Le Boudoir Littéraire et thèâtral  la plume et l'encrier

Portrait de Georges Sand par Colette

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Paroles de Colette

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Aujourdhui

30 Juillet

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Quand Colette 

Colette

par

 

Irving Penn

parle

de

George Sand

par

Nadar


Laissons la Parole 

à

Colette

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"Comment diable s’arrangeait George Sand ?Cette robuste ouvrière de lettres

trouvait moyen de finir un roman,d’en commencer un autre dans la même heure.

Elle n’en perdait ni un amant, ni une bouffée de narghilé,sans préjudice d’une « Histoire de ma vie »en vingt volumes, et j’en tombe d’étonnement.Puissamment, elle agençapêle-mêle son travail, ses chagrins guérissables et ses félicités limitéesJe n’aurais pas su en faire autant,et là où elle pensait à la grange pleineje me suis attardée à regarder la verte fleur du blé. »

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(Colette, L’Étoile Vesper, 1946)


Il y a dix ans, la romancière

Claire Etcherelli

Claire Etcherelli,

auteure, entre autres,

d'"Elise ou la vraie vie",

offrait un magnifiquetexte d'hommage

à

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Colette

et à sa maison natale.

En voici un extrait plein d'espoir...

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"Il est un autre jardin, le coeur humain, sur lequel s’est posé le regard intense

, lucide de Colette, cet oeil bordé de khôl qui perce les apparences

. Curieuse ou amoureuse des êtres, entretenant avec eux une liberté

insolente en son époque, elle veut et sait explorer les visages

, aussi patiente et intuitive que lorsqu’enfant elle guettait l’éclosion d’un bourgeon.

Sur le papier bleu, son terreau à elle, la voici qui bêche, sème, plante, bouture,

mêlant l’intime de sa vie, les apprentissages de ses successives existences,

les plaisirs, réprouvés ou licites, les déchirements des séparations

, et comme elle a décrit en des images délectables balsamines, phlox et dahlias,

sa plume va noter un battement de paupière, une intonation fausse,

l’ébauche d’un geste, détails en apparence frivoles, mais révélateurs du tourment

dissimulé, de la jalousie sournoise, du désir inexprimé.

En bonne terrienne elle croit aux cycles ; malgré les reprises du mal

– « O mon enfant, comme elles sont terribles les reprises du mal »,

la solitude n’est jamais totalement désespérée ;

après les ténèbres, l’aube reparaîtra.

Nous reste aujourd'hui sa maison d’enfance, ce jardin, des lieux

aujourd’hui offert à notre désir légitime d’accomplir l’indispensable

voyage aux sources de son génie propre."


Telechargement 2020 05 02t142226 544decouvrir

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Quand Colette.parle

de

Marcel Proust

Proust version Fallois, proustien capital - La République des livres

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Extrait de "Proust"

dans

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"Trait pour trait"

 1949

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"Quand je revis Marcel Proust,

les années et la maladie avaient travaillé sur lui à la hâte.

Son agitation et sa pâleur semblaient le résultat d'une force terrible.

En frac, au centre de Paris obscur, dans le hall de l'hôtel Ritz

éclairé peureusement, il m'accueillit avec une gaieté chancelante.

Sur son habit il portait une pelisse ouverte.

L'expression du plastron blanc froissé et de la cravate convulsive

m'effraya autant que les touches noires posées sous les yeux, autour

de la bouche, par un mal distrait, qui lui charbonnait le visage au hasard.

L'empressement, la politesse qu'il eut toujours s'attachaient à ses gestes,

à ses paroles comme les traces morbides d'une extrême jeunesse.

(...) Le silence nocturne, la brume qui fermait la vue de la place,

entouraient Proust d'un halo qui convenait le mieux

à son déclin et à son prestige.

Le haut-de-forme en arrière, une grande mèche de cheveux

couvrant son front, il ressemblait, cérémonieux et désordonné

à un garçon d'honneur ivre. (...)

Comme enfin nous le quittions, il recula, nous salua de la main,

et l'ombre de nouveau creusa ses profondes orbites, et

combla de cendre l'ovale noir de sa bouche, ouverte pour chercher l'air."

Société des amis de Colette

 

Colette 

vue

par

Irving Penn


 « Éloigner les modèles de leur environnement naturel et les installer dans un studio face à l’objectif n’avaient pas seulement pour but de les isoler, cela les transformait. »  Irving Penn

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photographe américain, né à Plainfield, dans le New Jersey. Il est le frère du cinéaste Arthur Penn. Il va se diriger très tôt vers le monde des arts. Après des études de design avec le photographe et designer Alexey Brodovitch et l’obtention de son diplôme, il travaillera comme graphiste, tout en apprenant le dessin et la peinture pendant 4 ans à l’université des arts de la « Pennsylvania Museum & School of Industrial Art ». En parallèle de sa vie d’étudiant, il collaborera avec le magazine « Haper’s Bazaar », illustrant des articles sur la mode.

  • En 1938 il s’installera à New York, ouvrira son propre studio sur la cinquième avenue et travaillera à son compte, se lançant dans le design, tout en prenant en main un outil qui ne le lâchera plus, l’appareil photo. Il sera également l'assistant de Brodovitch  travaillant pour la boutique prestigieuse la « Saks Fifth Avenue » de Manhattan, Penn en 1940 acceptera le poste de directeur artistique et y restera un an. Puis il abandonnera tout pour se rendre proche de Mexico, ou durant une année il peindra et prendra des photos.
  • A son retour, il sera recruté par Alexander Liberman pour intégrer l'équipe photographique du magazine « Vogue », une collaboration qui durera jusqu’à sa mort. Il ferra sa première couverture de « Vogue », une nature morte, en 1943. C’est à partir de cette date que sa carrière prendra son envol, un Rolleiflex à la main, ses photographies paraitront régulièrement dans « Vogue ». Il va réaliser plus de 160 couvertures de magazines en à peine 5 ans. Il est alors reconnu comme un des plus grands photographes de mode du moment.

