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La femme de trente ans Balzac

 

 

On ne peut manquer d’être intrigué par ce titre qui désigne à la fois la partie et le tout. La Femme de trente ans est une nouvelle, publiée par la Revue de Paris le 29 avril 1832, et devient la troisième partie d’un ensemble instable, intitulé successivement Même histoire puis La Femme de trente ans. L’article défini y caractérise un personnage particulier et un type réunissant les diverses figures qui ont eu d’abord des identités différentes et qui conservent quelque disparate jusque dans la version finale plus ou moins unifiée. Mais lorsque la formule qui se réfère à un âge défini concerne l’ensemble d’une vie, de la jeune fille qui assiste à une revue militaire au printemps 1813, à la « dame d’environ cinquante ans, mais qui paraissait encore plus vieille que ne le comportait son âge véritable »?[2][2]  La Femme de trente ans, Pl., t. II, p. 1201. Dans... et qu’on suit dans sa promenade un matin trente et un ans plus tard, l’âge central choisi comme titre d’ensemble devient le cœur d’une contradiction, d’autant plus que l’épanouissement de la trentaine contraste avec les titres moralisants, des « Premières fautes » à « La vieillesse d’une mère coupable ». On pourrait croire que le bonheur de la trentaine s’inscrit dans l’instant, dans une temporalité courte, alors que le point de vue moralisant se fonde sur un souci familial et social, donc sur la perspective d’un temps long, celui de la maternité et de l’hérédité. L’opposition est loin d’être si simple.

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On connaît la théorie des trois âges de l’homme, longtemps liée à une théorie des âges de l’humanité. Le découplage de la vie de l’individu et de celle de l’espèce, au fur et à mesure que se précise une pensée de l’histoire, a relégué la tripartition du côté de la femme, enfermée dans son statut d’épouse et de mère. LaPhysiologie du mariage le rappelle : « La vie de la femme se partage en trois époques bien distinctes : la première commence au berceau et se termine à l’âge de la nubilité ; la seconde embrasse le temps pendant lequel une femme appartient au mariage ; la troisième s’ouvre par l’âge critique, sommation assez brutale que la Nature fait aux passions d’avoir à cesser. »?[3][3]  Pl., t. XI, p. 927. Une fille d’Ève, dix ans plus tard, suggère d’ajouter une époque dans la vie des femmes?[4][4]  Voir le début de la préface de ce roman, Pl., t. II,..., mais elles n’en sont que plus étroitement prisonnières de leur physiologie. Si chaque âge a sa tradition littéraire, c’est la femme de quarante ans qui semble s’imposer à la fin du XVIIIe siècle comme un type satirique, désigné par le chiffre précis de son âge. Louis-Sébastien Mercier, dont on n’a plus à rappeler désormais le rôle décisif d’inspirateur qu’il a joué pour le XIXe siècle, introduit un chapitre « Femmes de quarante ans » dans le Tableau de Paris :

« Il est une situation cruelle, embarrassante pour une femme qui a excité longtemps les désirs des hommes et la jalousie de son sexe ; c’est le moment où son miroir lui dit : “Vous n’êtres plus charmante comme autrefois ; vous avez beau être indulgente à vous-même, votre beauté s’efface ; et quoique l’éclipse de vos attraits soit imperceptible, elle n’en est pas moins réelle”. »?[5][5]  Tableau de Paris, Paris, Mercure de France, 1994,...

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Traditionnellement deux voies s’offraient à celles qui devaient renoncer à la carrière de coquette et de séductrice, la dévotion et le bel esprit. « Mais ces deux états sont surannés ; la dévotion n’est plus de mode, et l’affiche du bel esprit est devenu trop difficile à soutenir. »?[6][6]  Ibid., p. 345. Les voies nouvelles sont désormais l’intrigue et la « petite santé ». Le chapitre de Mercier finit par une pirouette satirique : « Au reste, une femme à Paris n’a jamais quarante ans ; elle en a toujours trente ou soixante ; et comme personne ne dit le contraire, la femme quadragénaire n’existe pas »?[7][7]  Ibid., p. 346., ce qui justifie l’homme de lettres chargé de dévoiler ce qui se dérobe et de désigner ce qui n’a pas de nom.

