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Le Boudoir Littéraire et thèâtral la plume et l'encrier

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Simone de Beauvoir

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« On ne naît pas femme : on le devient. »

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Simone de Beauvoir: Une femme engagée eBook: Stjepanovic-Pauly ...Simone de Beauvoir, Mémoires I & II (Pléiade)

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Simone Lucie Ernestine Marie Bertrand de Beauvoir est la fille de Georges Bertrand de Beauvoir, éphémère avocat et comédien amateur, et de Françoise Brasseur, jeune femme issue de la bourgeoisie verdunoise.

Elle voit le jour dans un appartement cossu au 103, boulevard du Montparnasse2 et entre à l'âge de cinq ans au Cours Desir3 où sont scolarisées les filles de « bonnes familles ». Sa sœur cadette, Hélène (dite Poupette), l'y rejoint deux ans plus tard. Dès le plus jeune âge, Simone se distingue par ses capacités intellectuelles et se partage chaque année la première place avec Élisabeth Lacoin (dite Élisabeth Mabille, ou « Zaza » dans son autobiographie). Zaza devient rapidement sa meilleure amie.

Après la Première Guerre mondiale, son grand-père maternel, Gustave Brasseur, président de la Banque de la Meuse4, fait faillite et est déclaré banqueroutier, précipitant toute sa famille dans le déshonneur et la déconfiture. Aussi les parents de Simone sont-ils contraints, par manque de ressources, de quitter l'appartement du boulevard du Montparnasse (à côté de l'actuel restaurant « La Rotonde ») pour un appartement, sombre, exigu, au cinquième étage, sans ascenseur, d'un immeuble de la rue de Rennes Georges de Beauvoir espérait vivre avec l'argent de son épouse.

Celle-ci se sentira coupable toute sa vie, envers son mari, de cette dot engloutie. Simone en souffre et voit les relations entre ses parents se dégrader. Toute son enfance sera marquée par le fait d'être une femme : son père espérait avoir un fils pour en faire un polytechnicien. D'ailleurs, il répétera à Simone : « Tu as un cerveau d'homme ».

Passionné de théâtre (il suit des cours d'art dramatique), il en a transmis le goût à son épouse et à ses enfants, ainsi que son amour de la littérature. Selon lui, « le plus beau métier est celui d'écrivain ». Avec son épouse, il est persuadé que seules les études peuvent sortir leurs filles de la condition médiocre dans laquelle elles se trouvent.

Dans sa jeunesse, Simone passe ses vacances d'été en Corrèze, à Saint-Ybard, dans le parc de Meyrignac, créé vers 1880 par son grand-père Ernest Bertrand de Beauvoir. La propriété avait été acquise par son arrière-grand-père Narcisse Bertrand de Beauvoir au début du xixe siècle.

On retrouve de multiples évocations de ces séjours heureux en compagnie de sa sœur Hélène dans ses Mémoires d'une jeune fille rangée : « Mon amour pour la campagne prit des couleurs mystiques. Dès que j'arrivais à Meyrignac, les murailles s'écroulaient, l'horizon reculait. Je me perdais dans l'infini tout en restant moi-même. Je sentais sur mes paupières la chaleur du soleil qui brille pour tous et qui ici, en cet instant, ne caressait que moi. Le vent tournoyait autour des peupliers : il venait d'ailleurs, il bousculait l'espace, et je tourbillonnais, immobile, jusqu'aux confins de la terre.

Quand la lune se levait au ciel, je communiais avec les lointaines cités, les déserts, les mers, les villages qui au même moment baignaient dans sa lumière. Je n'étais plus une conscience vacante, un regard abstrait, mais l'odeur houleuse des blés noirs, l'odeur intime des bruyères, l'épaisse chaleur du midi ou le frisson des crépuscules ; je pesais lourd, et pourtant je m'évaporais dans l'azur, je n'avais plus de bornes. »

 C'est au contact de la nature et au cours de longues marches solitaires dans la campagne que le désir d'une vie « hors du commun » se forge dans l'esprit de Simone.

À quinze ans, son choix est déjà fait : elle sera un écrivain célèbre. Après le baccalauréat (1925), Simone entame des études supérieures à l'Institut catholique de Paris, pour les mathématiques, et à l'Institut Sainte-Marie de Neuilly, pour les lettres. Elle obtient la première année à l'université de Paris les certificats de mathématiques générales, de littérature et de latin. L'année d'après, elle suit les cours de philosophie et obtient en juin 1927 le certificat de philosophie générale.

Elle obtient finalement la licence ès lettres mention philosophie au printemps 1928, après l'obtention des certificats d'éthique et de psychologie et entame alors la rédaction d'un mémoire sur Leibniz pour le diplôme d'études supérieures.

À la faculté des lettres de l'université de Paris, elle rencontre d'autres jeunes intellectuels, dont Jean-Paul Sartre, qu'elle regarde comme un génie. Dès cette époque, se noue entre eux une relation mythique que seule la mort interrompra. Elle sera son « amour nécessaire » par rapport aux « amours contingentes » qu’ils seront amenés à connaître l'un et l'autre. Simone de Beauvoir est reçue deuxième au concours d'agrégation de philosophie en 1929, juste derrière Jean-Paul Sartre.