    C’est toujours avec « Vogue » et grâce à Edmonde Charles-Roux, qu'il commencera sa célèbre série de portraits, « Small trades » (Les petits métiers). Les premiers clichés de la série paraîtront dans le Vogue version Française en juin 1951.

  • C'est l'écrivain Robert Giraud, ami de Robert Doisneau, qui recrutera pour Irving Penn les différents modèles parisiens de cette série dont une suite sera effectuée à Londres puis à New York. Les 216 clichés de cette série seront exposés en septembre 2009 au « Getty Museum » de Los Angeles et une centaine de ces tirages feront l’objet d’une exposition à la Fondation Cartier-Bresson en 2010.

  • En 1951 internationalement célèbre, il exécutera des photos pour des commanditaires du monde entier. Il photographie de nombreuses personnalités du 20eme siècle, peintres, musiciens, danseurs, écrivains comme entre autres, Giorgio de Chirico, Igor Stravinsky, Julian Schnabel, Alexander Calder, George Balanchine, Truman Capote, Pablo Picasso, Yves Saint Laurent, Blaise Cendrars, Max Ernst, Louise Bourgeois, Al Pacino, Marlène Dietrich, Colette, la duchesse de Windsor, Audrey Hepburn, Alfred Hitchcock, Jean Cocteau, Salvador Dalí, Francis Bacon, Woody Allen, Miles Davis.

    Et toujours en parallèle, travaillera pour les plus grandes maisons de haute couture, il signera de nombreuses photographies de mode et ses mannequins fétiches seront Régine Destribaud et Lisa Fonssagrives avec qui il se mariera.

  • Au milieu des années 1960, Penn commencera une période d’expérimentations approfondies qui lui permettra de maîtriser et de perfectionner la technique de tirage au platine. Ce procédé diffère significativement du tirage gélatino-argentique, pour ce procédé au platine, la couche sensible à la lumière est absorbée dans les fibres du papier du support qui reste visible, alors que dans les tirages gélatino-argentiques, les particules sensibles à la lumière sont suspendues dans une émulsion de gélatine qui masque le support.

  • Irving Penn va tester d’infinies variations de ce procédé, en combinant deux ou plusieurs négatifs de contrastes variables, ou encore en recouvrant le tirage de diverses combinaisons de platine et de palladium, en l’exposant une nouvelle fois sous le même négatif ou sous un autre. Relativement fort en contraste, les tirages gélatino-argentiques décrivent bien les tenues et les outils, modelés par la lumière naturelle. Les tirages au platine sont eux plus resserrés sur les figures et leurs dimensions sont plus grandes, ce qui donne aux modèles une monumentalité quasi sculpturale et très expressifs, révélant une gamme de tonalités allant des gris nuancés aux noirs profonds.

  • A la fin des années 1960, Irving Penn entamera une entreprise monumentale qui englobe toute sa démarche de photographe, réalisant des portraits d’indigènes dans le monde entier. Il se déplacera sur tous les continents avec son studio ambulant. En entomologiste de l’image, il viendra prélever des spécimens remarquables de l’humanité. Que ce soit au Pérou ou au Népal, tous sont traités sur un pied d’égalité, dans un décor neutre, toujours le même, d’un vieil homme assis sur un âne en Crète, ou encore de deux femmes voilées, empaquetées comme des bouquets de fleurs dans leur tissu noir, au Maroc.

  • Penn publiera de nombreux ouvrages, « Moments préserved » publié en 1960 et « Des mondes dans une petite chambre » en 1974, seront les deux emblématiques de son œuvre.  En 1984 Penn travaillera avec John Szarkowski conservateur pour la photographie au MoMA de New York,  sur une rétrospective où l’enchaînement des thèmes est signifié par celui des couleurs.

    Il s’éteindra à l’âge de 92 ans dans son appartement new-yorkais de Manhattan.

Pendant plus de soixante ans, Irving Penn aura marqué l’histoire de la photographie par ses images de mode, ses natures mortes et ses portraits. Son style est atypique, un mélange d’académisme hérité des peintres flamands et de créativité débridée.

Irving Penn s'est rendu célèbre tout particulièrement pour son travail de photographe de mode, au même titre que Richard Avedon. Mais contrairement à Avedon, il ne s'est jamais intéressé à la photographie hors studio, il restera fidèle à la photographie réalisée en studio, l'éclairage demeurant pour lui une source importante dans ses clichés. La personne occupe une position centrale et majeure dans son œuvre. La personnalité du modèle tenant une place primordiale dans sa photographie de mode, de sorte que ses images sont toujours très proches du portrait.

Pas de flou artistique Penn peignait littéralement avec l'objectif. Ses photographies de mode étaient des portraits volés à la forme, une ode à l'artificiel, à la pose, à la froideur des statues trop belles pour être humaines. Pas de top models qui sautent en l’air à la plage, pas de décors extravagants, pas d’instants décisifs, avec Irving Penn, le minimum c’est le maximum.

Ainsi, son travail le plus personnel est sur ce registre, un noir & blanc contrasté sans fard ni paillettes. La discipline qui retiendra toute l’attention d’Irving Penn la plus grande partie de sa vie sera le portrait. Toutes les heures qu’il aura passé sur ses natures mortes lui ont donné un sens aiguisé de la lumière. Il l’utilise pour souligner les formes et les textures des objets qu’il prend en photo, que ce soit des poires, des canettes ou des fleurs. Il aime d’ailleurs à répéter que prendre la photo d’un gâteau peut se révéler être un art.

« Je pense que le noir & blanc est intrinsèquement meilleur que la couleur. Je crois que je n’ai jamais vu une photographie en couleur vraiment belle. »  Irving Penn

Son passage au portrait n’est que le prolongement de ce travail, et ce qui l’intéresse, c’est que prendre la photo d’une personne apporte son lot de psychologie, pour faire tomber ce masque qu’ont les adultes lorsqu’ils se savent pris en photo.