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Une comédie, représentée sur le théâtre des Variétés, au Palais-Royal, en 1805, s’intitule La Femme de quarante ans, ou les Femmes à vapeurs. Le premier titre est au singulier, le sous-titre au pluriel. La première mention de Mme Argante signale qu’elle est dans son bain par prescription médicale : « Bientôt les femmes deviendront amphibies ; elles passent la moitié de leur vie dans l’eau. » On parlait quelques décennies plus tôt de vapeurs, on dit maintenant maux de nerfs. Faciolle reprend Mercier qui lui-même s’inscrit dans une longue lignée : « Autrefois à quarante ans, une femme se faisait dévote ou bel esprit ; à présent, elle se fait femme à vapeurs ; c’est un état, on ne peut se résoudre à n’être rien. »?[8][8]  C.-A. F*** [Faciolle], La Femme de quarante ans, ou... La maîtresse de maison est bientôt concurrencée par sa belle-sœur, provinciale qui craint d’être trop grosse et veut à tout prix avoir des vapeurs elle aussi, des crises de larmes et des évanouissements. Les déguisements d’un domestique et de l’amant de la fille en médecins assurent la coloration comique, voire farcesque de la pièce.

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On ne s’étonne pas qu’un disciple affiché de Balzac profite du succès de La Femme de trente ans en publiant La Femme de quarante ans. Charles de Bernard raconte les atermoiements d’un fils de famille, sommé de quitter non pas sa vieille maîtresse, mais sa maîtresse de quarante ans, pour épouser une très riche et très jeune héritière. « “Après tout, se dit-il, elle a quarante ans !” En se faisant pour la première fois cet aveu désenchanteur, en formulant nettement une pensée sous laquelle il se débattait naguère les yeux obstinément fermés, Mornac se sentit soulagé comme un homme qui, dans un rêve pénible, désarçonne son cauchemar. »?[9][9]  Charles de Bernard, La Femme de quarante ans, Bruxelles,... Le jeune homme cherche un prétexte pour rompre avec Mme de Flamareil, « mais Eudoxie voulait la paix à tout prix, car l’âge de quarante ans est pour les femmes une époque de désarmement forcé ; aussi elle n’eût garde de donner prise aux hostilités par des récriminations inopportunes »?[10][10]  Ibid., p. 62.. Le roman s’achève avec une réception durant laquelle Mme de Flamareil doit faire bonne figure alors que l’annonce du mariage de Mornac est désormais publique. Le modèle est la soirée de Mme de Beauséant, abandonnée par le marquis d’Ajuda. « [...] les plus insensibles l’admirèrent, dit Balzac, comme les jeunes Romaines applaudissaient le gladiateur qui savait sourire en expirant. »?[11][11]  Le Père Goriot, Pl., t. III, p. 264. « Sa douleur, reprend Charles de Bernard, ne lui fit oublier aucun des soins minutieux qu’elle apportait toujours dans sa toilette ; car, ainsi que toutes les femmes, elle avait la coquetterie des anciens gladiateurs et prétendait être belle même pour mourir. »?[12][12]  La Femme de quarante ans, p. 99. Sur cette image,... Mme de Flamareil se venge en enlevant un tout jeune homme qu’elle décide de former, ce qui inspire à un vieux roué ce commentaire : « Aujourd’hui elle s’adonne à l’enseignement ; que peut faire de mieux une femme de quarante ans ? Plus tard, elle s’appliquera à la religion, et nous la verrons dame de charité en 1846. »?[13][13]  La Femme de quarante ans, p. 118.

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En 1844, une comédie est encore jouée au Théâtre-Français sous le titre Une femme de quarante ans. Elle met en scène sans beaucoup de délicatesse un couple d’âge inégal, formé par un homme de vingt-cinq ans et une femme de quarante. Celle-ci s’exclame :

« Monsieur, c’est un bel âge [...]

[...] Il a son bon côté,

Et monsieur de Balzac l’a réhabilité ! »?[14][14]  Galoppe d’Onquaire, Une femme de quarante ans, comédie...