La mort de Zaza cette même année la plonge dans une grande souffrance. Simone, élevée par une mère pieuse, a perdu la foi dès sa quatorzième année (d'après les Mémoires d'une jeune fille rangée), bien des années avant l'agrégation de philosophie, avant même son départ du cours Désir et marque ainsi son émancipation vis-à-vis de sa famille.

L'enseignante

Dès l'agrégation en 1929, Simone de Beauvoir, ou plutôt Castor – surnom que lui donne Herbaud (René Maheu dans Mémoires d'une jeune fille rangée) et qui ensuite est repris par Sartre car « Beauvoir » est proche de l'anglais beaver (signifiant castor), et que, comme elle, « Les Castors vont en bande et ils ont l'esprit constructeur » (dans Mémoires d'une jeune fille rangée) — devient professeur de philosophie. Entre 1929 et 1931, elle donne quelques cours au lycée Victor-Duruy(Paris) Elle se trouve ensuite nommée à Marseille au lycée Montgrand. La perspective de quitter Sartre, lui-même nommé au Havre en mars 1931, la jette dans l'angoisse et ce dernier lui propose de l'épouser afin d'obtenir un poste dans le même lycée. Bien que viscéralement attachée à Sartre, elle rejette la proposition : « Je dois dire, écrit-elle dans La Force de l'âge que pas un instant je ne fus tentée de donner suite à sa suggestion. Le mariage multiplie par deux les obligations familiales et toutes les corvées sociales.

En modifiant nos rapports avec autrui, il eût fatalement altéré ceux qui existaient entre nous. Le souci de préserver ma propre indépendance, ajoute-elle cependant, ne pesa pas lourd ; il m'eût paru artificiel de chercher dans l'absence une liberté que je ne pouvais sincèrement retrouver que dans ma tête et mon cœur. » L'année suivante, elle parvient à se rapprocher de Sartre en obtenant un poste à Rouen où elle fait la connaissance de Colette Audry, enseignante dans le même lycéeBisexuelle, elle entretient des relations amoureuses avec certaines de ses élèves, notamment Olga Kosakiewitcz et Bianca Bienenfeld, le « pacte » la liant à Sartre lui permettant de connaître des « amours contingentes ».

Elle présente ses élèves à Sartre qui forment avec lui, selon un « contrat pervers », des trios voir même des quatuors amoureux Elle se lie également avec un élève de Sartre, « le petit Bost », futur mari d'Olga, pour laquelle Sartre se prit entretemps de passion (non réciproque). L'amitié de ce groupe d'amis surnommé « la petite famille », ou encore « les petits camarades », reste indéfectible jusqu'à la mort de chacun d'entre eux, malgré petites brouilles comme graves conflits.

Le no 24 de la rue Cels où Simone de Beauvoir habita à plusieurs reprises pendant la guerre.

Peu avant la Seconde Guerre mondiale, le couple Sartre-Beauvoir est muté à Paris. Elle enseigne au lycée Molière de 1936 à 193915 ; elle en est renvoyée à la suite de sa liaison avec Bianca Bienenfeld, l'une de ses élèves. Beauvoir voit son premier roman Primauté du spirituel, écrit entre 1935 et 1937, refusé par Gallimard et Grasset (il paraîtra en 1979 sous le titre Quand prime le spirituel puis Anne ou quand prime le spirituel). L'Invitée est publié en 1943. Elle y décrit, à travers des personnages imaginaires, la relation entre Sartre, Olga et elle-même, tout en élaborant sa réflexion philosophique concernant la lutte entre les consciences et les possibilités de la réciprocité.

Le succès est immédiat. Elle est suspendue le 17 juin 1943 de l'Éducation nationale à la suite d'une plainte pour « excitation de mineure à la débauche » déposée en décembre 1941 par la mère de Nathalie Sorokine. Prétexte à une épuration Vichyste - la plainte aboutira à un non-lieu- ou principe de précaution, l'incertitude sur la raison réelle de son éviction fait encore aujourd'hui polémique

. Elle sera réintégrée à la Libération par arrêté du 30 juillet 1945, mais n'enseignera plus jamais Simone de Beauvoir décrit dans ses mémoires une relation de simple amitié avec cette élève.

Elle écrit en outre que l’accusation de détournement de mineur, mensongère, est une vengeance de la mère de cette élève à la suite du refus que lui aurait opposé Simone de Beauvoir d’user de son influence auprès de sa fille pour lui faire accepter un mariage avec un « parti avantageux » Elle travaille pour la radio nationale (« Radio Vichy ») où elle organise des émissions consacrées à la musique à travers les époques.

La femme de lettres engagée

Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre devant la statue de Balzac à Paris dans les années 1920.

Avec SartreRaymond AronMichel LeirisMaurice Merleau-PontyBoris Vian et quelques intellectuels de gauche, elle fonde une revue : Les temps modernes qui a pour but de faire connaître l'existentialisme à travers la littérature contemporaine. Mais elle continue cependant son œuvre personnelle. Après plusieurs romans et essais où elle parle de son engagement pour le communisme, l'athéisme et l'existentialisme, elle obtient son indépendance financière et se consacre totalement à son métier d'écrivain. Elle voyage dans de nombreux pays (É.-U.ChineRussieCuba, etc.) où elle fait la connaissance d'autres personnalités communistes telles que Fidel CastroChe GuevaraMao ZedongRichard Wright. Aux États-Unis, elle engage une relation passionnée avec l'écrivain américain Nelson Algren, et lui envoie plus de 300 lettres.