« C’est le principal problème du portrait, de passer derrière la façade que les gens veulent bien vous présenter. » Irving Penn

L'arrière-plan est la scène sur laquelle Penn fait évoluer ses modèles. Qu'il s'agisse de mode ou de portrait, il dégage toujours la personne du contexte social qui est le sien afin d'isoler et d'attirer ainsi l'attention sur ce qu'elle est vraiment. L'emploi de ce fond gris, toujours le même, a en réalité deux sortes d'effets, celui de mettre en valeur l'individu, de l'extraire de l'anonymat, mais aussi celui de faire ressortir le vêtement.

Chaque vêtement, à partir du moment où il est présenté sur sa scène particulière, devient pour Penn objet de mode. Jamais une image n’est saisie en lumière naturelle ou en extérieur. Penn voyageait avec un studio mobile, faisait venir les gens à lui. Son cadre ne les enferme pas. Le photographe avait pour habitude à partir des années 1960 de retirer ses négatifs au platine. Une technique ancienne qui donne un grain si particulier, si graphique. Aucun tirage n’est identique. La photographie s’efface, on dirait du dessin au fusain : noir profond, gris poussiéreux, blanc sorti d’une palette.

Les images de Penn sont d’une folle inventivité, stupéfiantes par leur apparente simplicité. Tout est ainsi chez le photographe, paradoxal, déroutant. Dans ses clichés pour les grands couturiers, il témoigne de la liberté nouvelle des femmes d’après guerre en donnant l’impression de les figer.

C’est grâce à sa délicate technique de tirage au platine-palladium, abandonnée depuis le début du 20eme siècle, que le photographe exprime ce qui s’agite sous la surface des êtres. Avec ses noirs graves et profonds, ses blancs purs, sa palette de gris subtils comme des humeurs légères, il révèle la complexité émotionnelle de ses personnages, que ce soient des mannequins comme sa femme, Lisa Fonssagrives, son modèle favori, ou des célébrités comme Louis Jouvet, venant poser dans son studio peu de temps avant sa mort. Son regard sur l’acteur est bouleversant, l’acteur est malade, sa tête sort de son manteau comme celle d’un noyé qui se débat encore à la surface de l’eau avant d’être happé.

Comme toujours dans ses portraits, Penn prend son sujet frontalement dans un décor épuré. Parfois dans l’encoignure de deux parois. Aucune échappatoire possible, Irving Penn ne photographie que ce qui l’intrigue.

Et ses interrogations sont immenses et toujours surprenantes : il choisit des femmes potelées, bien en chair, pour des nus, qu’il modèle comme une pâte d’une blancheur lunaire. Il ramasse des détritus dans les caniveaux de New York, de vieux papiers, des mégots, qu’il célèbre en vestiges d’une civilisation disparue.

Ses clichés frappent par leur volume, cet effet de profondeur qui renforce la sérénité picturale et palpitante de vie de ses modèles. Où qu’il soit, à New York comme dans les Andes, Penn fait entrer le monde dans son studio.


 

Du 21 septembre 2017 au 29 janvier 2018, en partenariat avec le Metropolitan Museum of Art de New York, le Grand Palais avait  célèbre le centenaire de l'un des plus grands photographes du XXème siècle : Irving Penn.

L'occasion avait donc ètè donné de (re)découvrir les portraits légendaires, les clichés mode et les natures mortes de l'artiste américain.

Retrospective

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Un parcours chronologique et thématique

Cette large rétrospective, la première en France depuis la mort d'Irving Penn, retrace 70 ans de carrière à travers 240 clichés. Ces derniers s'articulent autour de trois axes majeurs : les débuts du photographe jusque dans les années 30, son travail autour de la mode, puis les natures mortes réalisées de 1990 à l'an 2000. Une vision complète de son univers, fait de nus, de scènes de rues, de beauté, de guerre et de cigarettes. Autant d'images empreintes d'une élégante simplicité, d'un goût certain pour le minimalisme et d'une rigueur remarquable.

La collaboration avec Vogue US

Dès 1943, Irving Penn gagne en notoriété grâce à ses nombreuses productions pour le célèbre magazine. Portraits d'artistes, d'écrivains, de couturiers et autres personnalités du monde de la culture se succèdent au fil des numéros : Salvador Dali, Alfred Hitchcock, Igor Stravinsky, etc.

Très sollicité à partir des années 50, l'artiste continue à réaliser des portraits et à développer sa technique, à la recherche d'une certaine profondeur. Selon lui, un portrait réussi doit " faire immerger ce que le sujet voudrait cacher. " Picasso, Jean Cocteau, Marlene Dietrich ou encore Colette prennent la pose dans son studio.

Le talent de ce dernier s'étend aussi à la photographie de mode. Envoyé à Paris par Vogue, Irving Penn se révèle un maître en la matière. Son modèle de prédilection, n'est autre que son épouse et muse Lisa Fonssagrives-Penn, posant dans des créations haute-couture.

Fidèles l'un à l'autre, Irving Penn et Vogue, ont vécu une collaboration mythique de 50 ans et réalisé 160 couvertures ensemble.

Les voyages et natures mortes

Plus tard dans sa carrière, entre 1967 et 1971, le photographe multiplie les voyages. C'est plus précisément au Maroc et à Dahomey en Nouvelle-Guinée, qu'il immortalise des portraits ethnographiques à l'aide d'un studio itinérant aménagé dans une tente. Beaucoup se demandent alors, pourquoi les sujets ne sont pas pris dans leur milieu naturel. Irving Penn répond : " ... j'ai préféré une tâche plus limitée : m'occuper seulement de la personne, loin des incidents de sa vie quotidienne, portant simplement ses vêtements et ornements, isolée dans mon studio. "

L'année suivante, en 1972, Irving Penn change de registre et montre un intérêt pour l'éphémère et le processus de désintégration, qu'il illustre dans sa série des mégots de cigarettes. Étonnante à première vue, cette dernière est porteuse de sens pour le photographe : " Une cigarette écrasée indique le caractère. Elle révèle la nervosité. Son choix en dit long sur le goût d'une personne. "

 

… un photographe de mode

Irving Penn, In A Cracked Mirror (Self-Portrait), New York, 1986, printed October 1990, © The Irving Penn Foundation

Après avoir voulu un temps explorer une carrière de peintre, Irving Penn se tourne finalement vers le monde de la photographie. C’est grâce au magazine de mode américain Vogue qu’il débute à partir de 1943. Vogue devient ainsi son principal employeur, et il réalise pour eux plus de 160 couvertures en cinquante ans de carrière, un record. Irving Penn travaille principalement la photo de mode en noir et blanc, ses couleurs de prédilection.