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Ou le personnage confond à dessein les deux chiffres, ou le succès du roman de Balzac s’accompagnait d’un certain flou sur le titre exact. Il est vrai que, au même moment, Balzac intitule « La Femme de quarante ans » un des chapitres des Petits Bourgeois, mais l’analyse n’a rien d’une réhabilitation : « À quarante ans, la femme, et surtout celle qui a goûté à la pomme empoisonnée de la passion, éprouve un effroi solennel, elle s’aperçoit qu’il y a deux morts pour elle, la mort du corps et celle du cœur »?[15][15]  Pl., t. VIII, p. 72 et var. a. Anne-Marie Meininger... ; et, au demeurant, ce roman inachevé n’est pas publié du vivant de l’auteur. En 1846, une édition de L’Envers de l’histoire contemporaine prend le titre de La Femme de soixante ans?[16][16]  Voir l’ « Histoire du texte », Pl., t. VIII, p. 1.... C’est Mme de La Chanterie qui est ainsi désignée, mais Godefroid ne songe pas longtemps à un mariage, disproportionné et financièrement réparateur, avec la maîtresse de maison. En 1853, un recueil de saynètes et de nouvelles par Xavier Aubryet tourne autour du trio de la femme, du mari et de l’amant sous le titre de La Femme de vingt-cinq ans.

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Si Balzac semble avoir l’exclusivité du titre La Femme de trente ans, Rétif de La Bretonne avait déjà réuni plusieurs de ses Contemporaines sous le titre Les Six Âges de la fille, plus précisément désignés à coups de néologismes dont il avait le goût, la quinzenaire, la vingtenaire, la trentenaire, la quarantenaire, la cinquantenaire et la soixantenaire?[17][17]  Les Contemporaines, t. 12, Leipzig-Paris, 1782, 7.... Chaque âge y était défini dans la seule optique du mariage : quinze ans semble un peu jeune au père de l’héroïne, mais « vingt ans est l’âge du mariage » ; « À trente ans, il est plus que temps de choisir un mari », à quarante ans « il est trop tard », « C’est un délire à cinquante ans que de penser à prendre un mari », enfin « soixante, quatre-vingt ou cent ans, c’est à peu près la même chose pour les femmes considérées dans le rapport qu’elles ont avec les hommes »?[18][18]  Vol. cité, successivement p. 619, 651, 685, 712 et.... On peut juger Rétif misogyne dans sa façon de réduire la femme à la condition d’épouse et de mère, mais il faut se souvenir que « la philosophie des âges de la vie »?[19][19]  Voir Éric Deschavanne et Pierre-Henri Tavoillot, Philosophie... est longtemps restée une des bases de la pensée morale. On ajoutera que Rétif ne se contente pas d’enfermer les femmes dans la fatalité de leur âge, il compose des pendants masculins, que ce soit Le Quadragénaire, ou l’Âge de renoncer aux passions, histoire utile à plus d’un lecteur (1777), ou bien La Dernière Aventure d’un homme de quarante-cinq ans, nouvelle utile à plus d’un lecteur (1783). Et Le Drame de la vie, contenant un homme tout entier, monstre théâtral en treize actes des ombres et en dix pièces régulières, fait se retrouver Anneaugustin et Jeannette Rousseau à soixante ans (1793).

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On trouve aussi des développements romanesques sur cette « époque dangereuse pour les femmes qui ne sont pas entièrement exemptes de coquetterie », sur « l’instant où, toujours belles, mais n’ayant plus ni l’éclat ni la fraîcheur de la jeunesse, elles ont cessé d’être citées pour la figure », le moment où l’on dit qu’ « elle est encore bien jolie » et où le « encore gâte l’éloge ». C’est un personnage féminin qui parle et une romancière qui la fait s’exprimer ainsi, Mme de Genlis dans Adèle et Théodore :

« Il me paraît assez naturel qu’une femme de trente ans, qui n’est plus suivie de la foule empressée, dont elle était environnée quelques années auparavant, attache un grand prix aux hommages dont elle est encore l’objet [...]. Elle a renoncé à la gloire de tourner vingt têtes à la fois, mais il lui reste encore l’espoir d’inspirer une passion violente ; elle ne manquera pas de supposer cette passion au premier homme qui s’avisera de paraître occupé d’elle. Quel que soit cet amant, il flattera plus son amour-propre que tous ceux de sa jeunesse. »?[20][20]  Adèle et Théodore, ou Lettres sur l’éducation, 1782,...