La publication de sa correspondance avec Algren en 1997 provoque le rejet des féministes qui ne retrouvent pas la femme libre qui leur a servi d'icone, mais une Simone de Beauvoir qui a « biaisé sur sa bisexualité, construit littérairement avec Sartre un couple mythique, ou plutôt une mystification, triché en construisant par omission dans son œuvre mémoriale une image d'elle non conforme à la vérité »

En 1949, elle obtient la consécration en publiant Le Deuxième Sexe. Le livre se vend à plus de 22 000 exemplaires dès la première semaine, occasionne la publication des articles contradictoires de Armand Hoog (contre) et de Francine Bloch (pour) dans la revue La Nef, et fait scandale au point que le Vatican le mette à l'index. François Mauriac écrira aux Temps modernes : « à présent, je sais tout sur le vagin de votre patronne ». Le livre est traduit dans plusieurs langues et aux États-Unis, se vend à un million d'exemplaires et nourrit la réflexion des principales théoriciennes du Women's Lib.

Beauvoir devient la figure de proue du féminisme en décrivant une société qui maintient la femme dans une situation d'infériorité. En totale rupture avec l'essentialisme, son analyse de la condition féminine à travers les mythes, les civilisations, les religions, l'anatomie et les traditions fait scandale, et tout particulièrement le chapitre où elle parle de la maternité et de l'avortement, assimilé à un homicide à cette époque.

Quant au mariage, elle le considère comme une institution bourgeoise aussi répugnante que la prostitution lorsque la femme est sous la domination de son mari et ne peut en échapper.

Maison où vécut Simone de Beauvoir de 1955 à 1986 11 bisrue Victor-Schœlcher

Plaque sur la maison où vécut Simone de Beauvoir de 1955 à 1986 11 bis rue Victor-Schœlcher

En 1954, elle obtient le prix Goncourt pour Les Mandarins et devient l'une des auteures les plus lues dans le monde. Ce roman qui traite de l'après-guerre met en lumière sa relation avec Nelson Algren, toujours à travers des personnages imaginaires. Algren ne peut pas supporter le lien qui unit Beauvoir à Sartre. Celle-ci ne pouvant y mettre un terme, ils décident de rompre. De juillet 1952 à 1958, elle vit avec Claude Lanzmann.

À partir de 1958, elle entreprend son autobiographie où elle décrit son milieu bourgeois rempli de préjugés et de traditions avilissantes et les efforts pour en sortir en dépit de sa condition de femme. Elle décrit aussi sa relation avec Sartre en la qualifiant de totale réussite. Pourtant, bien que la relation qui les unit soit toujours aussi passionnée, ils ne sont plus un couple au sens sexuel du terme, et ce depuis longtemps, même si Beauvoir laisse entendre le contraire à ses lecteurs.

En 1964, elle publie Une mort très douce qui retrace la mort de sa mère. D'après Sartre, c'est son meilleur écrit. Le thème de l'acharnement thérapeutique et de l'euthanasie y sont évoqués dans des lignes poignantes d'émotion. Durant cette période de deuil, elle est soutenue par une jeune fille dont elle a fait la connaissance à la même époque : Sylvie Le Bon, une jeune étudiante en philosophie.

La relation qui unit les deux femmes est obscure : relation « mère-fille », « amicale », ou « amoureuse ». Simone de Beauvoir déclare dans Tout compte fait, son quatrième tome autobiographique, que cette relation est semblable à celle qui l'unissait à Zaza cinquante ans plus tôt. Sylvie Le Bon devient sa fille adoptive et héritière de son œuvre littéraire et de l'ensemble de ses biens.

L'influence de Beauvoir, associée à Gisèle Halimi et Élisabeth Badinter, a été décisive pour obtenir la reconnaissance des tortures infligées aux femmes lors de la Guerre d'Algérie et le droit à l'avortement. Elle rédige le Manifeste des 343, publié en avril 1971 par Le Nouvel Observateur23. Avec Gisèle Halimi, elle a cofondé le mouvement Choisir, dont le rôle a été déterminant pour la légalisation de l'Interruption volontaire de grossesse. Tout au long de sa vie, elle a étudié le monde dans lequel elle vivait, en visitant usines et institutions, à la rencontre d'ouvrières et de hauts dirigeants politiques.

Après la mort de Sartre en 1980, elle publie La Cérémonie des adieux où elle décrit les dix dernières années de son compagnon avec des détails médicaux et intimes si crus qu'ils choquent bon nombre des disciples du philosophe. Ce texte est suivi des Entretiens avec Jean-Paul Sartre qu'elle enregistra à Rome, en août et septembre 1974, et dans lesquels Sartre revient sur sa vie et précise certains points de son œuvre.

Elle veut surtout montrer comment celui-ci a été manipulé par Benny Lévy pour lui faire reconnaître une certaine « inclination religieuse » dans l'existentialisme alors que l'athéisme en était l'un des piliers. Pour Beauvoir, Sartre ne jouissait plus de toutes ses facultés intellectuelles et n'était plus en mesure de lutter philosophiquement. Elle dit également à mi-mot combien l'attitude de la fille adoptive de Sartre, Arlette Elkaïm-Sartre, avait été détestable à son égard. Elle conclut avec cette phrase : « Sa mort nous sépare. Ma mort ne nous réunira pas. C'est ainsi ; il est déjà beau que nos vies aient pu si longtemps s'accorder ».