Il exerce en studio : ses photographies de mannequins sont alors très épurées, basées sur un contraste fort entre lumière et obscurité. Il met ainsi en avant chaque partie du costume, transformant n’importe quel vêtement ou bijou en œuvre d’art. Selon les dires de son assistante, il  semblait « sculpter » son modèle. Il aura notamment pour égérie la célèbre mannequin suédoise Lisa Fonssagrives, avec qui il se marie en 1950.

… le portraitiste des artistes

A partir de 1951, Irving Penn gagne en popularité et débute alors une série de portraits de personnalités célèbres pour le compte de Vogue : cette galerie de portraits est de nos jours toujours incomparable. Les plus grands artistes des années 50 et 60 défilent alors devant son objectif, américains et européens : peintres, écrivains, musiciens, comédiens… De grands noms tels que Salvador Dali, Edith Piaf, Alfred Hitchcock, Colette, mais aussi au fil des années, David Bowie, Robin Williams ou encore Robert De Niro sont ainsi immortalisés, toujours en noir et blanc.

Tous les portraits sont réalisés en studio, dans un espace neutre qui ne peut pas distraire le modèle. Irving Penn tente ainsi de saisir le visage du modèle dans un parfait moment de calme, quand la façade et le masque du quotidien tombent enfin… Irving Penn a ainsi fixé sur pellicule les plus grandes personnalités du XXe siècle, extrayant à chaque cliché l’essence même du personnage.

… un adepte du studio très méticuleux

Ainsi, le studio constitue un outil indispensable au travail d’Irving Penn, si ce n’est même une constituante à part entière des clichés. Il réalise très peu de photographies en extérieur, tous les portraits et clichés de mode étant mis en scène dans son studio. Le fait de travailler en intérieur lui permet de se débarrasser de tout ce qui n’est pas indispensable à la composition de sa photo. Entre 1964 et 1971, Irving Penn voyage à travers le monde : il n’abandonne pas pour autant le studio et monte à cette occasion une tente qu’il aménage pour ses photos, la transportant de pays en pays.

L’utilisation d’un studio permet en outre à Irving Penn de sortir son modèle de son contexte social habituel. Jusqu’à la fin de sa vie, en 2009, il utilise comme décor de studio le même rideau de théâtre qu’il a trouvé lors des ses premières visites à Paris en 1950.

Penn est un homme et un photographe très méticuleux, apportant une attention extrême aux détails, prenant son temps pour arranger les choses exactement comme il le souhaite. Ainsi, seul le studio lui permet une telle exigence. Il était tellement perfectionniste qu’il pouvait travailler un même négatif durant des années…

Un jour il a dit

« Une bonne photographie est celle qui communique un fait, touche le cœur du spectateur et le transforme. En un mot, c’est une photographie efficace. »

Le saviez-vous ?

En plus d’être un fantastique photographe de mode et de portraits, clichés qui ont fait sa renommée, Irving Penn est aussi un maitre de la nature morte, un genre plus rare dans le monde de la photo. Ainsi, sa première couverture de Vogue était non pas un portrait, mais une nature morte d’accessoires de mode, publiée pour le numéro d’octobre 1943.

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Irving Penn, couverture du numéro de Vogue d’Octobre 1943

Jérôme Neutres quitte la direction de la RMN-GP

Jérôme Neutres, co-commissaire

de l'exposition,   nous parle des assistants de Penn


Reportage 

Il photographie des artisans avec leurs outils et des vendeurs de rue avec leurs marchandises, en utilisant le même studio en lumière naturelle, le même fond neutre et le même éclairage que pour les séances avec les mannequins

. Ce mélange de bouchers, de boulangers et d’ouvriers du luxe constitue un « menu équilibré », comme il aime à le dire. Avec grâce et finesse, Irving Penn s’appuie sur son exceptionnel savoir-faire pour faire poser les modèles et restituer soigneusement leur physionomie ainsi que leur tenue, leurs outils et leurs accessoires. Vogue publie en 1951 les portraits d’Irving Penn dans ses éditions aussi bien américaines qu’étrangères. En célébrant ainsi la vie des ouvriers et des artisans parisiens, Penn s’impose comme un connaisseur de l’homme du peuple. 

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Galerie

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1  2 34 Marlene Dietrich, New York, 1948     5 irving-penn_art-exhibition_photography_ropac-gallery_2019  6irving penn   7  irving penn  8irving penn      9Audrey-Hepburn-by-irving-penn

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Catalogue des oeuvres
Nos Titres Villes Anées Lieux expositions
01 PieroFornasetti,  Milan  1948  
02 Fishmonger NewYork 1950  Metropolitan Museum of Art, New York
03 Salvador Dalí  NewYork 1947, Metropolitan Museum of Art, New York
04 Marlene Dietrich NewYork 1948 non renseignè
05 Still Life NewYork 1947 non renseignè
06 Black and White Vogue Cover (Jean Patchett) NewYork 1950 non renseignè
07 In A Cracked Mirror (Self-Portrait) non renseignè 1986 Irving Penn Foundation
08 Pablo Picasso Cannes 1957  Metropolitan Museum of Art,
09 Audrey Hepburn non renseignè 1951 Vogue, Novembre

 


Pour en savoir plus

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LA FONDATION IRVING PENN

https://irvingpenn.org/

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https://www.fondationfrances.com/

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Grands Photographes


Gorges Sand

vu

par

Nadar

(1820-1910)