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Il n’est pas nécessaire de multiplier les textes et de tomber sous le coup des critiques que Charles Péguy adressait à Gustave Lanson. D’un roman à l’autre, le ton change. Mme de Genlis adresse une mise en garde à la femme de trente ans, dont Balzac chante les charmes et les ressources ; la comparaison s’inverse sous sa plume, entre la jeune fille trop ignorante et son aînée plus expérimentée :

« La jeune fille n’a qu’une coquetterie, et croit avoir tout dit quand elle a quitté son vêtement ; mais la femme en a d’innombrables et se cache sous mille voiles ; enfin elle caresse toutes les vanités, et la novice n’en flatte qu’une. Il s’émeut d’ailleurs des indécisions, des terreurs, des craintes, des troubles et des orages, chez la femme de trente ans, qui ne se rencontrent jamais dans l’amour d’une jeune fille » (p. 1129).

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L’intérêt de situer le roman de Balzac par rapport au discours satirique et moralisateur traditionnel est de mettre en valeur la plénitude féminine là où ses prédécesseurs dénonçaient un manque, une perte, une menace. Cette plénitude peut s’énoncer en termes d’énergie et de temporalité. Lorsque Charles de Vandenesse rencontre pour la première fois Julie d’Aiglemont, il est sur le point de partir pour l’Italie, et plus précisément pour Naples, cette Italie hyperbolique. Son désir d’Italie est tout stendhalien?[21][21]  Comme le rappelait récemment Philippe Berthier dans... :

« Où trouver de l’énergie à Paris ? Un poignard est une curiosité que l’on y suspend à un clou doré, que l’on pare d’une jolie gaine. Femmes, idées, sentiments, tout se ressemble. Il n’y existe plus de passions, parce que les individualités ont disparu. Les rangs, les esprits, les fortunes ont été nivelés, et nous avons tous pris l’habit noir comme pour nous mettre en deuil de la France morte [...] Au moins, en Italie, tout y est tranché » (p. 1123).

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Cette énergie qu’il attend des paysages ensoleillés et des caractères méditerranéens, il la trouve ici, au bord de la Seine, dans la disponibilité d’une femme. Il renonce à son voyage pour rester près d’elle. L’Anglais a dû venir sur le continent, Charles de Vandenesse n’aura pas à descendre de l’autre côté des monts. La Femme de trente ans serait alors l’histoire d’une femme particulière, d’une individualité capable de susciter la passion de lord Grenville, puis celle de Charles de Vandenesse. Le poignard italien se change en un pistolet anglais dans la poche d’Arthur, en attendant les armes du meurtrier qui enlève Hélène et qui se fait corsaire pour elle dans la cinquième partie. L’apologie sur plusieurs pages de la beauté sublime de Julie est-elle à mettre au compte des illusions du désir ? ou ne faut-il pas plutôt accepter que la petite sotte du début, fascinée par les uniformes et les moustaches noires, se soit métamorphosée en femme de tête et de cœur ? L’hétérogénéité des éléments rassemblés dans le roman donne au personnage une profondeur énigmatique, une richesse un peu floue ou bougée?[22][22]  Le personnage dérange les systèmes critiques, ainsi....

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Sa puissance insoupçonnée se révèle aussi une maîtrise du temps. « En proie à des idées nouvelles qui lui grandissaient la femme, il [Charles de Vandenesse] ressemblait à un peintre qui, après avoir pris pour types les vulgaires modèles de son atelier, rencontrerait tout à coup la Mnémosyne du Musée, la plus belle et la moins appréciée des statues antiques. Charles fut profondément épris » (p. 1134). Découverte à Herculanum, la statue représente, plus encore que l’Italie méridionale, un pays profond, une Antiquité idéale, une patrie inspiratrice, comme on a pu le dire de la Rome de Sarrasine?[23][23]  Cette Italie idéale est « la seule qui permette à.... Le jeune amoureux devient un double de l’écrivain dont l’énergie se traduit en ambition artistique. Mnémosyne, c’est la mémoire, parce que Julie est remplie du souvenir d’Arthur Grenville, parce qu’elle a pris conscience du temps qui passe et que l’expérience l’a transformée ; c’est aussi doublement la mémoire parce que la statuaire antique élargit la perspective et pose la question des valeurs transhistoriques dans la modernité urbaine et bourgeoise. C’est la mère des muses, le principe d’une durée grâce à l’art, de l’équivalence conflictuelle entre les arts différents. Le « bel âge de trente ans » devient une « sommité poétique de la vie des femmes » : « Elles peuvent en embrasser tout le cours et voir aussi bien dans le passé que dans l’avenir » (p. 1135). Plus tard, dans la dernière partie, Julie d’Aiglemont vieillie peut continuer à inspirer les créateurs, comme « la tête sublime où Murillo peignit la douleur maternelle », comme « le visage de Béatrix Cenci où le Guide sut peindre la plus touchante innocence au fond du plus épouvantable crime » (p. 1205). On retrouve là l’Italie stendhalienne. Dès lors, la femme n’est plus systématiquement menacée dans sa beauté par l’âge, elle ne commence à vivre expressivement qu’à trente ans et sa physionomie s’approfondit jusqu’à la vieillesse.