De 1955 à 1986, elle vit au no 11bis de la rue Victor-Schœlcher24 à Paris où elle s'éteint, entourée de sa fille adoptive Sylvie Le Bon de Beauvoir et de Claude Lanzmann. Elle est inhumée au cimetière du Montparnasse à Paris, dans la 20e division — juste à droite de l'entrée principale boulevard Edgar-Quinet — aux côtés de Jean-Paul Sartre. Simone de Beauvoir est enterrée avec à son doigt l'anneau en argent aux motifs incas offert par son amant Nelson Algren au matin de leur première nuit d'amour25.

Guerre du Vietnam/Rapport CIA/Assassinat de JFK

Dans les 2891 documents déclassifiés sur autorisation du président américain Donald Trump, le 21 octobre 2017, en rapport avec l'assassinat de JFK, la CIA affirme que dans les années 1960, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir et plus étonnamment Catherine Deneuve auraient financé un "réseau d'activistes" qui "aidait les déserteurs" de la guerre du Vietnam, dont Larry Cox (né en 1945) activiste qui a refusé à trois reprises d'intégrer l'armée américaine et partir au Vietnam

Le Prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes a été créé en son honneur en 2008.

  • Tombe de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir en 2004.

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  • Tombe de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir en 2012.

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  • Tombe de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir en 2013.

Théories

Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre en 1955.

Ardente avocate de l’existentialisme, elle soulève des questionnements afin de trouver un sens à la vie dans l’absurdité d’un monde dans lequel nous n’avons pas choisi de naître. Associée à celle de Sartre, son œuvre s’en différencie dans la mesure où elle aborde le caractère concret des problèmes, préférant une réflexion directe et ininterrompue sur le vécu.

Dans Le Deuxième Sexe, elle affirme : « On ne naît pas femme, on le devient » : c'est la construction des individualités qui impose des rôles différents, genrés, aux personnes des deux sexes. Son livre souleva un véritable tollé et l'auteur fut parfois contredite en particulier du fait qu'elle n'intégrait pas l'instinct dans son raisonnement. Rares furent ceux qui lui apportèrent du soutien. Elle reçut cependant celui de Claude Lévi-Strauss qui lui dit que du point de vue de l'anthropologie, son ouvrage était pleinement acceptable. De grands écrivains comme François Mauriac ne soutiennent pas le sens polémique de son écriture et furent du nombre de ses détracteurs.

Sylvie Chaperon, une spécialiste du féminisme avance qu'au-delà de cette phrase emblématique, Simone de Beauvoir passe en revue une grande variété de domaines au sein desquels se construit la différence sociale entre hommes et femmes, dessinant ainsi des pistes des recherches pour les décennies suivantes, dont certaines, selon elle, restent encore à explore.

Ardente avocate de l’existentialisme, elle soulève des questionnements afin de trouver un sens à la vie dans l’absurdité d’un monde dans lequel nous n’avons pas choisi de naître. Associée à celle de Sartre, son œuvre s’en différencie dans la mesure où elle aborde le caractère concret des problèmes, privilégiant une réflexion directe et ininterrompue sur le vécu.

Elle raconte dans La Force de l'âge comment la guerre l'a arrachée à « l'illusoire souveraineté de [ses] vingt ans». En  elle écrit dans son journal : « Pour moi, le bonheur était avant tout une manière privilégiée de saisir le monde ; si le monde change au point de ne plus pouvoir être saisi de cette façon, le bonheur n'a plus tant de prix ». Sa philosophie évolue et elle cesse de concevoir sa vie comme une entreprise autonome et fermée sur soi :

 « Je savais à présent que, jusques dans la moelle de mes os, j'étais liée à mes contemporains ; je découvris l'envers de cette dépendance : ma responsabilité […] ; selon qu'une société se projette vers la liberté ou s'accommode d'un inerte esclavage, l'individu se saisit comme un homme parmi les hommes, ou comme une fourmi dans une fourmilière : mais nous avons tous le pouvoir de mettre en question le choix collectif, de le récuser ou de l'entériner ».

Dans Le Deuxième Sexe, elle affirme : « On ne naît pas femme, on le devient » : c'est la construction des individualités qui impose des rôles différents, genrés, aux personnes des deux sexes Son livre souleva un véritable tollé et l'auteure fut parfois contredite en particulier du fait qu'elle n'intégrait pas l'instinct dans son raisonnement. Rares furent ceux qui lui apportèrent du soutien.

Elle reçut cependant celui de Claude Lévi-Strauss qui lui dit que du point de vue de l'anthropologie, son ouvrage était pleinement acceptable. De grands écrivains comme François Mauriac ne soutiennent pas le sens polémique de son écriture et furent du nombre de ses détracteurs. Sylvie Chaperon, une spécialiste du féminisme avance qu'au-delà de cette phrase emblématique, Simone de Beauvoir passe en revue une grande variété de domaines au sein desquels se construit la différence sociale entre hommes et femmes, dessinant ainsi des pistes des recherches pour les décennies suivantes, dont certaines, selon elle, restent encore à explorer.

Cette citation est souvent considérée comme une étape annonciatrice qui mènera vers les études de genre dans les sciences sociales

 

 

 

 

 

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Les «Mémoires» de Simone de Beauvoir, journal intime de son temps

Jean-Marc Proust 

La publication à La Pléiade des «Mémoires» de Simone de Beauvoir, ce 17 mai, est l'occasion d'interroger une aventure littéraire singulière, souvent éclipsée par les autres facettes de l'œuvre de l'écrivaine.