« Je suis un téméraire qui cherche toujours un courant contre lequel nager »

 Nadar


  photographe français, né Gaspard-Félix Tournachon à Paris d’un père d'origine lyonnaise, imprimeur et éditeur de tendance libérale. À la mort de son père, il rejoindra sa mère et s'inscrira à l'école de médecine de Lyon qu’il abandonnera assez rapidement. Pour soutenir sa famille, il exercera le journalisme en écrivant des critiques théâtrales dans la presse locale avant de rejoindre Paris où il effectuera divers travaux dans de « petites feuilles ». Puis fondera le journal « L'Audience » tout en fréquentant durant les années 1840 la bohème parisienne et  la jeunesse artistique de l’époque, Charles Baudelaire, Henri Murger, Théodore de Banville, Gérard de Nerval. Il publie des critiques dramatiques et des contes qu'il signe du pseudonyme Nadar.

  • En 1845, il publiera son premier roman « La Robe de Déjanire ». En 1846 Nadar débutera sa carrière en tant que dessinateur caricaturiste pour des journaux subversifs tel que « Charivari ». Ses amis artistes, le surnommant « Tournadar » causé par l’habitude de rajouter à la fin de chaque mot de ses phrases la terminaison « dar », cette abréviation viendra transformer ce tic en pseudonyme de « Nadar », que la photographe adoptera.

  • En 1847, il réalisera une série de portraits intitulée la « Galerie des gens de lettres » composée d'une cinquantaine de portraits charges de personnalités du monde littéraire, qui paraîtra dans « Le Journal du dimanche ».

  • En 1848, il s'engagera dans un corps expéditionnaire constitué par le gouvernement provisoire et censé provoquer le soulèvement de la Pologne et sera fait prisonnier en Prusse. De retour à Paris, il gagnera durement sa vie en reprenant ses activités de caricaturiste.

  • En 1851, Nadar, imaginera à nouveau de rassembler les portraits de plus d’un millier de célébrités de son temps, réparties en quatre planches lithographiques. Ce projet l’amènera à pratiquer la photographie pour constituer le célèbre « Panthéon Nadar ». En 1953 Nadar réunira 300 grands hommes de l’époque sur les 1 000 prévus, les 3 autres feuillets n’aboutiront pas. Toutes les personnalités du XIXème siècle passeront devant son objectif et la planche sera publiée en 1854 regroupant Baudelaire, Victor Hugo, Guy de Maupassant, Édouard Manet entre autres.

  • En 1854, Nadar se tournera résolument vers la photographie, encourageant son jeune frère, Adrien, à devenir photographe qui ouvrira un atelier. Nadar s'adonnera lui aussi à la pratique de la photographie, poursuivant ce nouveau champ d'expérimentation et ouvrira son propre studio avec un laboratoire entièrement équipé, s’installant sur le toit du 113, rue Saint-Lazare, où il dispose d'un atelier bénéficiant de la lumière naturelle, le tout Paris défilant dans son atelier. En septembre de la même année il épousera Ernestine Lefebvre, jeune femme issue d'une riche famille protestante.

     

    En parallèle il entreprendra des recherches sur le collodion utilisé en photographie qui n’a à peine que 15 ans d’existence. Nadar et son frère Adrien photographieront le mime Deburau en Pierrot, la série remportera une médaille à l'Exposition universelle de 1855.

     

    Nadar investira la dot de sa femme dans le commerce défaillant de son frère et en prendra les commandes, rapidement ils se querelleront, Adrien signant ses photos « Nadar jeune ». Nadar claquera la porte début 1855, et revendiquera la propriété exclusive du nom « Nadar » qu'il obtiendra après deux ans de procès en décembre 1857, récupérant l'usage exclusif de son pseudonyme.

  • En 1856, le photographe sera à la tête de trois journaux illustrés et de son atelier photographique. Il commencera à s'intéresser à l'aérostation et deviendra membre de la Société française de photographie.

  • En 1858, il réalisera à bord d'un ballon, la première photographie aérienne, devenant le pionnier avec ses vues du Petit Bicêtre, opérant avec difficulté lors d'une ascension de plus de 80 mètres, élevant la photographie à la hauteur de l'Art. Le photographe souhaitait que l'appareil de photographie puisse être emporté à l'extérieur et en voyage, aussi facilement que le chevalet du peintre.

     

    La même année il effectuera la première photo à l’éclairage électrique, éclairage qu’il expérimente  à la poudre de magnésium, créant le premier flash photographique.

  • En 1860, il quittera la rue Saint-Lazare pour s’installer dans un luxueux atelier au 35 boulevard des Capucines. C'est un tournant commercial dans sa carrière de photographe.

  • En février 1861, il déposera le brevet de photographie à l'éclairage artificiel lui permettant de photographier la nuit.

  • En 1862, Nadar photographiera à la lumière artificielle les catacombes et les égouts de Paris. Passionné par l'aérostation, il s'éloignera progressivement des affaires de l'atelier. En 1863, il fondera la « Société d'encouragement pour la locomotion aérienne au moyen d'appareils plus lourds que l'air », ainsi que la revue « L'Aéronaute ». Il fera construire un immense ballon nommé « Le Géant » capable de porter quatre-vingt passagers. En octobre, son ballon s'écrasera à Hanovre, le photographe sera blessé et se retrouvera endetté, l’obligeant à vendre ses collections photographiques. En 1870-1871 lors du siège de Paris par les Prussiens, Nadar constituera une compagnie d'aérostiers militaires afin de défendre de ville.

  • En 1871, son atelier photographique connaîtra des difficultés financières, il quittera le boulevard des Capucines pour la rue d'Anjou.

  • En 1874, Nadar qui a conservé son local du boulevard des Capucines, accueillera la première exposition des peintres impressionnistes. Son fils, Paul collaborera à l'activité et gardera par la suite le même pseudonyme de Nadar.