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Le corps fragile et la beauté fugace peuvent devenir marbre. Le temps de la physiologie peut se muer en un temps de la création et de la jouissance esthétique. Le lieu conflictuel entre les deux correspond au dilemme de la peau de chagrin. La vie est une négociation permanente, et souvent tragique, entre l’intensité et la durée, entre le flamboiement et la permanence. Ernst-Robert Curtius a été l’un des premiers à insister sur ce « dilemme insoluble » et sur l’économie d’énergie que Balzac en tire?[24][24]  Voir E.-R. Curtius, Balzac, trad. franç., Paris, Grasset,.... La jeune fille possède une beauté et une force vitale, mais n’a aucune expérience. Elle gaspille sa jeunesse en se jetant dans les bras d’un bellâtre qui va vite se révéler moralement nul. Elle brûle ses premières années pour comprendre ce qu’est le désir, ce que peut la passion. La vieille femme possède une connaissance du monde et une expérience du cœur qui ne lui servent plus et qu’elle ne peut même pas communiquer à sa fille. La femme de trente ans représente une « sommité poétique de la vie » par son équilibre entre vie et savoir, beauté et expérience, à la façon dont le Val de Loire se situe au cœur de la France, et la France au centre de l’Europe, entre l’Angleterre d’où vient Arthur Grenville et l’Italie où Charles de Vandenesse s’apprêtait à partir. Dès la première partie, après son mariage, « Julie d’Aiglemont ne ressemblait déjà plus à la jeune fille qui courait naguère avec joie et bonheur à la revue des Tuileries » (p. 1054). Dans la deuxième partie, à vingt-six ans, elle est ainsi décrite : « Jeune encore par ses désirs, elle n’avait plus cette entière jeunesse d’âme qui donne à tout dans la vie sa valeur et sa saveur » (p. 1108). Le risque de désenchantement se change dans la partie suivante en savoir-faire et en sagesse. C’est peut-être l’équivalent de ce qu’est pour l’homme la crise du milieu de la vie, le démon de midi?[25][25]  Voir Jean-Jacques Wunenburger, « Le midi de la vie,....

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La relation entre l’homme et la femme évolue de ce fait. À la différence d’âge traditionnelle entre un homme plus mûr et une femme naïve, qui doit lui être soumise, a succédé au XVIIIe siècle le couple de la femme maternelle et du jeune homme, en quête d’initiation, mixte de masculinité et de féminité, d’audace et de timidité. La relation peut être traitée de manière libertine ou sentimentale. C’est Mme de Lursay avec Meilcour, le héros des Égarements?[26][26]  Elle « réparait avec soin ce que près de quarante..., Mlle Habert avec Jacob, le paysan parvenu?[27][27]  « À l’égard de l’âge de cette personne, la rondeur..., Mme de T... avec Damon, le narrateur de Point de lendemain, la comtesse avec Chérubin, la marquise de *** avec Faublas, mais aussi Mme de Warens avec Jean-Jacques, Ellénore avec Adolphe?[28][28]  Ellénore « était célèbre par sa beauté, quoiqu’elle..., Mme de Rênal avec Julien, la Sanseverina avec Fabrice : on pourrait allonger la liste. La différence d’âge est variable et la série n’est pas linéaire, elle a déjà été repérée et décrite pour le XIXe siècle?[29][29]  Udo und Claudia Schöning, « La Femme de trente ans..... Ce qui change chez Balzac, c’est que Charles de Vandenesse a presque le même âge que Julie. Lui-même est un mélange de jeunesse et de cynisme : « Ainsi, Charles, quoique jeune (à peine avait-il trente ans), s’était déjà philosophiquement accoutumé à voir des idées, des résultats, des moyens, là où les hommes de son âge aperçoivent des sentiments des plaisirs et des illusions » (p. 1122). À peine réduit au minimum la différence d’âge, mais ce décalage semble héritier de la tradition romanesque du siècle précédent. Le couple peut être fondé sur une réciprocité nouvelle, un équilibre se cherche entre le coup d’œil froid du diplomate et l’ « étonnante profondeur » de la femme du monde. L’amour de Julie pour lord Grenville se nourrissait déjà d’un sentiment de ressemblance, d’un échange entre le masculin et le féminin : « Le jeune homme avait une de ces figures britanniques dont le teint est si fin, la peau si douce et si blanche, qu’on est quelquefois tenté de supposer qu’elles appartiennent au corps délicat d’une jeune fille » (p. 1056). « Elle lut sur le visage presque féminin du jeune Anglais les pensées profondes, les mélancolies douces, les résignations douloureuses dont elle-même était la victime. Elle se reconnut en lui » (p. 1082). Le romancier compose La Femme de trente ans au moment même où il renonce aux maîtresses protectrices plus âgées pour rencontrer une femme de son âge.