Simone de Beauvoir, le 13 décembre 1970 | Jean Meunier / AFP

Simone de Beauvoir, le 13 décembre 1970 | Jean Meunier / AFP


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La grande histoire d'amour entre Claude Lanzmann et Simone de ...

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Romans

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Recueils de nouvelles

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Essais

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La Vieillesse - Simone de Beauvoir - Folio essais - Site Folio

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  • 1972 :
  •  Faut-il brûler Sade ?,
  • essai

  •  

Théâtre

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  • 1945 :
  •  Les Bouches inutiles,
  • représentée
  • aux
  • Théâtre des Carrefours
  • (actuelles Bouffes du Nord)
  • en 1945
  • (première le ),
  • puis reprise en 1966
  • au Festival de Marvejols,
  • et publiée chez Gallimard.

  •  

Récits autobiographiques

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  • Ces ouvrages sont réédités en 2018 en deux volumes dans la Bibliothèque de la Pléiade sous le titre Simone de Beauvoir, Mémoires (Édition publiée sous la direction de Jean-Louis Jeannelle et Éliane Lecarme-Tabone avec la collaboration d'Hélène Baty-Delalande, Alexis Chabot, Valérie Stemmer, Jean-François Louette, Delphine Nicolas-Pierre, et Élisabeth Russo ; Chronologie par Sylvie Le Bon de Beauvoir), Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade » (no 633-634),  :
  •  
    • Tome I = Mémoires d'une jeune fille rangée, La force de l'âge, La force des choses première partie, 1470 p.
    • Tome II = La force des choses deuxième partie, Une mort très douce, Tout compte fait, La cérémonie des adieux, 1547 p. 

    •  

Autres publications

L'Amérique au jour le jour - Simone de Beauvoir - Folio - Site Folio

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Œuvres posthumes

Sylvie Le Bon de Beauvoir,

héritière de l'œuvre de Beauvoir,

a traduit, annoté et publié de nombreux écrits

de sa mère adoptive, en particulier

sa correspondance

avec Sartre, Bost et Algren.

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  • Lettres à Sartre,
  • tome I : 1930-1939,
  • Paris
  •  Gallimard,
  • 1990.
  •  
  • Lettres à Sartre,
  • tome II : 1940-1963,
  • Paris, Gallimard
  •  1990.
  •  
  • Images 2020 07 03t164855 376
  • Journal de guerre, 
  • -
  • , 1990.
  •  
  • Telechargement 2020 07 03t170726 321
  •  
  • Lettres à Nelson Algren,
  • traduction de l'anglais
  • par Sylvie Le Bon,
  • 1997.

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  • Correspondance croisée
  • avec Jacques-Laurent Bost,
  • 2004.

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  •  
  • Cahiers de jeunesse,
  • 1926-1930,
  • 2008.

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  •  
  • Malentendu à Moscou
  •  (nouvelle),
  • Paris,
  •  
  • L'Herne, 2013,
  • coll. « Carnets ».

 

 

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Temps de lecture: 12 min

«Ses souvenirs sont les nôtres; en parlant d’elle, Simone de Beauvoir nous parle de nous», écrivit François Nourissier. Double hommage: celui malicieux du point-virgule, qu'elle utilise beaucoup, celui aussi d’un cycle mémoriel unique, en ce qu’il embrasse à la fois le récit autobiographique, témoigne de la vie intellectuelle de la seconde moitié du XXe siècle, dresse le portrait intime et politique de Sartre et porte plusieurs combats, du communisme au féminisme, en passant par l’anticolonialisme.

Du couple Sartre-Beauvoir, l’un a longtemps éclipsé l’autre. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. D’une certaine manière, réunir en deux volumes de La Pléiade les Mémoires de Simone de Beauvoir met au premier plan le second rôle.

 

On ne naît pas icône, on le devient

Second rôle? Évidemment non. La postérité est taquine. C’est aujourd’hui Simone de Beauvoir qui est lue, commentée, étudiée –bien plus sans doute que Jean-Paul Sartre. Ce dernier reste une référence, mais sa pensée semble bien éloignée du monde contemporain.

Inversement, Beauvoir suscite des lectures beaucoup plus actuelles et personnelles des jeunes générations. Car la romancière des Mandarins(Prix Goncourt 1954) est moins lue que la philosophe politique, théoricienne du féminisme.

Hier compagne du Mouvement de libération des femmes (MLF), aujourd’hui inspiratrice de plus jeunes féministes, sa pensée est d’une brûlante actualité. Elle est à ce point à la mode que l’hebdomadaire Elle, recensant les sacs, turbans et tee-shirts à son effigie, la qualifie de «pop-star». Elle en aurait souri, sans doute.

Surtout, sa pensée est étudiée sans relâche, notamment aux États-Unis.

En France, une essayiste, aux États-Unis, une philosophe

«Il n’y a pas beaucoup de spécialistes de Beauvoir en France, où l’on classe ses ouvrages dans la catégorie des essais, observe Jean-Louis Jeannelle, professeur de littérature à l’Université de Rouen, chargé de l’édition à La Pléiade. Cette vogue féministe ne touche que peu la recherche universitaire. C’est très différent dans les pays anglo-saxons, où ses travaux sont étudiés comme ceux d’une philosophe.»