  • En 1886, Félix et Paul réaliseront une série de photographies du chimiste Eugène Chevreul âgé de cent ans. L'interview qui accompagnait les photographies sera considéré comme le premier reportage photographique réalisé en même temps que l'entretien journalistique, la séance restant un des derniers grands exploits de Nadar.

  • De 1887 à 1894, Le photographe étant malade et ruiné, partira s’installer en compagnie de sa femme en Forêt de Sénart au sud-est de Paris, laissant à son fils la gestion de ses affaires à Paris qui en deviendra propriétaire en 1895.

  • En 1897, Nadar, dont la situation financière sera alarmante, partira ouvrir à l’âge de 77 ans, un nouveau studio photographique à Marseille qu’il revendra 5 ans plus tard pour revenir à Paris. En 1900 il rédigera ses mémoires, « Quand j'étais photographe », qui sont, à l'instar de sa vie, rocambolesques. Cette même année Nadar triomphera à l'Exposition universelle de Paris avec une rétrospective de son œuvre organisée par son fils.

Nadar sera très tôt intéressé par le métier de photographe qui date de 1840 avec la daguerréotype, procédé qui consiste à l'emploi de feuilles d'argent pur plaqués sur cuivre, polies, sensibilisées par la vapeur d'iode, après une pose variable, révélé par de la vapeur de mercure et fixer par une solution d'hyposulfite de soude, cette technique aura l'avantage de donner immédiatement une image positive.

Pionnier de la photographie et de son développement, cheveux roux, moustache touffue, extraverti, créatif et curieux, Nadar avait tout du parisien bohème, aux idées progressistes, il sera journaliste, caricaturiste, homme de lettres et peintre, jusqu'à ce qu’il découvre la photographie y apportant un grand bol d’air frais. A partir de 1854, il invite à tour de rôle dans son studio de la rue Saint Lazare, son cercle d’amis qui compte les plus grands noms de la culture de l’époque.

Il aménage son atelier comme un jardin, bannissant l’appuie-tête et autres instruments de torture dont on se servait pour les portraits, il y installe sa lumière tout en faisant aimablement la conversation jusqu’au fatidique « Ne bougez plus », moment précis ou il immortalise une attitude naturelle et révélatrice. Il rencontre un énorme succès, le tout Paris se pressera dans son studio, réalisant des portraits d’une sensibilité humaine qui en feront de véritables chefs d’œuvre de l’histoire de la photographie. Mais très vite ennuyé par la mode des portraits carte de visite, l’obligeant à travailler de manière rébarbative, il va se tourner vers d’autres horizons.

Infatigable expérimentateur, il monte dans une montgolfière et réalise la première photo aérienne de l’histoire, il descend dans les égouts de Paris et avec une lumière artificielle et des temps de poses de plus de 18 minutes, faisant découvrir les sous sols de la capitale.

Nadar et le portrait

À partir de cette époque, la technique du portrait est maîtrisée et les travaux sont de qualité. Les prix évoluent à la baisse. De nombreux studios ouvrent et les personnalités, les élites du monde des arts, des lettres, de la politique, du théâtre et même de l'Église n'hésitent pas à « se faire tirer le portrait ».

Nadar photographie simplement, sans accessoire inutile, à la lumière naturelle des hautes verrières souvent réfléchies sur de grands panneaux mobiles. Les poses très classiques valent surtout par la grande qualité dans le choix des expressions qui révèlent parfaitement la personnalité de ses modèles et prouvent que le photographe était fin connaisseur de ses contemporains et qu’il avait su créer avec eux une grande complicité.

Dans cette période, où le portrait s’industrialise dans un académisme convenu, Nadar supprime les accessoires picturaux, les décors conventionnels et refuse la retouche, au profit de l’expression vraie et de cet instant de compréhension, il se met en contact direct avec le modèle, le résume, le guide vers ses idées et son caractère.

Dans son atelier parisien il développera son propre style, en rupture complète avec les habitudes de l’époque, en imposant un style dépouillé destiné à capter et révéler la personnalité de son sujet. Dans ses photographies transparait l’exigence d’une révélation de l’intériorité de l’être. Il fait alors du portrait photographique un genre esthétique, contribuant à donner à cet art ses lettres de noblesse. Il se concentre sur le visage, souhaitait traduire ce qu'il appelait  « la ressemblance intime », des portraits d'une force exceptionnelle et souvent très émouvants.

« La photographie est à la portée du premier des imbéciles, elle s’apprend en une heure. Ce qui ne s’apprend pas, c’est le sentiment de la lumière, encore moins l’intelligence morale de votre sujet et la ressemblance intime » Nadar

Nadar et le Flash au Magnésium

Il expérimentera l'éclairage à la poudre de magnésium, plus facile à brûler qu’en bloc. Complexe à mettre en œuvre, ce procédé consistait à brûler de la poudre de magnésium, mais s’avérait dangereux, le magnésium étant inflammable et dégageant énormément de fumée. Le déclenchement du flash se faisant manuellement, il arrivait qu'il ne se produise pas au bon moment.

 Nadar conscient de la portée de son invention déposera le brevet de photographie à la lumière artificielle en février 1861. Il aura libère la photographie des contraintes imposées par la lumière naturelle en concevant ce procédé d’éclairage artificiel qui combine des lumières de différentes intensités.

« Je tentai de tamiser ma lumière en plaçant une glace dépolie entre l'objectif et le modèle, ce qui ne pouvait m'amener à grand chose ; puis plus pratiquement je disposai des réflecteurs en coutil blanc, et enfin un double jeu de grands miroirs répercutant par intermittences le foyer lumineux sur les parties ombrées.

J'arrivai ainsi à ramener mon temps de pose à la moyenne diurne et finalement je pus obtenir des clichés à rapidité égale et de valeur tout à fait équivalente à celle des clichés exécutés quotidiennement dans mon atelier. » extrait de l’ouvrage « Quand j‘étais photographe » de Nadar

En hommage au photographe « le prix Nadar » sera créé en 1955 par Albert Plécy dans le cadre des Gens d'images, récompensant chaque année un livre édité en France, consacré à la photographie ancienne et moderne.