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On peut lire l’œuvre de Balzac dans une perspective moralisatrice et religieuse ; on peut aussi y chercher un roman de l’énergie féminine. Cette énergie au féminin s’affirme au tournant des lumières et s’épanouit chez Stendhal?[30][30]  Voir Michel Delon, L’Idée d’énergie au tournant des.... Elle est loin d’être étrangère à Balzac. Le choix du moment central, pour désigner l’ensemble des six épisodes discontinus d’une existence et des six points de vue difficilement conciliables sur cette destinée, rappelle la réflexion esthétique sur les arts de l’espace et ceux de la durée, sur ceux qui concentrent le temps en un moment et ceux qui le déroulent en un récit. Par son titre, Balzac joue des ressources propres aux arts de l’espace : Mnémosyne est une statue. Ce choix relève soit d’un jugement critique sur l’adultère enfin consommé, sur la faiblesse morale et congénitale des filles d’Ève, soit d’une empathie pour les ressources d’énergie féminine inexploitées ou gâchées par la société. Une lecture, tranquillement ou paresseusement linéaire, peut insister sur la culpabilité?[31][31]  Le titre de la sixième partie n’est pas sans faire... ; une lecture transversale, encouragée par le titre global qui attire l’attention sur la troisième partie suggère une temporalité plus complexe, une organisation du récit plus subtile, et une féminité moins désespérante.

 

 

Julie de Chatillonest épouse le colonel Victor d’Aiglemont malgré les mises en garde de son père contre la nullité de cet officier de Napoléon. Un an plus tard, son mariage ne lui a pas apporté le bonheur et elle reconnaît son erreur. Elle s’éprend de Lord Grenville, mais le jeune anglais mourra de froid, caché sur l’appui d ‘une fenêtre lors d’un retour intempestif du mari. La marquise d’Aiglemont part alors à la campagne avec sa fille Hélène, fille à laquelle elle n’est pas attachée puisqu’elle lui rappelle trop son mariage malheureux.
Quelques années plus tard, elle rencontre Charles de Vandenesse et ils deviennent amants. Les années passent. Hélène, lors d’une promenade avec sa mère et Charles, poussera à l’eau son jeune frère, que l’on suppose adultérin ; ce dernier se noiera.
Plusieurs années plus tard. D’Aiglement donne l’hospitalité à un homme qui se révèle être un assassin, mais comme il vient de donner à son fils une leçon de morale sur la parole donnée, il ne dénonce pas l’homme. Hélène, rongée peut-être par le remord, déclare à ses parents qu’elle va suivre cet homme et partager sa destinée. Six ans plus tard, d’Aiglemont, se trouvant sur un brick, est abordé par un corsaire en qui il reconnaît l’homme qui emmena Hélène. Il retrouve sa fille à bord du navire corsaire, entourée de ses enfants, heureuse et riche.
Plus tard, en 1833, la marquise d’Aiglemont, en voyage avec sa fille Moïna dans les Pyrénées, retrouve Hélène qui vient de faire naufrage et qui meurt après avoir reproché à sa mère son manque d’amour.
1844. De tous ses enfants, il ne reste plus à la marquise que Moïna, mariée au comte de Saint Héréen, qui, en enfant capricieuse et gâtée, néglige tout à fait sa mère qui vit dans la solitude. De plus, et ce sera le châtiment de Julie, Moïna prend comme amant Alfred, le fils légitime de Charles de Vandenesse, son propre demi-frère. La marquise d’Aiglemont mourra de l’ingratitude de sa fille qui reconnaîtra ses torts trop tard.

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