À titre d’exemple, il sort aussitôt de sa bibliothèque un imposant et récent A Companion to Simone de Beauvoir, publié aux éditions Wiley. «Aux États-Unis, elle est l'un des auteurs les plus étudiés à l’heure actuelle, avec nombre de thèses et articles.»

Ses écrits sont questionnés avec ceux de «Sartre et d’Hegel, mais aussi de Merleau-Ponty, Lévi-Strauss, Lacan…». On rapproche même «la question de la maternité, qui est polémique chez elle, de celle du consentement et du viol chez Foucault, avec qui elle a pourtant peu à voir».

En France, en revanche, son rapport à Sartre lui a imposé, écrit-elle, d'«être secondaire», ce qu'elle a «accepté». Outre Atlantique, c’est presque Sartre qui serait le mec de Beauvoir.

Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre sur la plage de Copacabana à Rio (Brésil), le 21 septembre 1960 | STF / AFP

«On a longtemps vu Simone de Beauvoir sous influence de Sartre, poursuit Jean-Louis Jeannelle. Or, et les féministes anglo-saxonnes l’ont très bien montré, elle infléchit la pensée de Sartre quand elle pose ainsi la question de l’existentialisme: qu’est-ce qu’une femme? Cela permet d’incarner un existentialisme jusqu’alors très désincarné, comme dans L’Être et le Néant. Elle invente une autre forme de philosophie, qui s’ancre dans la vie ordinaire –même si elle ne se reconnaît pas comme philosophe, préférant dire qu’elle fait de la philosophie.»

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Une mémorialiste égarée aux pays des hommes

Mais elle est d’abord écrivaine, animée très tôt par ce désir. «Le fait est que je suis écrivain: une femme écrivain, ce n'est pas une femme d'intérieur qui écrit, mais quelqu'un dont toute l'existence est commandée par l'écriture», déclare-t-elle dans La Force des choses, soulignant ainsi la volonté de dépasser le simple récit de soi.

Au XXe siècle, les femmes sont plutôt «reléguées au genre autobiographique», analyse Jean-Louis Jeannelle. Elle s’en écarte en toute conscience et, dans sa continuité, écrit un cycle de Mémoires «sans équivalent».

Il s’agit, «des années 1930 à 1970, d’écrire une histoire vivante, de manière très incarnée», avec un statut de témoin engagé –ce qui semblait alors réservé aux acteurs politiques ou militaires (Malraux, De Gaulle...). Des hommes donc, alors que dans ce genre s’était autrefois illustrées George Sand (Histoire de ma vie), Manon RolandGermaine de Staël, Marguerite de Valois… «À cette époque, on n’attend pas d’une femme qu’elle écrive ses mémoires.»

Nous voulons voir les écrits des femmes sous l'angle de l'intime

Dans son cas, c’est d’autant plus inattendu qu’elle est «en milieu de carrière», et qu'elle refuse la facilité des écrits intimes. «Ce n’est pas son projet. D’une part, c’est nous, aujourd’hui, qui sommes obsédés par l’intimité. De l’autre, nous voulons voir les écrits des femmes sous cet angle-là.»

Ainsi s’explique une forme de «froideur lorsqu’elle parle de sa vie. Un constat clinique, pas du tout habituel au regard d’autres écrivaines du siècle: Colette, qui traduit l’enchantement par la virtuosité stylistique, ou Yourcenar –qui ne parle jamais d’elle». Elle ouvre la voie à d’autres, comme Camille Laurens ou Annie Ernaux, parce qu’il n’y a plus «besoin de trafiquer son existence».

«Elle s’oblige à ne pas tout dire pour respecter l’intimité de personnes encore vivantes. Elle a effectivement caché ses amours lesbiennes.»

Jean-Louis Jeannelle, professeur de littérature, chargé de l’édition des Mémoires à La Pléiade

Bien sûr, elle «oublie» ou minimise certains épisodes, passant sous silence «les relations amoureuses qu’elle noua avec certaines de ses anciennes élèves (Olga, Bianca et Nathalie / “Lise”)», que ses lettres et son journal n’omettent pas.

Outre que cela «simplifie» le couple formé avec Sartre, «elle s’oblige à ne pas tout dire pour respecter l’intimité de personnes encore vivantes. Elle a effectivement caché ses amours lesbiennes», ce que beaucoup de féministes lui ont reproché. «Un courant lesbien se sent abandonné. En fait, pour elle, je crois que cela n’a pas été important. C’est un phénomène de génération: on en parle peu. C’est très différent chez Violette Leduc, où la sexualité est un projet d’écriture –ce qui n’est pas le cas chez Beauvoir.»

Multiples Mémoires

Comme il y a plusieurs Simone de Beauvoir, il existe plusieurs lectures de ses Mémoires. La plus fréquentée est celle qui mène à Sartre, comme source directe de sa vie.

La plus inattendue est celle de l’enthousiasme sans cesse renouvelé pour les voyages, relatés dans le détail.

La plus rare est celle de l’humour, l’écrivaine étant plutôt froide, malgré quelques saillies –«Je me suis assise à la terrasse d’un café, au coin de l’avenue d’Orléans. Le Figaro critiquait la manifestation. L’Humanité annonçait 500.000 manifestants, ce qui m’a déçue parce que je croyais qu’on était vraiment 500.000»– ou souvenirs potaches –«Le tombeau de Chateaubriand nous sembla si ridiculement pompeux dans sa fausse simplicité que, pour marquer son mépris, Sartre pissa dessus». François Mauriac s’indigna de la «miction sartrienne», annonce d’une ère nouvelle, «celle du crachat ou du pipi sur les tombes illustres» –il n’avait pas tort.