Retropective

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» La photographie est à la portée du premier des imbéciles. Elle s’apprend en heure. Ce qui ne s’apprend pas, c’est le sentiment de la lumière et encore moins l’intelligence morale de votre sujet, ainsi que la ressemblance intime. » Félix TOURNACHON dit NADAR

Une première pour la Bibliothèque de France à Paris, qui nous propose d’entrer dans le monde complexe  des membres d’une célèbre famille dont le personnage central fut  Félix – mais l’expo fait également référence à Adrien son frère et Paul son fils ( j’ai opté pour une présentation détaillée du premier tout en évoquant, bien entendu, les deux autres ) . Elle s’intitule :

LES NADAR – Une légende photographique ( du 16.10.2018 au 3.2.2019 )

Les nombreuses pièces présentées ( environ 300 en photos, dessins, estampes, peintures, objets ) font partie ( pour certaines ) de la collection même de la Bibliothèque de France, mais également de prêts venus du Metropolitan Museum de New York, du Getty Museum de Los Angeles, du musée d’Orsay, du musée de l’Air du Bourget, de l’École des Beaux-Arts de Paris et de la Société française de photographie.

Elle se présente en trois parties : Les Nadar par les Nadar – Art & Industrie du portrait – Art & Science. Elle s’attache à nous faire véritablement entrer dans un des ateliers de photo le plus célèbre de l’époque, dans la spécificité de chacun des trois membres de cette famille, leurs travaux, mais aussi leur intimité faite de collaborations difficiles, complexes  et rivalités.

A noter, tout d’abord, que leur nom de famille véritable est Tournachon. Le pseudonyme Nadar reste celui de Félix. Adrien, son frère, le reprendra sans rien lui demander, lorsqu’il prendra la décision de voler de ses propres ales. Félix lui intentera un procès en 1857 afin de récupérer ce nom et rester le seul à pouvoir en faire usage.

Il obtiendra gain de cause. Paul, son fils, l’utilisera lui aussi plus tard, mais cela se fera avec l’autorisation de son père. Ce nom vient en fait d’un surnom : les amis qu’il fréquentait à Paris lorsqu’il est arrivé, l’ont surnommé Tournadar tout simplement parce que, comme beaucoup d’autres à l’époque, il avait pris l’habitude, pour s’amuser, d’ajouter un  » dar  » à la fin de chaque mot. Il finira par prendre le pseudonyme de Nadar.

Bien qu’il ait dit un jour que la photographie était le «  refuge des peintres ratés  » Gaspard Félix Tournachon fut un très grand photographe du Second Empire. Un artiste polyvalent, écrivain, journaliste, aéronaute, caricaturiste, véritable pionnier qui utilisera l’art de la photographie de façon si remarquable, tel un peintre (on lui donnera le nom du Van Eyck de la photo) ou un metteur en scène.

Il avait un don spécial et particulier pour le portrait. Il a photographié de grandes et illustres personnalités de l’époque, que ce soient des gens de Lettres,  des hommes politiques, des scientifiques, dont il a su merveilleusement bien percer à jour le caractère, les qualités, les défauts. Des portraits toujours très expressifs et captivants.

L’amitié qu’il a entretenue avec certains d’entre eux faisait qu’ils se sentaient relativement à l’aise en posant pour lui, ce qui permettait à Nadar de mieux faire ressortir la réalité de leurs qualités ou de leurs défauts – Dans les caricatures, cette réciprocité amicale pouvait l’amener à les embellir en les représentant sous des formes agréables. Par contre lorsqu’il n’appréciait pas vraiment une personne , le coup de crayon était franchement ironique et satyrique..

Ils furent nombreux à avoir été photographiés par lui – Beaucoup d’hommes: Baudelaire, Hugo, Balzac,  Dumas, Gautier, Delacroix, Corot, Millet, Liszt, Rossini, Offenbach, Berlioz, Daumier, Daubigny, Préault, Janin, Michelet, Nerval, Chevreul, Mistral etc etc.. j’en passe et des meilleurs ! mais aussi des femmes venues surtout du monde du spectacle, exception faite de George Sand  : Cléo de Mérode, Sarah Bernhardt et autres cantatrices, actrices, danseuses, modèles, ou femmes élégantes.

 » Ces têtes que Nadar a photographiées aux environs de 1860, il y a beau temps qu’elles sont mortes. Mais leur regard reste, et le monde du Second Empire est éternellement présent au bout de leur regard.  »

Jean-Paul SARTRE

 

la BNF rappelle qu'entre peintures et inventions, trois hommes ont défini, il y a plus d'un siècle, ce que le portrait photographique moderne pouvait être. Avec une surprise révélée avant l'ouverture de l'expo : les Nadar ont aussi saisi dans leur studio Constance Quéniaux, le modèle qui a posé pour « l'Origine du monde » de Courbet. Vous découvrirez son visage à la BNF.


Galerie

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1Eugène Delacroix   2 Fichier:George Sand by Nadar, 1864.jpg 3    4Alexandre Dumas photographié par Felix Nadar./Nadar    5 Image - Emile Zola par Paul Nadar

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Catalogue et commentaires 

de la Galerie Nadar

 
Nos Titres Date Ville lieux de Conservation  
01 Eugène Delacroix 1858  Paris, Médiathèque de l'architecture et du patrimoine

 

 

Commentaire


Chez Nadar, la clientèle est choyée. Alors que ses assistants se chargent des préparatifs techniques, il reçoit en maître des lieux, discute, amuse, suggère des positions, des attitudes. Il règle l'éclairage pour obtenir des contrastes qui vont renforcer la présence du modèle. Il ajuste le costume pour mieux mettre en scène le personnage. Pourtant, la rencontre entre Nadar et Delacroix se solde par un échec. Le peintre, alors au sommet de sa gloire, est déçu par son portrait photographique et demande même à Nadar de détruire le cliché : « Monsieur, je suis si effrayé du résultat que nous avons obtenu, que je viens vous prier dans les termes les plus insistants et comme un service que je sollicite d’anéantir les épreuves que vous pouvez avoir ainsi que le cliché. » 

