auguste et saint, l’incarnation d’une âme nouvelle, le grand mystère de la vie qui commence, de l’amour qui s’éveille, de la race qui se continue, de l’humanité qui marche toujours. (...)

(Guy de  Maupassant, Le Baptême, 1884)

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