La plus émouvante, bien qu’elle retienne sa plume, est celle de la femme éprise, qui caresse un rêve avec Nelson Algren, retrouve un corps et une jeunesse avec Claude Lanzmann, de dix-sept ans son cadet, alors qu’elle craint déjà de rejoindre le monde des «vieilles peaux». La vieillesse est chez elle une obsession: «J'en avais quarante-quatre, j'étais reléguée au pays des ombres»; avec lui, elle a «retrouvé [son] corps [...]. Il revint à Paris deux semaines après moi et nos corps se retrouvèrent dans la joie.» Comme une liberté gagnée sur le «déclin»: «La présence de Lanzmann auprès de moi me délivra de mon âge.»

Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre et Claude Lanzmann à Gizeh (Égypte), le 4 mars 1967 | AFP

Écrire l’histoire immédiate

Reste une lecture, ardue, contradictoire, agaçante et stimulante, celle de l’engagement politique d’une femme «éparpillée aux quatre coins de la terre». Car nous avons le recul que procure la connaissance des événements qu’elle relate, et il est aisé de lister les oublis et les erreurs de jugement. Aisé mais peu honnête, ce récit du siècle étant écrit dans une presque immédiateté. En cela, déjà, l’engagement s’impose, et les combats avec.

Mais l’intellectuelle qu’elle est s’efforce de ne rien omettre, puisant dans une documentation abondante, lisant beaucoup, prenant des notes, faisant preuve d’une remarquable rigueur. «C’est stupéfiant: il n’y a presque aucune erreur de dates ou de noms!», s’exclame Jean-Louis Jeannelle, pour qui l’index de La Pléiade est devenu un «cauchemar» tant il est fourni. Écrire l’histoire immédiate est aussi «une forme de courage; elle sait qu’elle peut se tromper».

Le communisme sans les communistes?

Avec le prisme de l’histoire s'impose l’aveuglement d’une génération d’intellectuelles et intellectuels, fascinés par le communisme et prêts à tout lui pardonner. Une myopie consentante lorsque le rêve se heurte à la réalité.

Il est des brièvetés qui disent une époque: le procès Kravtchenko est à peine abordé, mais «l’existence des camps de travail» est désormais avérée. «Nous commençâmes à nous demander si l’URSS et les démocraties populaires méritaient d’être appelées des pays socialistes.»

Lors d’une visite à Prague, en 1954, elle note scrupuleusement, mais sans les analyser, quelques témoignages: «Nous passâmes devant une immense statue de Staline; prévenant tout commentaire, une jeune femme dit sèchement: “Non, elle nous plaît pas du tout”.» «Comme nous visitions une bibliothèque, un des administrateurs se trouva un instant seul avec nous; abruptement, il murmura: “il se passe des choses terribles, ici, en ce moment”.»

Deux ans après, elle vit, hébétée, l’écrasement de l’insurrection de Budapest«Quel choc le 24, quand achetant France soir à un kiosque de la piazza Colonna, nous lûmes le gros titre: “Révolution en Hongrie. L’armée soviétique et l’aviation attaquent les insurgés” [...]. Nous ressassions nerveusement les événements sans les comprendre.»

Compagnons de route, mais pas encartés au Parti communiste, elle et Sartre mesurent alors le poids de la propagande. «La presse communiste s’entêta dans le mensonge; le “Sourire de Budapest” d’André Stil resta en travers de bien des gorges.» Il s'agira de continuer à défendre l'idéal, en faisant abstraction des hommes.

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La «décourageante platitude» du Petit livre rouge

Pourtant, elle manifeste parfois un refus de voir qui devient une dangereuse désinvolture. N’écrit-elle pas dans La Force des Choses (1963), à propos de la Chine qu’elle est «le seul grand pays sous-développé qui ait triomphé de la faim?», ignorant ainsi le Grand Bond en avant de 1958, famine organisée ayant causé au moins vingt millions de morts.

Plus tard, elle avouera son désarroi face à la Chine de Mao. «Lorsque a éclaté la “révolution culturelle”, personne n’a pu nous expliquer de façon convaincante ce que recouvraient ces mots.» Les informations qu’on lui donne sont «décousues et contradictoires»; les gens en reviennent «abasourdis».

Elle livre en vrac des témoignages, et avoue en toute simplicité que Le Petit livre rouge lui est «tombé des mains. Sans doute les citations qui le remplissent amorçaient-elles un développement qui a été supprimé: restent des vérités premières d’une décourageante platitude». Si elle adhère aux objectifs de «“l’homme nouveau”, proche de celui dont Marx espérait l’avènement», elle reste prudente: «Je ne saurais accorder à la Chine cette confiance aveugle que jadis l’URSS a suscitée dans tant de cœurs.»

Elle n’a sans doute pas lu Les Habits neufs du président Mao (1971) –Simon Leys n’est pas cité– mais elle ne succombe pas dans le culte de la personnalité, où une partie de la gauche, du côté de Tel Quel, sombra.