Ce n'est pourtant pas le premier portrait photographique de Delacroix et ce ne sera pas le dernier. De nombreux photographes ont livré des images, intimes ou officielles, du grand peintre : Léon Riesener son cousin, Louis Nicolas Pillas image 4 ], Pierre Lanith Petit image 5 ], Étienne Carjat... Pourquoi Delacroix refuse-t-il alors le portrait de Nadar ? Les stigmates laissés par la maladie et la fatigue y apparaissent-ils de manière trop évidente ? Se reconnaît-il dans ce visage ainsi altéré ?
Malgré les injonctions de Delacroix, la revue L’Artiste publie le portrait en 1859

 
02

George Sand

1864 Paris Grand Palais (musée d'Orsay) /  
03 SarahBernhardt 1860      

Commentaire


La divine Sarah Bernhardt avait la jeunesse de la photographie, était fascinée par ce nouveau médium et a su l’utiliser pour promouvoir sa carrière et assurer sa notoriété. En 1864, la jeune Sarah Bernhardt âgée de 20 ans avec tout juste 2 ans de pratique de scène, se fait portraiturer par Nadar, il met en scène sa photographie, le tissu lourd et clair de la cape, jeté sur les épaules laissant voir en grande partie celle de gauche et le haut du buste, les cheveux tirés en arrière, le fond est neutre, le tronc de colonne disparait derrière la pose, le regard transfiguré se perd au loin, aucun bijou, simplement le drapé qui ceint les épaules et souligne une forme pyramidale de l’ensemble de la composition. Conjugué au contraste très net entre les ombres et les lumières, le choix des zones de netteté intensifie le caractère plastique de la photo. Nadar a su rendre tangible  la beauté légendaire de l’actrice, ce qui ressort de la photo c’est bien la nature typique de Sarah Bernhardt, la confiance de soi, la fierté portée jusqu'à l’orgueil et la provocation.

04 A Dumas 1855   atelier du photographe  

Commentaire


La photographie connaît curieusement son apogée à son commencement. Ensuite, selon les mots de Baudelaire, « la société immonde se rua comme un seul Narcisse, pour contempler sa triviale image sur du métal » puis sur du papier, et les photographes, d’abord artistes, très influencés par la peinture romantique, se firent industriels, proposant au chaland, à partir de l’invention du négatif, le portrait des célébrités, souverains, hommes politiques, écrivains, acteurs en format carte postale, format apparu en 1854. La vieillesse d’Alexandre Dumas est jalonnée d’images plus ou moins médiocres – de face, de profil, en buste, en compagnie de sa fille ou d’une maîtresse, œuvres que des praticiens nommés Duroni (1862), Carjat, Durat, Petit (1867), Liebert (1867), Reutlinger (1867), Duponcest ou Disdéri, inventeur du format « carte de visite », exposaient dans leurs vitrines. L’écrivain, qui se laissait complaisamment saisir par leur objectif, tentait ainsi de prolonger une popularité déclinante, malgré le peu de bien qu’il pensait de « l’ingénieuse invention » de Daguerre qu’il ne croyait « d’abord applicable qu’aux objets inanimés » et qui à ses yeux se chargeait maintenant de reproduire « les personnes vivantes, les hommes, personnages assez laids naturellement et qu’elle n’embellit pas, les femmes, cette consolation des yeux, quand elle n’est pas celle du cœur, qu’elle enlaidit » (Alexandre Dumas, « À travers la Hongrie », in Les Nouvelles, 4 février 1866)

 
05 Emile Zola 1901   Collection Morin-Laborde  

Commentaire


Paul Nadar, fils du célèbre photographe et aéronaute Félix Tournachon, dit Nadar, collabora avec son père à partir de 1874 et prit la succession de celui-ci à partir de 1887 s'installant 51, rue d'Anjou. Il fit évoluer la production et la clientèle en accueillant l’aristocratie et la haute bourgeoisie, ainsi que des comédiens et chanteurs d'opéra. Il utilisa aussi le studio pour des expositions d'artistes, y compris la première exposition impressionniste, organisée par son ami Edgar Degas en 1874. Engagé en 1890, dans un voyage à travers l’Asie Centrale pour suivre la Route de la soie, il en rapporta plus de 200 clichés. En 1891, il fonda le Journal de la Photographie. En 1893, il ouvrit le premier office général de la photographie à Paris pour le marketing de nouveaux appareils photo à main pour amateurs représentant George Eastman Dry Plate & Film Company. Il conseilla certainement Zola dans le choix de ses appareils photo. Ils échangèrent de nombreuses lettres. 

 

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Claire Etcherelli




Claire Etcherelli née à Bordeaux en 1934 est une écrivaine française.

Son père mort à la guerre, elle est élevée par sa mère et son grand-père paternel. Issue d’un milieu très modeste, elle obtient une bourse afin de poursuivre ses études.

Elle vient s’installer à Paris, mais le manque d’argent la contraint à travailler en usine à la chaîne, pendant deux ans.

De cette expérience Claire Etcherelli retient l’image d’un environnement éprouvant et obsédant, qu’elle décrit dans son premier roman "Élise ou la vraie vie" (1967).

Le roman, qui obtient le prix Femina en 1967, a été portée à l’écran par Michel Drach (1930-1990) en 1970 avec Marie-José Nat dans le rôle d’Élise.

Après avoir quitté l'usine, elle a travaillé dans une organisation de jeunesse et a publié un second roman, "À propos de Clémence" (1971).

En 1973, elle devient secrétaire de la revue "Les Temps modernes".

Auteur de plusieurs romans publiés chez Gallimard et Albin Michel, elle poursuit une carrière littéraire exigeante.

Élise ou la vraie vieUn arbre voyageurA propos de ClémenceJournal d'Evguenia Kisseliova, femme russe

Cent poèmes contre le racismeUn mal de chien

 
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