La guerre d’Algérie, exil intérieur

Cette myopie, qui touche toute une génération, est d’autant plus frappante que Simone de Beauvoir a fait preuve d’une entière et immédiate lucidité en choisissant de mener le juste combat de l’anticolonialisme.

Elle ressent la guerre d’Algérie «avec ses tripes», véritable prise de conscience de l’histoire, qu’elle vivait jusqu’alors de manière détachée. Elle se sent coupable, se voit comme une collaboratrice, constate avec amertume l’indifférence de ses compatriotes: «Nous avions d’abord détesté quelques hommes et quelques factions: il nous a fallu peu à peu constater la complicité de tous nos compatriotes et dans notre propre pays, notre exil.»

«Ces gens dans les rues, consentants ou étourdis, c’était des bourreaux d’Arabes: tous coupables. Et moi aussi. “Je suis française.” Ces mots m’écorchaient la gorge comme l’aveu d’une tare.»

Simone de Beauvoir

Rien ne manque, des discussions avec des inconnus –notamment un chauffeur de taxi– qui la révoltent aux procès bidonnés –elle s’engage personnellement dans la défense de Djamila Boupacha, militante du FLN violée et torturée, en passant par les articles et les manifestations, sans oublier l’attentat au plastic contre l’appartement de Sartre au 42 rue Bonaparte.

Mais tout se concentre sur la vision, obsédante, écœurante, permanente, de la répression et de la torture. Une béance qui la renvoie au nazisme, lui fait haïr la France et éprouver –ce n’est pas neutre dans un pays en guerre– la honte d’être française. «Je ne supportais plus cette hypocrisie, cette indifférence, ce pays, ma propre peau. Ces gens dans les rues, consentants ou étourdis, c’était des bourreaux d’Arabes: tous coupables. Et moi aussi. “Je suis française.” Ces mots m’écorchaient la gorge comme l’aveu d’une tare. Pour des millions d’hommes et de femmes, de vieillards et d’enfants, j’étais la sœur des tortionnaires, des incendiaires, des ratisseurs, des égorgeurs, des affameurs; je méritais leur haine puisque je pouvais dormir, écrire, profiter d’une promenade ou d’un livre.»

Socialisme et misogynie

Enfin, engagement ultime, engagement de toute une vie, celui qui lui vaut son actualité, la voici qui soutient pleinement la cause féministe dans les années 1970. L’affaire Boupacha, pour laquelle elle a été sollicitée par Gisèle Halimi, revêtait déjà par bien des aspects la forme d’un combat féministe.

Elle a compris de longue date que le socialisme et les combats sociaux ne servent guère la lutte des femmes. «Les femmes ont constaté que les mouvements de gauche et le socialisme n’ont pas résolu leurs problèmes. Changer les rapports de production ne suffit pas à transformer les relations des individus entre eux et en particulier dans aucun pays socialiste la femme n’est devenue l’égale de l’homme. Beaucoup de militantes de Women's Lib ou du MLF français en ont fait personnellement l’expérience: dans les groupes les plus authentiquement révolutionnaires, la femme est cantonnée dans les tâches les plus ingrates et tous les leaders sont des mâles. Quand à Vincennes une poignée de femmes a levé l’étendard de la révolte, des gauchistes ont envahi la salle en criant: “Le pouvoir est au bout du phallus.” Les Américaines ont fait des expériences analogues.»

Autant elle et Sartre passent à côté de Mai 68 –question de génération, sans doute, autant elle est pleinement engagée dans ce nouveau combat, qui surgit presque aussitôt après. Elle est âgée mais pas lassée; sa combativité est intacte.

Elle signe le manifeste des 343 salopes, défile avec le MLF. Elle qui a écrit Le Deuxième Sexe lorsque le féminisme apparaissait comme «un combat dépassé, ridicule» accepte «qu’on utilise sa notoriété pour la cause», analyse Jean-Louis Jeannelle. En 1949, elle avait «recréé le féminisme politique, mais sans avoir conscience de l’impact» durable de ce livre, par-delà la véhémence des réactions qu’il suscita.

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«Je savais à présent que le cours du monde est la texture même de ma propre vie»

La singularité de ces Mémoires, véritable colonne vertébrale de son œuvre, réside sans doute dans la force de l'engagement et la capacité à transformer le «je» de la narratrice en «nous» d'une génération, comme l'attestent les mots de François Mauriac: «Cet adversaire qui n’écrit mon nom qu’avec hostilité ou mépris, et dont presque toutes les options s’opposent avec violence aux miennes, rien ne peut faire que son histoire ne soit pas mon histoire: revenir à ses souvenirs, c’est revenir aux miens.»

Aujourd'hui, la déconfiture du rêve communiste rend moins prégnant l'engagement des compagnons de route. Mais qu'il s'agisse de la guerre d'Algérie, aux cicatrices mal refermées, ou du féminisme, renouvelé et parfois divisé, sa parole forte éclaire encore nos discussions. C'est la force d'une philosophe, d'une écrivaine, d'une mémorialiste –toutes ces femmes de lettres que fut Simone de Beauvoir.

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Mémoires, Simone de Beauvoir

Deux volumes

La Pléiade

(Gallimard)

sous la direction

de direction de

Jean-Louis Jeannelle

et

Éliane Lecarme-Tabone

Écrit par

Sylvie Le Bon

de Beauvoir

 sa fille adoptive,

l'album 2018

lui est consacré.

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Sources : http://www.slate.fr

 

 

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